De la réécriture des reprises à l’IA en passant par le filet simple, les acteurs du dressage continuent à penser le futur avec dynamisme (1/2)

Les idées, bilans et statistiques ont fusé hier lors de la session du Forum des sports de la Fédération équestre internationale dédiée au dressage et à la révision quadriennale de son règlement. Si les sujets se sont parfois un peu mélangés les uns aux autres, il serait malvenu de reprocher un trop grand dynamisme aux parties prenantes d’une discipline longtemps jugée immobiliste. Les acteurs invités à s’exprimer ont semblé parfaitement conscients du chemin à parcourir d’ici l’assemblée générale de décembre, où le nouveau règlement sera soumis au vote des fédérations nationales, mais les discussions techniques l’ont emporté sur la gestion de crise dans les débats. Il a longuement été question d’ajouter de nouveaux mouvements aux reprises du Grand Tour et de leur jugement. Un premier bilan de l’utilisation du filet simple en CDI 3* a également été présenté, et l’usage potentiel de l’intelligence artificielle a animé quelques échanges.



La troisième session du Forum des sports de la Fédération équestre internationale (FEI) a été consacrée à la révision quadriennale du règlement international des compétitions de dressage, hier après-midi à Lausanne. Après consultation des parties prenantes impliquées, dont font notamment partie le comité technique de la discipline, le groupe de travail chargé de construire une stratégie pour le futur du dressage, celui chargé de la (ré)écriture des reprises ou encore celui qui s’intéresse à l’entraînement éthique, l’organisation faîtière des sports équestres soumettra ses propositions de modifications le 20 juillet. Les parties prenantes pourront lui faire parvenir leurs remarques jusqu’au 7 septembre, avant que la FEI ne publie la version finale de ses propositions le 6 novembre. Quelques semaines plus tard, le projet sera soumis à l’approbation des fédérations nationales lors de l’assemblée générale de la FEI. 

Cette année est donc décisive pour l’avenir du dressage. En réalité, le processus de révision, que l’organisation a l’intention de mener en s’appuyant sur des projets de recherche pertinents et en accord avec le plan d’action pour l’éthique et le bien-être équin, a commencé dès l’automne 2024. Après une réunion des parties prenantes de la discipline le 1er octobre à Lausanne, la secrétaire générale de la FEI, Sabrina Ibáñez, probable candidate à la succession d’Ingmar de Vos à la présidence, avait initié le groupe de travail chargé de construire une stratégie pour le futur du dressage. Celui-ci avait présenté ses premiers travaux lors de l’édition 2025 du Forum des sports. À cette occasion, une centaine de propositions rapportées en amont de la réunion d’octobre avaient été évoquées, dont un tiers concernant le jugement. Le groupe de travail a ensuite soumis trente recommandations initiales, dont dix-huit pouvant être mises en place sans modification réglementaire, à l’instar de la révision du calcul du degré de difficulté des Reprises Libres en Musique, qui entrera en vigueur dès le mois prochain, après la finale de la Coupe du monde.

À Lausanne, le panel de discussion sur le dressage était composé, de gauche à droite, de George Williams, Monica Theodorescu, Raphaël Saleh et Diana al-Shaer

À Lausanne, le panel de discussion sur le dressage était composé, de gauche à droite, de George Williams, Monica Theodorescu, Raphaël Saleh et Diana al-Shaer

© Germain Arias-Schreiber / FEI



Hier, les thèmes liés au jugement ont de nouveau été au centre des attentions. Aux manettes de cette session en sa qualité de directeur du service dressage de la FEI, Ronan Murphy a rappelé que lors de la révision partielle du règlement menée l’an passé, la note d’impression générale concluant les protocoles des reprises du Grand Tour avait déjà été transformée en une note d’harmonie et d’adhésion à l’échelle de progression. En outre, depuis le 1er janvier, il a été clarifié que dès leur entrée en piste et avant même de pénétrer sur le rectangle en tant que tel, les couples en lice sont sous la juridiction du jury. L’Irlandais a aussi présenté un programme de contrôle des juges fondé avant tout sur une étude de toutes les notes attribuées en compétition et compilées dans les bases de données de la FEI. Celui-ci aura notamment pour but d’évaluer la précision des juges et de permettre la détection de biais ou d’erreurs régulières de jugement.

D’ici janvier 2027 et la mise en application du règlement complètement révisé, il est aussi question de réformer les lignes directrices de jugement et ses lignes rouges. D’ailleurs, une nouvelle version du manuel du dressage de la FEI est en préparation. “Le but est de le rendre facile à utiliser. Nous réfléchissons aussi à le coupler au manuel de jugement”, a expliqué Diana al-Shaer, présidente du comité technique de dressage. Cela pourrait s’accompagner d’une révision de la structure même du règlement, comme ce fut le cas en jumping l’an passé. Représentant la fédération néerlandaise, Laurens van Lieren, cavalier de Grand Prix présent dans le public, a suggéré l’idée de créer un manuel vidéo qui donnerait des “références claires de ce à quoi doit ressembler un mouvement pour décrocher un 7 ou un 8”. “Nous allons étudier cette possibilité, qui permettrait de faire du manuel un très bon outil de formation”, lui a répondu Diana al-Shaer. Présent sur scène, le juge français Raphaël Saleh, membre du groupe de travail visant à établir une stratégie pour le futur du dressage, a lui aussi approuvé cette suggestion. “Nous utilisons déjà des vidéos dans la plupart des séminaires de juges”, a-t-il développé. “Il faudrait simplement veiller à ce qu’elles soient régulièrement mises à jour, parce que le 10 d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier, ni celui de demain. Notre sport évolue.”



De nouvelles reprises plus modernes ?

À l’heure actuelle, l’un des grands axes de travail concerne l’ajustement des textes de reprise. L’idée directrice des modifications à l’étude est d’inclure aux présentations du Grand Tour notamment des mouvements permettant d’évaluer la souplesse et l’équilibre des chevaux ainsi que leur capacité à se porter d’eux-mêmes, sans oublier leur facilité à passer d’exercices d’allongements ou de stretching au summum du rassembler et “leur volonté de travailler en harmonie avec leur cavalier”, selon les mots de Raphaël Saleh. “Nous envisageons d’introduire deux exercices: le stretching sur des rênes longues et la rupture de contact”, a poursuivi le président du jury des JO de Paris 2024. “Le premier permet d’observer si un cheval démontre la volonté de chercher et suivre le mors et arrive à étirer son encolure depuis le garrot tout en maintenant sa souplesse, son élasticité et sa cadence. Ces exercices font partie de l’entraînement de base du cheval de dressage. Dans un Grand Prix, par exemple, ils peuvent donner un peu de temps au cheval pour évoluer de façon plus relâchée.”

Un premier test a eu lieu il y a quelques jours au siège de la Fédération allemande (FN), à Warendorf, où les vice-championnes olympiques Isabell Werth et Queenparks Wendy*de Fontaine se sont prêtées au jeu et ont présenté une mouture du Grand Prix comportant un demi-cercle de vingt mètres au trot dans une attitude de stretching avant le dernier trot allongé, et donc juste après la transition galop-trot, difficile pour certains couples. “À cette occasion, nous avons vu des duos très bien réaliser ce stretching, et la qualité du passage des chevaux dans la dernière ligne qui suivait était bonne”, analyse Raphaël Saleh. “Concernant notre manière d’évaluer cet exercice, nous voulons voir un vrai changement de cadre du cheval et un maintien de la qualité de l’allure soulignant la souplesse de la ligne dorsale.”

Quant à l’exercice de rupture de contact, dont l’introduction est également envisagée au plus haut niveau, peut-être d’ailleurs dans le Grand Prix Spécial, il permet de vérifier “si le cheval se porte de lui-même et s’il est indépendant de la main”, décrit l’officiel lorrain. Répondant à un représentant de la Fédération italienne, il s’est dit défavorable à l’attribution d’un coefficient à ces mouvements s’ils sont ajoutés aux reprises: “Si ces exercices mettent en évidence la souplesse ou la volonté du cheval à travailler avec son cavalier, nous évaluons déjà ces critères dans d’autres séquences du Grand Prix.”

La suite de cet article sera publiée demain