“La Coupe du monde fait toujours preuve de solidité sportive”, Sabine Zaegel

Le Jumping international de Bordeaux et le Salon du cheval de Bordeaux ouvrent leurs portes au public de jeudi à dimanche au Parc des expositions de la capitale de Nouvelle-Aquitaine. Cette édition 2026, qui s’annonce très fréquentée, est marquée par plusieurs nouveautés. Sportivement, le programme s’enrichit d’un CDI 4*, renforçant le caractère pluridisciplinaire de ce beau et grand rendez-vous de début d’année. Sabine Zaegel, directrice de l’événement chez Bordeaux Events And More (BEAM), confirme son attachement à la Coupe du monde, indissociable de son étape girondine.



Comment s’annonce l’édition 2026 du Jumping international de Bordeaux?

Très bien! Comme chaque année, nous avons ouvert notre billetterie fin septembre. Et comme toujours, le public a immédiatement répondu présent. Nous avons encore augmenté notre capacité d’accueil, pour atteindre 7.950 places, loges d’hospitalités comprises. Bon nombre de sessions sont complètes depuis un certain temps, ce qui constitue une véritable satisfaction. Nous nous réjouissons de retrouver notre public, qui participe toujours à l’atmosphère très spéciale de notre Jumping international de Bordeaux.

Cette année, votre CSI 5*-W, étape historique de la Coupe du monde Longines, se trouve en concurrence directe avec un CSI 5* à Wellington et quelques CSI 4*. Depuis 2024, le CSIO 5* d’Abou Dabi, hôte de la première étape de la Ligue des nations Longines (LLN), est programmé la semaine suivante. Comment vivez-vous cette transformation du paysage mondial de l’événementiel équestre?

Notre sport évolue et élargit toujours plus ses horizons, ce qui se traduit bien quand on observe les évolutions du classement mondial Longines des cavaliers. Cela permet à de nouveaux couples de trouver leur place aux niveaux 4* et 5*. Concernant la Coupe du monde Longines, il faut rappeler que la participation reste très largement liée à des sélections nationales. Chaque année, les sélectionneurs choisissent des couples qui méritent leur place dans un événement comme le nôtre, même si les cavaliers ne sont pas toujours des têtes d’affiche. À l’approche de son cinquantenaire, que nous célébrerons en 2028, ce circuit fait donc toujours preuve de solidité sportive. De plus, il apporte un véritable ancrage historique aux concours qui le composent. D’ailleurs, les étapes de Göteborg et Bordeaux sont les seules à en faire partie depuis la toute première édition.

Autrefois, un athlète de très haut niveau qui ne disputait pas la Coupe du monde ou ne s’y montrait pas performant avait raté sa saison hivernale, en quelque sorte. Aujourd’hui, si cela convient mieux à ses chevaux, ses clients ou ses propres objectifs, il peut choisir de concourir presque toute l’année à l’extérieur, en profitant des séries qui se développent en Floride, en Californie, au Moyen-Orient et dans le sud de l’Europe. Cette année, Steve Guerdat, par exemple, a privilégié cette dernière option, car il souhaite pouvoir concourir avec de nombreux chevaux pendant plusieurs semaines (après avoir connu deux périodes de convalescence en 2025, ndlr), ce que ne permet pas le programme sportif d’un événement comme le nôtre. Il n’est pas le seul dans ce cas, et c’est d’autant plus compréhensible à l’approche des championnats du monde, qui se tiendront en août à Aix-la-Chapelle et qui constituent la priorité de la plupart des grands cavaliers cette année. 

L’avenir de la Coupe du monde dans cette réalité plus concurrentielle fait-il l’objet de discussions avec les autres organisateurs et la Fédération équestre internationale, qui en fixe le calendrier, comme celui de la LLN?

Oui, mais cela n’a pas encore abouti à des décisions. À mon sens, la programmation de la première étape de la LLN aussi tôt dans la saison a profondément changé la donne, puisque ce circuit d’épreuves par équipes de la FEI entre désormais en concurrence directe avec la Coupe du monde Longines. J’ai tiré la sonnette d’alarme lorsque cette décision a été prise (fin 2023, ndlr), mais je n’ai pas vraiment l’impression que mes craintes aient été entendues par la FEI jusqu’à présent. Cela étant, il est probable que le CSIO 5* d’Abou Dabi soit reprogrammé en avril à partir de 2027, ce qui serait une bonne chose pour la Coupe du monde, et particulièrement pour notre étape bordelaise.

Cette année, la capacité des tribunes, loges comprises, approchera des 8.000 places.

Cette année, la capacité des tribunes, loges comprises, approchera des 8.000 places.

© Cécile Sablayrolles/BEAM



“Notre ambition est de porter le dressage plus loin”

Pour la première fois, le Jumping international de Bordeaux accueille également un CDI 4*. Qu’est-ce qui vous a motivée à intégrer le dressage à son programme sportif?

En premier lieu, nous affirmons notre volonté d’ancrer le caractère pluridisciplinaire de notre événement. Outre le saut d’obstacles, le programme sportif mettait déjà en valeur l’attelage, avec la finale de la Coupe du monde, que nous accueillons de nouveau cette année, et le concours complet, à travers le Devoucoux Indoor Derby, type d’épreuves que nous avons été parmi les premiers à organiser. Le dressage, discipline structurante des sports équestres, le mérite tout autant, même si elle est moins populaire en France qu’en Europe du Nord. Depuis quelques éditions, nous proposons une Battle de dressage le jeudi soir, en complément du spectacle équestre, et nous sommes particulièrement fiers de cette création originale et populaire, portée par Marc Boblet. Nous l’avions vraiment conçue dans le but d’organiser un CDI plus tard, sans savoir quand nous serions prêts à franchir le pas. Nous sommes heureux de le faire cette année.

Notre ambition est de porter le dressage plus loin. Pour les organisateurs, cette discipline impose rigueur et précision, mais nous adorons les défis! Si la FEI souhaite nous intégrer à la Coupe du monde, nous en organiserons une étape. Ce serait une suite logique, puisque nous accueillons déjà une manche en saut d’obstacles et la finale d’attelage. Sinon, nous nous dirigerons vers l’organisation d’un CDI 5*. En tout cas, je trouve qu’il est très important d’accueillir de grands événements de dressage en France, d’autant que l’on sent un léger frémissement en faveur du développement de cette discipline. Cette année, il y aura un très chouette CDIO 5* en avril à Fontainebleau (dans le cadre du Printemps des sports équestres, ndlr). Le CDI-W de Lyon est également un très beau concours, et je pense qu’il y a de la place pour une seconde manche française en Coupe du monde. Quoi qu’il en soit, dès cette année, nous pourrons compter sur un beau plateau pour un CDI 4*, avec plusieurs cavaliers olympiques, dont les Français Alexandre Ayache et Pauline Basquin, qui nous fera l’honneur de monter Sertorius de Rima*IFCE, son formidable partenaire des Jeux de Paris 2024.

La France n’est pas davantage une grande nation d’attelage, mais la finale de sa Coupe du monde, soutenue par la Laiterie de Montaigu, a su trouver son public à Bordeaux…

Tout à fait. La première fois que nous avons accueilli la Coupe du monde d’attelage, nous l’avions programmée en clôture de la session du samedi soir, après la Coupe du monde de saut d’obstacles, ce qui était déjà un pari osé, et nous avions pu voir le public changer entre les deux épreuves. Désormais, la plupart des fans de jumping restent pour voir l’attelage et apprécient cette compétition très spectaculaire.



“Le cheval et la relation homme-cheval restent au cœur de tout ce que nous faisons”

Le cross indoor, programmé le vendredi soir, reste évidemment l’un des grands temps forts du programme…

Absolument, et nous en sommes fiers. Nous aimons l’ambiance et le rythme à Bordeaux, et cette épreuve nous comble en cela, grâce à l’engagement sans cesse renouvelé des cavaliers, de leur entourage et de Devoucoux, fidèle partenaire titre de cette épreuve. Il n’y a pas tant de concours organisant un vrai cross indoor international, reconnu comme tel par la FEI. J’aimerais qu’une série se structure, mais cela demandera sûrement encore du temps.

Un mot sur le spectacle d’ouverture, production originale qui vous tient très à cœur. Chaque année, il est ambitieux et salué par le public. Que pouvez-vous dire de “Rêve(s)”, qui mêlera arts équestres, acrobatie contemporaine et musique live, réunissant sur une même piste quinze artistes, dix-neuf chevaux d’exception et des musiciens de l’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine?

Nous avons souhaité valoriser notre ancrage local. Nous nous sommes rapprochés d’un metteur en scène girondin, Sébastien Capelli, qui nous a proposé toute une histoire, une véritable narration qu’il a lui-même adaptée, avec bien évidemment des tableaux de haut niveau, menés par des artistes équestres tels qu’Alizée Froment et des artistes d’autres disciplines. La participation de musiciens de l’Orchestre national de Bordeaux constitue une véritable fierté. C’est une création unique pour Bordeaux, qui s’inscrit dans un temps unique, le jeudi 5 février. Une expérience qui ne se raconte pas et ne se filme pas, mais qui se vit pleinement tous ensemble.

Qu’il s’agisse de sport, de culture ou de rassemblements à visée commerciale, les organisateurs d’événements sont désormais attendus sur le terrain de la durabilité. Dans le cas des compétitions équestres, le bien-être animal fait aussi partie des critères d’appréciation. De quelle manière appréhendez-vous ces problématiques?

Ce sont des engagements qui nous tiennent véritablement à cœur, à moi comme à toutes les équipes de notre société Bordeaux Events and More (BEAM). Nos activités sont labellisées depuis 2021, ce qui concrétise notre engagement dans une politique très concrète de responsabilité sociétale et environnementale. Parmi tous les événements de BEAM, le Jumping va un peu plus loin sur ces plans. Même s’il s’agit d’une manifestation internationale, avec les déplacements que cela implique, nous mettons en œuvre des actions très concrètes pour réduire notre impact. Je mentionnerai notamment Dadacar, la plateforme de mobilité du Jumping international de Bordeaux, qui propose des solutions multimodales comprenant le train, le tram et le covoiturage. Je citerai aussi la sobriété énergétique, à travers le suivi de la température de nos halls et le passage de tous nos éclairages en LED. Cette avancée offre d’ailleurs des opportunités supplémentaires pour mieux mettre en valeur le sport et le spectacle, et susciter encore plus d’émotion chez les spectateurs.

Sur le plan social, nous allons devenir le premier jumping solidaire. En effet, à compter de cette édition, j’ai décidé que BEAM reverserait un euro pour chaque billet vendu au profit d’une association. Pour cette première année, nous avons choisi Hope, qui œuvre à la remise en confiance de femmes atteintes de cancer via des séances de médiation par le cheval, notamment en Nouvelle-Aquitaine. Pour l’an prochain, nous lancerons un appel à projets pour choisir l’association que nous soutiendrons.

Enfin, s’agissant du bien-être animal, nous demeurons très engagés. Depuis plusieurs éditions, dans le cadre du Salon du cheval de Bordeaux, nous mettons en place un forum qui permet d’échanger et de partager les connaissances les plus à jour et les meilleures expériences en la matière. D’une façon générale, le cheval et la relation homme-cheval restent au cœur de tout ce que nous faisons. Les activités en lien avec le cheval étant remises en question, nous devons faire preuve de conscience, de vision et d’un esprit de responsabilité.

Toutes ces initiatives en marge du sport – je l’espère – renforcent la position du Jumping comme un événement équestre phare pour tout le Sud-Ouest.

Cette année encore, le Devoucoux Indoor Derby comptera parmi les grands moments du Jumping international de Bordeaux.

Cette année encore, le Devoucoux Indoor Derby comptera parmi les grands moments du Jumping international de Bordeaux.

© Artiste Associé/BEAM



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