Le chef de piste des championnats du monde a dessiné un Grand Prix non réglementaire à Abou Dabi
Le Grand Prix du CSIO 5* d’Abou Dabi n’était pas conforme au règlement de saut d’obstacles de la Fédération équestre internationale (FEI). Frank Rothenberger, chef de piste de ce concours, hôte de la première étape de la Ligue des nations Longines, a imposé une seconde manche comportant dix obstacles, alors qu’une règle mise à jour en 2026 en limite le nombre à neuf. Plaidant l’étourderie collective, la FEI maintient sa confiance à l’Allemand, choisi pour officier cet été aux championnats du monde d’Aix-la-Chapelle.
Nul n’est censé ignorer la loi, dit-on. Encore moins ceux qui sont chargés de la faire appliquer, serait-on tenté de penser… Lors du CSIO 5* d’Abou Dabi, mi-février aux Émirats arabes unis, la seconde manche du Grand Prix comportait dix obstacles. Or depuis le 1er janvier, en vertu d’une vaste mise à jour du règlement de saut d’obstacles de la Fédération équestre internationale, le nombre d’obstacles dans la seconde manche d’un Grand Prix de CSIO est limité à neuf. Pour être précis, l’article 219.2.3 dispose que: “Lorsqu’il y a deux manches dans un Grand Prix, tous les couples cheval-cavalier qui terminent la première manche sans aucune pénalité sont qualifiés pour la seconde. Le nombre d’obstacles dans la première doit être limité à quinze et à neuf dans la seconde.” On notera que le règlement ne fixe pas de nombre minimal…
Jusqu’au 31 décembre, le nombre maximal d’obstacles, fixé à quinze pour la première manche et neuf pour la seconde, ne concernait que les Grands Prix en deux manches plus barrage disputés dans le cadre de CSIO. Dans les faits, seuls ceux des CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle et Calgary sont courus selon cet exigeant format… et aucun des deux ne respectait la limite de neuf. L’an passé, Frank Rothenberger et Leopoldo Palacios, chefs de piste respectifs de ces deux étapes du Grand Chelem Rolex, ont dessiné des secondes manches comptant douze obstacles. Autant dire que cette règle n’était respectée, ce qui n’a jamais suscité de commentaire parmi les parties prenantes du sport. Dans ces deux concours, la difficulté technique, les distances entre les obstacles et la largeur de certains oxers font régulièrement couler de l’encre, mais pas le nombre d’efforts imposés aux chevaux.
Pour autant, la loi devrait s’imposer à tous, et voir un chef de piste aussi expérimenté que Frank Rothenberger, également à l’œuvre à Abou Dabi, ne pas la respecter pose question. Lors de cet Officiel des Émirats arabes unis, la seconde manche non réglementaire conçue par l’Allemand n’aurait pas provoqué d’objection chez les autres officiels, à commencer par le président du jury, le Hongrois Károly Fugli, juge international de niveau 4. De fait, la Fédération équestre internationale (FEI) plaide la négligence collective… “La FEI a pris connaissance de la situation qui s’est produite lors du Grand Prix en deux manches du CSIO 5* d’Abou Dabi, en février. La deuxième manche comprenait dix obstacles, ce qui n’est pas conforme au règlement de saut d’obstacles de la FEI. Malheureusement, cette anomalie n’a pas été détectée avant la compétition. Le respect du règlement est fondamental, et la FEI va renforcer ses procédures auprès des officiels afin de garantir que de telles situations ne se reproduisent plus à l’avenir”, déclare l’un de ses porte-parole.
Espérons que cet incident encouragera les officiels à se replonger dans ce règlement. De l’aveu de nombreux acteurs du sport, malgré ses mises à jour régulières, celui-ci comporte encore des articles mal rédigés ou imprécis, qui ouvrent la voie à l’interprétation humaine et à une forme d’incertitude. Cependant, ce cas d’espèce paraît d’autant plus inquiétant que Frank Rothenberger a été désigné chef de piste des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. Sur un terrain qu’il connaît mieux que personne, ses parcours avaient été fort critiqués lors de la dernière édition du CHIO, en juillet 2025, au point de se demander s’il était vraiment le meilleur choix pour les Mondiaux. En août prochain, en plus de garantir un spectacle de qualité et des conditions équitables, l’Allemand portera une lourde responsabilité en termes d’image, s’agissant d’un sommet scruté par bien des personnes prêtes à se saisir du moindre incident pour brocarder la pratique équestre. “La FEI maintient toute sa confiance en Frank Rothenberger en tant que chef de piste des championnats du monde FEI de 2026 à Aix-la-Chapelle, parce qu’il est un concepteur de parcours très expérimenté dans ce sport”, argue la FEI.
En tout état de cause, il appartiendra au Français Patrice Alvado et à l’Espagnol Santiago Varela Ullastres, respectivement président du jury et délégué technique, de veiller au respect du règlement.

