“Pour que l’équitation retrouve pleinement ses valeurs”, Éric Louradour

 À travers trois articles, Éric Louradour invite à la réflexion quant au bien-être équin et à l’évolution du public adulte dans la sphère équestre. Voici le troisième volet de cette trilogie.



La première partie de cette réflexion est en ligne ici.

La seconde partie de cette réflexion est en ligne ici.

“Depuis plus de vingt ans, notre filière a engagé une vaste entreprise de démocratisation. L’intention était louable : ouvrir les portes de l’équitation au plus grand nombre, permettre la rencontre avec le cheval, créer du lien avec la nature. Mais force est de constater que cette ouverture, lorsqu’elle n’a pas été accompagnée d’exigences suffisantes, s’est parfois traduite par une forme de banalisation de notre discipline, au détriment de ses fondements. Plus préoccupant encore, au détriment du cheval lui-même.

Pendant longtemps, les voix exprimant des réserves sur cette évolution ont eu du mal à trouver leur place dans le débat. Aujourd’hui, la Fédération française d’équitation (FFE) multiplie les enquêtes, les congrès et les séminaires consacrés au bien-être équin ou à l’évolution du public adulte. Ces initiatives sont nécessaires et traduisent une prise de conscience bienvenue. Mais elles resteront insuffisantes si l’on se contente d’en analyser les conséquences sans avoir le courage collectif d’en interroger les causes profondes.

La baisse des exigences dans la formation des enseignants, une logique parfois trop quantitative de recrutement et l’élargissement rapide des offres ont fragilisé la transmission des valeurs qui faisaient la force de notre sport. Le cheval n’a pas toujours été replacé au centre du projet équestre, en tant qu’être vivant, partenaire sensible et révélateur de nos propres limites. À force de vouloir séduire, nous avons parfois oublié d’éduquer.

Pourtant, les signaux sont clairs. Les adultes représentent aujourd’hui près de 43 % des licenciés. Ils constituent un public en quête de sens, de relation, de cohérence éthique et de pédagogie. Ils attendent de l’équitation bien plus qu’une simple activité de loisir : un engagement, une expérience sensible, un rapport authentique au vivant et à la nature. Leur présence dans nos structures est une opportunité majeure, à condition que nous soyons à la hauteur de leurs attentes.

Les travaux présentés lors du congrès fédéral montrent d’ailleurs que les valeurs fondatrices de l’équitation sont en parfaite adéquation avec les aspirations contemporaines : recherche de bien-être, besoin de nature, désir de se recentrer. Mais ces valeurs ne pourront être pleinement incarnées que si notre filière accepte collectivement de revenir à l’essentiel : le respect du cheval, la qualité de l’enseignement, la réflexion sur nos pratiques et la cohérence entre nos discours et la réalité du terrain.

Il est de notre responsabilité, en tant que professionnels, enseignants, dirigeants et passionnés, de ne plus laisser le cheval devenir un simple support d’activité. Nous devons défendre une équitation exigeante, juste et formatrice, où chaque geste a un sens et où chaque cavalier comprend ce qu’il construit. Le bien-être équin ne peut être un argument de communication ; il doit être un fil conducteur, depuis le choix de la cavalerie jusqu’à la dernière minute de chaque séance.

L’équitation peut encore être une formidable école de patience, d’humilité, d’écoute et de dépassement de soi. Elle peut encore transmettre des valeurs essentielles à notre société. Mais cela suppose de regarder avec lucidité ce qui a été fait, ce qui a été perdu, et ce qui doit aujourd’hui être reconstruit.

Les choix d’hier engagent nos responsabilités présentes. Les décisions que nous prendrons aujourd’hui façonneront l’avenir de nos chevaux, de nos élèves et de notre sport. À nous de faire en sorte que cet avenir soit enfin à la hauteur des valeurs que nous affirmons défendre.

La France pourrait devenir un modèle. Elle en a les outils, les chercheurs, les experts, et désormais… les preuves scientifiques.

Il ne reste plus qu’à agir sur les véritables causes. Pour le cheval, pour le sport, et pour une équitation plus juste et plus durable.

Sportivement vôtre,

Éric Louradour”