Non, l’accident de Tempo de Paban n’aurait pas dû arriver…

Ce week-end, on a appris la très probable fin de carrière de Tempo de Paban, victime d’une rupture ligamentaire à la réception d’un saut lors de l’échauffement du CSI 5* support des play-offs de la Global Champions League, le mercredi 20 novembre à Prague. Profondément attristé par ce qui s’est passé, Olivier Robert a accepté aujourd’hui de revenir sur ce grave accident, qui ne devrait jamais se produire, et encore moins à ce niveau de compétition.



Le mercredi 20 novembre, peu après 16h30, Olivier Robert et Tempo de Paban (AA, Jarnac x Quatar de Plapé) entrent en piste pour le warm-up, autrement dit l’épreuve d’échauffement, du CSI 5* de Prague, support des play-offs de la Global Champions League (GCL) et du Super Grand Prix du Longines Global Champions Tour. “Le chef de piste (Uliano Vezzani, ndlr) avait disposé huit obstacles. Nous nous sommes bien rendu compte que le sol n’était pas de très bonne qualité, mais pas au point de ne pas faire sauter à nos chevaux ces petits obstacles (hissés à 1,45m). Et nous sommes passés en début d’épreuve donc sans retour des autres cavaliers…”
 
Malheureusement, le hongre de dix ans se fait très, très mal à la réception d’un saut, ce qui provoque la rupture d’un tendon d’un de ses antérieurs et sa sortie en ambulance après l’intervention du service vétérinaire du concours. “Il y avait une plaque d’environ trente centimètres sur vingt sans sable, si bien que nous nous sommes ni plus ni moins réceptionnés sur du béton… En plus, on sait à quel point Tempo se donne en piste. Le diagnostic n’a pas été immédiat parce qu’il y avait beaucoup de sang, mais nous avons rapidement compris que ce serait très grave…”
 
C’est effectivement très grave, puisque la carrière de cet extraordinaire alezan, cinquième l’an passé des Grands Prix CSI 5* du Saut Hermès et CSI 5*-W de La Corogne, est très certainement terminée. C’est un vrai coup dur. Il sautait de mieux en mieux. Nous avions bien commencé la Coupe du monde avec deux classements à Oslo (quatrième, ndlr) et Helsinki (seizième, ndlr). Et nous avions pour objectif qu’il saute une deuxième finale après sa belle et prometteuse prestation de Göteborg au printemps dernier (Olivier avait fini treizième, ndlr). C’est ainsi…”, souffle l’Aquitain, qui a participé pour la première fois cette année à la GCL et qui est venu à Prague pour défendre les couleurs de l’écurie St Tropez Pirates, propriété de la Grecque Athina Onassis.
 


“Nous avons beaucoup de chance en France”

Dans la soirée, les promoteurs du circuit ont publié un communiqué se terminant par cette phrase qui sonne franchement mal après coup, d’autant que d’autres chevaux se seraient fait mal, plus ou moins sérieusement : “Cet après-midi, il y a eu un échauffement pour le participants internationaux, donnant aux chevaux une chance de découvrir la piste pour la première fois cette année et de fléchir leurs muscles à Prague.” L’arène O2 est sublime, la mise en scène de l’événement s’est avérée époustouflante, le public a été au rendez-vous et le sport a été riche en rebondissements, mais on ne peut juger un concours qu’à l’aune de ces seuls critères. Le respect du bien-être des chevaux aurait dû primer sur tout autre perspective, et cela n’a pas été le cas. C’est une faute grave quel que soit le niveau de compétition, mais plus encore dans un événement distribuant plus de 11 millions d’euros de prix…
 
L’accident de Tempo de Paban résulte d’une négligence des organisateurs, à savoir Czech Equestrian Team, dirigée par Jan Andrlík et vraisemblablement propriété du milliardaire Petr Kellner. Cette société tchèque œuvre en coopération avec Tops Equestrian Events BV, société sous le contrôle de Jan Tops, qui aurait vraisemblablement remué ciel et terre pour améliorer la qualité du sol au fil de l’événement. “Jan n’y est pour rien, mais il était évidemment désolé, comme beaucoup de gens qui ont vu ce qui s’était passé…”, dit Olivier Robert. “Cela n’aurait pas dû arriver. Et quand je vois cela, je me dis que nous avons beaucoup de chance en France de pouvoir compter sur le professionnalisme de nos équipementiers spécialistes des sols…”
 
N’y a-t-il pas également eu de négligence de la part des officiels de la Fédération équestre internationale, chargés de veiller au bon déroulement du concours, en donnant la priorité au bien-être des chevaux? Comment ont-ils géré ce problème? GRANDPRIX a contacté, pour l’heure sans succès, l’Italien Uliano Vezzani, chef de piste, l’Allemand Stephan Ellenbruch, président du jury et par ailleurs président du comité de saut d’obstacles de la FEI, ainsi que le Français Patrice Alvado, qui a également officié en tant que juge à Prague. On a hâte de les entendre à ce sujet.
 
Resté sur place jusqu’à lundi dernier, Tempo de Paban a depuis regagné les écuries d’Olivier Robert. “Il a voyagé sur ces quatre pattes. À présent, nous allons le soigner et tenter quelque chose qui m’a été conseillé par des amis cavaliers. Les chances de succès, dans l’optique d’un retour au sport, sont si infinitésimales que je préfère ne pas nourrir d’espoirs inutiles. C’est triste parce que nous prenions un plaisir fou ensemble en piste et que Tempo est véritablement un cheval de cœur, mais au moins je ne l’ai pas perdu”, conclut Olivier Robert. Souhaitons à Tempo et son entourage, dont sa copropriétaire Monica Dutruilh, le meilleur rétablissement possible.