Kyra Kyrklund, Jan Brink et Cathrine Laudrup-Dufour livrent des clés du dressage moderne à Wellington

Le 21 janvier, à la veille de la troisième semaine du Global Dressage Festival de Wellington, cavaliers, propriétaires et spectateurs ont mis la compétition entre parenthèses pour assister à la masterclass Dressage Infusion. Animée par Kyra Kyrklund, Jan Brink et Cathrine Laudrup-Dufour, la soirée a réuni près de deux mille spectateurs à guichet fermé et s’est déroulée dans une atmosphère à la fois studieuse et décontractée.



Pour la plupart des cavaliers, la veille d’un concours est consacrée aux petits rituels flirtant avec la superstition, aux exercices de visualisation, et parfois à quelques prières pour que le cheval se lève du bon pied le lendemain. Mais le 21 janvier dernier, à la veille de la troisième semaine du Global Dressage Festival de Wellington, en Floride, cavaliers, propriétaires et spectateurs ont mis ces habitudes de côté pour se retrouver autour de la masterclass Dressage Infusion, organisée par 3 Graces Dressage, une écurie spécialisée dans la discipline justement située à Wellington.

Animée conjointement par la Finlandaise Kyra Kyrklund, forte de cinq participations olympiques, le Suédois Jan Brink, multimédaillé en individuel et par équipes aux Européens, et leur élève danoise Cathrine Laudrup-Dufour, championne du monde par équipes et double vice-championne d’Europe individuelle en titre, la masterclass a mis en scène cinq chevaux et cavaliers de tous niveaux et de tous âges. À chaque étape, la complicité unissant ce trio olympique était manifeste, et leurs échanges spontanés ont fait de l’événement une soirée à la fois divertissante et instructive. La masterclass s’est conclue par une séance de questions-réponses au cours de laquelle les intervenants ont pris le temps de répondre aux interrogations du public.

Kyra Kyrklund lors d'une masterclass de dressage à Malines, en 2023.

Kyra Kyrklund lors d'une masterclass de dressage à Malines, en 2023.

© Hippo Foto Media - Dirk Caremans



Jeunes chevaux : fixer des objectifs et les atteindre

La cavalière américaine Hope Beerling a ouvert la masterclass avec sa propre jument, Dynamic Diva (Dynamic Dream x Vitalis), une Westphalienne de cinq ans. L’occasion d’aborder une première question avant mise en pratique: celle des objectifs d’entraînement pour les jeunes chevaux. “Avant toute chose, il faut éclaircir les objectifs du cavalier avec le jeune cheval en question. Est-il au tout début de sa formation? L’entraine-t-on dans l’optique d’en faire un cheval de Grand Prix, ou d’abord pour les épreuves Jeunes Chevaux, avec une participation aux championnats du monde en ligne de mire? Dans ce second cas, plus personne ne se souviendra de vous après ces Mondiaux”, a plaisanté Kyra Kylklund. Face à l’attitude un peu trop basse de la jument en début de séance, la Finlandaise s’est employée à améliorer la connexion du couple par la qualité du contact. Pour aider la cavalière à utiliser ses mains de manière indépendante, Kyra Kyrklund a ouvert son fameux “petit sac à curiosités”, rempli d’aides à l’entraînement. Un sac “sans fond”, a précisé Cathrine Laudrup-Dufour au public avec un sourire complice.

La coach en a extrait une fine corde, et l’a passée autour de l’encolure de la jument. “En fait, c’est une simple laisse pour chiens, ça ne m’a rien coûté”, a-t-elle avoué. “C’est trop bête, j’aurais dû fabriquer ma propre cordelette et vous la vendre cent dollars pièce! Bon, je vais me contenter de vous montrer comment je l’utilise. On la tient à une main; la main intérieure ou la main extérieure selon les situations.” La cordelette aide le cavalier à maintenir un contact constant et s’avère particulièrement utile pour peaufiner les demi-arrêts à une rêne. Elle peut être confectionnée à partir de n’importe quel objet semblable à une sangle aux écuries.

Kyra Kyrklund a ensuite proposé l’un de ses exercices préférés, quel que soit le niveau du cheval: les demi-tours autour des épaules. Réalisé sans l’aide des barrières de la carrière, l’exercice a d’abord déstabilisé la jeune jument, qui a reculé au lieu de croiser ses postérieurs. Une réaction qui n’a pas inquiété la coach. “Ce n’est pas grave si elle recule”, a-t-elle commenté. “À ce stade, le reculer est un très bon exercice. Si elle me le propose, je reste à ma place et je dis: ‘ok’. Je ne fais rien, je ne panique pas, je ne l’embête pas en lui demandant d’avancer, car cela lui apprendrait au contraire à précipiter dans le reculer.” Kyra Kyrklund a alors invité la cavalière à se concentrer sur l’obtention d’un ou deux pas corrects autour des épaules, avant de céder et de récompenser la jument.



La position du cavalier, clé de la réussite

Pour la deuxième session, c’est Cathrine Laudrup-Dufour qui a mis le pied à l’étrier avec Dalton de Prepinson (Don Juan de Hus x Soliman de Hus), un hongre Hanovrien de huit ans appartenant à 3 Graces Dressage, qu’elle avait monté pour la première fois quelques heures avant. Micro allumé, l'athlète olympique a expliqué sa méthode d'entraînement tout en la mettant en application, ponctuant ses commentaires d'éloges à l'égard de l’alezan. Dalton a une tendance naturelle à "déculasser" ses cavaliers, un détail qui a rappelé à la Danoise sa première leçon avec Kyra Kyrklund. “La première fois que Kyra est venue me coacher, je crois que dans les cinq premières minutes, elle m'a dit : ‘Cathrine, Cathrine, Cathrine, il faut que tu t'assoies sur ton anus!’”, a raconté la Danoise en riant. “J’étais déjà stressée de monter devant elle, et là, elle s’est mise à me parler de mon anus...

Au-delà du vocabulaire imagé, ces conseils visent à aider les cavaliers à s'asseoir plus profondément en selle. “Plus sérieusement, imaginez que vous êtes assis sur une chaise”, a repris l’amazoneEssayez de prendre conscience de votre corps: ‘Est-ce que je contracte les fessiers? Est-ce qu’en serrant mon anus, je m'éloigne de ma selle, de ma chaise? Ou suis-je détendu(e) et plus proche de mon cheval?Je vous garantis que vous sentirez la différence”, a-t-elle affirmé. La position du haut du corps joue également un rôle dans la capacité du cavalier à s'asseoir correctement. Par chance, Cathrine Laudrup-Dufour avait une anecdote tout aussi savoureuse à ce sujet, issue d’un cours en ligne avec Kyra Kyrklund et Richard White, son mari, lui aussi entraîneur.

Richard m'a demandé: ‘Cathrine, est-ce que tu sens ton soutien-gorge?’ Il voulait que je pense au petit clip situé mes omoplates, et que j’essaie de ressentir s’il était bien fermé. Cela m’a aidée à ouvrir ma poitrine. Maintenant, l’idée du ‘soutien-gorge’ est devenue une sorte de pense-bête, tout comme le commentaire sur... vous savez quoi. J’ai intégré les deux en mode 'pilote automatique'. Cela change la façon dont le cheval vous porte”, a-t-elle déclaré. Kyra Kyrklund a renchéri: “Parfois, quand je la coache sur un concours, les gens qui m’entendent doivent se demander: ‘mais qu'est-ce qu'elle raconte?’” Pour aider Dalton à se synchroniser avec son assiette, Cathrine Laudrup-Dufour l’a détendu avec un exercice au trot enlevé où elle se levait pendant deux temps de trot avant de se rassoir doucement en selle. “Il peut être fastidieux de trouver le bon rythme du premier coup”, a-t-elle prévenu. Le but: caler le tempo de l’allure sur celui du trot enlevé, et réduire la dépendance à la main lors des transitions descendantes. Rapidement, le couple a gagné en harmonie et les aides sont devenues plus discrètes. Pour sa part, la cavalière a aussi pris le temps se concentrer sur elle-même pendant sa démonstration et a souligné que tout cavalier pouvait avoir une bonne position et de bonnes sensations, quelle que soit la qualité de son cheval. “La position est un élément sur lequel tout cavalier a la main”, a-t-elle déclaré.

Cathrine Laudrup-Dufour et son fidèle Mount St John Freestyle aux championnats d'Europe de Crozet, en 2025.

Cathrine Laudrup-Dufour et son fidèle Mount St John Freestyle aux championnats d'Europe de Crozet, en 2025.

© HipoFoto



Se détendre malgré la pression

Austin Webster et Guildenstern Sol (Ivanhoe x Imperio), un Trakehner de dix ans à l’énergie débordante et aux allures spectaculaires, étaient les derniers à fouler la piste. Dès la détente, Kyra Kyrklund a orienté le travail sur les transitions galop-trot, à la fois pour aider “Guildy” à se relâcher dans cette atmosphère électrique et parce qu'il avait tendance à rassembler excessivement son galop plutôt que de passer à l’allure inférieure. Pour pallier le penchant de l'étalon pour ce "galop de pirouettes", la coach a demandé au cavalier de réaliser la transition au niveau de la ligne du milieu, sur un cercle de vingt mètres. À chaque tentative infructueuse, elle faisait partir le couple sur un cercle dans le sens opposé, pour faire passer l'étalon au contre-galop. “En gros, vous lui dites: ‘D’accord, on peut continuer au galop, mais tu vas voir, c'est beaucoup plus difficile que de passer au trot’, jusqu'à ce qu'il vous réponde: ‘S'il te plaît, je peux passer au trot maintenant?’”, a expliqué Kyra Kyrklund. “Sinon, vous ne pourrez jamais utiliser la jambe dans vos transitions avec lui.” Face à des transitions encore laborieuses, la Finlandaise s'est autorisée un conseil un brin provocateur: “Les juges sont assez vieux de nos jours, vous savez, ils n'entendent pas très bien. Vous pouvez aussi vous aider de la voix, discrètement.



Faire preuve de créativité face à l’adversité

Une brève séance de questions-réponses a suivi la présentation à cheval. La soirée s’est conclue sur une question posée par un jeune cavalier. Quelles ont été vos erreurs les plus formatrices?, a-t-il demandé aux trois intervenants. La réponse a été la même pour tous: les enseignements tirés des chevaux les plus sensibles, comme Atterupgaards Cassidy pour Cathrine Laudrup-Dufour ou Matador II pour Kyra Kyrklund. “C'est face aux plus grandes difficultés que j'ai le plus appris, car j’ai dû faire preuve de créativité”, a expliqué la Danoise. “Cassidy avait une peur panique des écrans géants, et comme je ne pouvais tout simplement pas m’en approcher en compétition, j’ai fini par décrocher la télévision de mon appartement pour aller l’installer devant son box.” Les “fantômes” de la technologie ont aussi donné du fil à retordre au cheval qui a mené Kyra Kyrklund jusqu’au sommet. “Matador était très sensible”, a-t-elle raconté. “Quand il avait huit ans, lors de la première épreuve des championnats d’Europe, les photographes se sont dit: ‘Tiens, c'est un joli cheval!’. Pendant une pirouette, les appareils photo se sont déclenchés en rafale et il est parti comme un boulet de canon.” Après une discussion franche avec les photographes, la coach a choisi l’exposition plutôt que l’évitement. “J’ai demandé au photographe finlandais de m’accompagner à l'écurie ainsi que lors de ma détente, et nous avons passé au moins une heure sous les flashs de son appareil photo. Après cela, je n'ai plus jamais eu à craindre ces maudits engins.