Le tribunal de la FEI se déclare incompétent à remettre en cause l’élimination de Simon Delestre à Prague
Saisi au nom de Simon Delestre par les Guerriers d’Istanbul, contestant l’élimination du cavalier lors des play-offs de la Global Champions League, en novembre dernier à Prague, après que la jugulaire de son casque s’était détachée, le tribunal de la Fédération équestre internationale a rendu sa décision avant-hier. Il s’est déclaré incompétent pour examiner le recours du cavalier lorrain, au nom de la souveraineté du jury de terrain.
Le 20 novembre 2025 à Prague, lors du quart de finale des play-offs de la Global Champions League (GCL), Simon Delestre avait signé un sans-faute aux rênes de Cayman Jolly Jumper, qualifiant son équipe, les Guerriers d’Istanbul, pour la demi-finale. Sa joie avait été de courte durée. Et pour cause, quelques heures plus tard, le jury avait décidé de lui infliger trente-deux points de pénalité, liés à une élimination rétroactive. La jugulaire du casque du Lorrain s’était détachée dans la dernière ligne du parcours. Le cavalier n’avait pas été sonné pendant l’épreuve et aucune irrégularité ne lui avait été notifiée en sortie de piste, mais une réclamation avait été portée par une autre équipe engagée dans cette épreuve, sur la base d’images vidéo présentées au jury dans le délai réglementaire de trente minutes suivant la publication des résultats officiels. Les Guerriers d’Istanbul, que Simon Delestre représentait avec le Suédois Henrik von Eckermann et le Belge Abdel Saïd, s’étaient ainsi retrouvés rétrogradés à la dernière place, privés de la demi-finale et d’une potentielle finale, deux épreuves à la dotation cumulée de 8,5 millions d’euros.
L’affaire avait suscité une vive émotion. Global Champions s’était publiquement désolidarisée de la décision du jury, évoquant un problème “extrêmement mineur” que “les juges désignés n’avaient rien identifié pendant l’épreuve”. Les Guerriers d’Istanbul avaient, de leur côté, dénoncé un “deux poids, deux mesures”, citant le cas d’une cavalière dont le casque était apparu visiblement mal attaché lors d’une étape de la GCL, à Monte-Carlo, sans qu’aucune sanction n’ait été prononcée. Au nom de Simon Delestre, le responsable de cette équipe de la GCL a formé un recours devant le tribunal de la FEI. Avant-hier, celui-ci s’est prononcé, non sur le fond, mais… sur sa propre compétence.
Dans une décision enregistrée sous la référence A25-0003, le tribunal, représenté par un juge unique, a conclu que la décision du jury relevait sans ambiguïté de la souveraineté du “terrain de jeu”, principe fondamental du droit sportif consacré par une jurisprudence constante du Tribunal arbitral du sport (TAS) et confirmé encore en janvier 2026 par le Tribunal fédéral suisse, juridiction ultime en matière de sport. Selon ce principe, les décisions prises par les officiels dans l’exercice de leurs prérogatives d’arbitrage ou de jugement sont définitives et ne peuvent être réexaminées par une instance juridictionnelle. Le Tribunal fédéral suisse, dans son arrêt du 23 janvier 2026, en a rappelé les fondements: le manque d’expertise technique des arbitres du TAS en matière sportive, la nécessité d’éviter l’interruption des compétitions et “la nécessité de limiter le risque de voir le domaine juridique submergé de demandes de modification des résultats” justifient une application stricte de ce principe, qui “sert non seulement l’intérêt des athlètes, mais aussi celui du grand public et du monde du sport.”
“J’étais sûr de l’issue de cette procédure”, Simon Delestre
Le tribunal a ensuite examiné l’argument central de l’appel, faisant valoir que la décision du jury avait été prise après la fin de l’épreuve, le passage de deux autres équipes et la publication des résultats officiels — et qu’elle ne pouvait donc pas être qualifiée de décision “de terrain”. Le tribunal l’a écarté sans ambiguïté. L’article 200.5 du règlement international de saut d’obstacles autorise expressément le jury à réexaminer les résultats sur la base d’images vidéo, à condition que celles-ci lui soient présentées dans les trente minutes suivant la publication des résultats. Cette procédure ayant été respectée, “peu importe que la décision ait été prise après que l’appelant a terminé son épreuve, après que deux autres équipes ont terminé leur parcours, et qu’aucun coup de cloche, signal ou intervention n’ait eu lieu à aucun moment.”
Le tribunal a également balayé l’argument selon lequel le jury, saisi d’une réclamation, n’avait pas déclaré celle-ci irrecevable mais l’avait rejetée sur le fond, ce qui aurait dû valoir reconnaissance implicite de la recevabilité de l’appel. Le juge a concédé qu’il était “plutôt regrettable que la décision du jury n’ait pas développé cet aspect” et qu’il “aurait pu mentionner que la réclamation n’était pas recevable”, mais a considéré que cette omission ne suffisait pas à rendre l’appel recevable. Enfin, le tribunal a rappelé que l’enregistrement administratif de l’appel constituait “un acte administratif et non une analyse de la recevabilité”, et qu’il appartenait au seul panel constitué de se prononcer sur sa compétence.
Simon Delestre disposait de vingt et un jours pour former un recours devant le Tribunal Arbitral du Sport, mais l’affaire devrait en rester là. Le cavalier prend acte de cette décision, qui ne l’a guère surpris. “J’ai accepté que mon équipe mène cette action en mon nom, mais j’étais sûr de son issue. Je n’imaginais pas le tribunal de la FEI dédire une décision prise sur le terrain par les juges du concours, ce qui se comprend.”

