“Les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle vont arriver vite”, Luc Château
D’aujourd’hui à dimanche, Luc Château dispute la Pro élite de concours complet de Saumur, dans le Maine-et-Loire, avec deux chevaux: Égo des Cabanes et Cocorico de l’Ébat. Discret, constant et résolument tourné vers l’avenir, le cavalier du Loir-et-Cher poursuit une belle carrière. Après un hiver perturbé par les blessures, le médaillé de bronze par équipes des championnats d’Europe de Blenheim reprend sa marche en avant avec un piquet de chevaux expérimentés et une relève prometteuse. Du Grand National aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, il déroule un projet sportif ambitieux, déjà inscrit dans la perspective des Jeux olympiques.
Après votre belle saison 2025, marquée par une médaille de bronze collective aux championnats d’Europe de concours complet, en septembre à Blenheim, comment s’est passé votre hiver?
J’ai connu une fin d’année un peu difficile avec deux fractures. Je me suis d’abord cassé la clavicule en chutant à cheval, puis, trois jours après m’être remis en selle, je suis tombé en descendant d’un escabeau, me fracturant le pied. J’ai été bien ralenti, mais pas non plus au pire moment de l’année. C’est pourquoi je n’ai pas pu courir le CCI 5*-L de Pau fin octobre. Heureusement, mes chevaux ont continué à bien travailler: j’ai attentivement surveillé leur progression et j’ai pu me remettre assez vite pour participer aux stages hivernaux de l’équipe de France.
Comment avez-vous préparé la saison 2026?
J’ai d’abord privilégié ma propre santé, puis j’ai repris là où en étaient les chevaux. Dans cette optique, j’ai axé notre travail sur de la remise en route. Et rapidement, dans mon contexte, les stages fédéraux m’ont permis d’effectuer des réglages. Quand on travaille tout seul chez soi, on prend forcément de mauvaises habitudes. Nous avons trouvé de vrais axes pour corriger certains petits défauts, ce que j’ai particulièrement apprécié.
Quels seront vos chevaux de tête cette année?
Il y aura bien sûr mon fidèle Cocorico de l’Ébat (SF, Propriano de l’Ébat x Papillon Rouge) et Égo des Cabanes (SF, Quel Homme de Hus x Jalienny, AA) pour les belles épreuves. Avec Viens du Mont (SF, Norway de la Lande x King’s Road Ps), qui est très en forme pour ses dix-sept printemps, je pense accomplir une dernière saison, avant de lui accorder une retraite méritée, à la maison bien sûr. Nous aimerions qu’il réengager au CCI 5*-L de Badminton début mai (où le couple s’était classé onzième en 2023, ndlr).
Pour l’avenir et le renouvellement de mon piquet, je ne me fais pas trop de souci parce que je monte bon nombre de jeunes à fort potentiel, qui pourraient être opérationnels à haut niveau dès 2028. Parmi ce lot de chevaux en préparation, on devrait commencer à voir arriver Filou du Châtellier (SF, Aristide de Hus x Quite Easy) que le nous avons acheté quand il avait six ans, mais aussi Ippeekai d’Excelle (SF, Untouchable M x Ly Boy de St Aubert). Ils devraient normalement participer au Grand National pour continuer leur formation, mais pas en début de la saison, parce que la reprise de dressage de cette année est vraiment complexe et qu’ils doivent encore travailler là-dessus. En tout cas, je suis sûr de disposer de chevaux de niveau olympique. Enfin, j’ai de plus jeunes pousses, qui me plaisent beaucoup, mais qui doivent encore mûrir et faire leurs preuves.
“Je pense déjà aux JO de 2028, comme tout le monde”
En termes de compétitions, à quoi va ressembler votre début de saison 2026?
En février, j’ai déjà présenté deux fois mes chevaux à rôder dans des épreuves Pro 3 et Pro 4, et nous attaquerons les belles épreuves lors du Grand National de Saumur (de demain à dimanche, ndlr). Cocorico et Ego courront la Pro Élite, et Viens, la Pro1. Il n’est pas forcément très à l’aise au dressage, même s’il a beaucoup progressé grâce à un travail sérieux mené avec Clémence Cathala, en particulier sur les changements de pied. Vu son expérience, il n’est pas nécessaire de lui imposer la reprise Pro Élite, qui pourrait le mettre dans l’inconfort. En règle générale, je vais rester fidèle au Grand National. Avec Nicolas Touzaint et Clément Tonon, mes coéquipiers au sein de l’écurie Forestier Sellier/Royal Horse, nous ambitionnons de participer à toutes les étapes. C’est un circuit que j’affectionne particulièrement parce qu’il est cohérent sportivement et rentable économiquement.
Comment allez-vous programmer la suite, en vue des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle?
Pour Cocorico, il nous faut revalider notre qualification dans un CCI 4*-L. Le problème est que ces épreuves sont très peu nombreuses en début de saison, donc nous réfléchissons avec l’encadrement fédéral pour déterminer quel concours choisir. En fonction du moment où cette étape sera franchie, nous établirons la suite de son programme. J’aimerais aussi participer à des CCI 5*-L: celui de Badminton comme je l’ai dit, et pourquoi pas celui de Pau, en fin de saison.
Au-delà des Mondiaux, vous vous projetez donc encore plus loin dans le temps…
Oui, je pense déjà aux Jeux olympiques de 2028 à Los Angeles, comme tout le monde (sourire), et je garde même ceux de 2032 en ligne de mire! Là, il y aura encore pas mal d’eau à couler sous les ponts…
Quels types de chevaux vous semblent les mieux adaptés au terrain d’Aix-la-Chapelle? Vous le connaissez bien puisque vous y avez disputé plusieurs fois le CCIO 4*-S d’Allemagne, la dernière fois l’an passé avec Cocorico?
Il s’agit indiscutablement d’un concours très particulier, avec une ambiance qui lui est propre. On y ressent une pression forte et assez singulière lors de tous les tests. Les Coupes des nations auxquelles j’ai participé là-bas présentaient des cross de format court. Cette année, je ne sais pas si le format long des championnats du monde changera quelques paramètres. Sur les cross de format court, en général, il y a vraiment de grandes galopades avec des enchaînements de quatre ou cinq obstacles, après lesquels il faut repartir fort. Il faudra donc d’excellents galopeurs, c’est certain, mais aussi des chevaux capables de se reprendre efficacement pour ces enchaînements. Comme il l’a déjà montré, Cocorico ne s’émeut pas dans des ambiances comme celle qui règne au cœur de l’immense stade. Pour l’épreuve de fond, je le pense assez efficace avec sa classe de galop et son aisance technique dans les abords, ce qui lui permet de gagner un peu de temps.
Que représentent pour vous ces championnats du monde?
Une très belle échéance, qui compte beaucoup à mes yeux. Et ces Mondiaux d’Aix-la-Chapelle vont arriver vite!

