“Zaragoza et moi sommes toujours disponibles pour participer aux championnats”, Gaspard Maksud
Le week-end dernier, Gaspard Maksud a signé une performance remarquable en terminant septième du mythique CCI 5*-L de Badminton. Avec Zaragoza, le cavalier installé de l’autre côté de la Manche a ainsi réalisé la meilleure performance française dans l’épreuve depuis la cinquième place obtenue par Pascal Leroy en 2014. À trente-deux ans, Gaspard Maksud revient sur son week-end anglais, mais aussi les perspectives qui se dessinent pour la suite de la saison. Si sa jument va désormais profiter d’une période de repos bien méritée, le Français garde dans un coin de la tête une possible sélection pour les Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, prévus au mois d’août.
Gaspard Maksud, ce week-end lord du CCI 5*-L de Badminton
© Lucie Coelho
Gaspard, vous venez de terminer septième du CCI 5*-L de Badminton. Comment avez-vous vécu ce week-end? Avez-vous pris le temps de savourer cette superbe performance avec votre équipe?
Nous avons savouré cette performance, bien sûr, mais très vite, il faut revenir à la réalité. Dès lundi matin, nous étions déjà de retour à la maison et au travail. Dans ce sport, on ne peut pas vraiment se reposer sur ses lauriers: il faut continuer à avancer et à travailler les chevaux au quotidien.
Samedi, à l’issue du cross, vous avez signé le premier maxi français dans ce concours depuis dix ans. Quelles émotions avez-vous ressenties à l’arrivée de ce test?
Zoé (le surnom de Zaragoza, ndlr) est une jument rapide et expérimentée à ce niveau-là. Ces deux dernières années, nous avions toutefois eu un peu plus de mal à rentrer dans le temps imparti. Cette saison, nous avons vraiment renforcé la préparation physique. Elle est plus en forme, et moi aussi: je suis notamment un peu plus léger que l’an dernier. Nous essayons d’optimiser chaque détail afin d’être les plus performants possible. Samedi, tout a parfaitement fonctionné. Elle a très bien galopé tout au long du parcours et disposait encore de nombreuses ressources à l’arrivée. J’ai vraiment eu le sentiment qu’elle aurait pu poursuivre son effort sans difficulté. Je suis très fier d’elle.
Au-delà du prestige de cette compétition, surtout lorsque l’on est installé en Angleterre, le concours de Badminton vous a-t-il toujours fait rêver, notamment lorsque vous étiez enfant et adolescent?
Oui, forcément. Le concours de Badminton est mythique et c'est probablement l’un des CCI 5*-L les plus difficiles à remporter. Même pour les cavaliers français qui y participent régulièrement, cette épreuve conserve un caractère très particulier. Signer un Top 10 dans un concours de ce niveau, face aux meilleurs cavaliers du monde associés à leurs meilleurs chevaux, représente quelque chose d’important. Cela permet aussi de mesurer l’écart qui nous sépare encore des tout meilleurs. C’est un défi immense, donc parvenir à réaliser une telle performance est forcément très marquant et gratifiant.
Benjamin Massié a lui aussi signé une excellente performance en terminant neuvième, tandis qu’Arthur Marx a conclu son concours et que Luc Château était également présent. Même si cette compétition reste individuelle, y avait-il malgré tout une atmosphère d’équipe de France? Vous êtes-vous entraidés sur certains aspects?
Oui, complètement. Le staff fédéral était présent, notamment Jean-Luc Force (sélectionneur de l'équipe de France, ndlr), et nous avons reconnu le cross ensemble. Nous avons beaucoup échangé, que ce soit sur les combinaisons, les obstacles ou certaines options du parcours. Même si chacun travaille avec ses propres entraîneurs et possède ses méthodes, il y a un vrai partage d’informations entre nous. Finalement, nous fonctionnons réellement comme une équipe, même dans le cadre d’un concours individuel.
Malgré toutes ces qualités, Zaragoza n'avait jamais réussi de maxi lors d'un CCI 5*-L. Avez-vous modifié certains éléments dans votre préparation pour franchir ce cap?
Oui, principalement sur le plan de la préparation physique. Son travail a été un peu plus intensif cette saison. Et puis, comme souvent à ce niveau-là, ce sont surtout les détails qui finissent par faire la différence. De plus, elle a très bien récupéré. Quelques minutes seulement après l’arrivée, son rythme cardiaque était déjà presque revenu à la normale. Elle a terminé le parcours avec beaucoup d’énergie, ce qui est toujours rassurant à ce niveau, car cela montre qu’elle a bien supporté l’effort physiquement.
Zaragoza a très tôt montré un grand galop et une énergie hors du commun. Pourtant, avant de l’orienter vers ces concours mythiques, vous avez d’abord choisi de la faire évoluer dans le format des championnats. Pourquoi ce choix ?
Les choix de sélection appartiennent avant tout au staff fédéral. De notre côté, nous avons toujours été ouverts à participer aux championnats avec l’équipe de France. Nous y avons vécu de très belles expériences, notamment avec cette médaille de bronze remportée lors des Européens du Pin-au-Haras en 2023. Ces résultats procurent des émotions très fortes, difficiles à décrire. De plus, ce type d’échéance s’accompagne d’une pression particulière, qui rend les bons résultats encore plus marquants lorsqu’ils sont au rendez-vous. En championnat, on monte d’abord pour l’équipe. L’objectif est avant tout de construire un résultat collectif et d’aller chercher une médaille, ce qui impose une certaine maîtrise dans la prise de risques. À l’inverse, sur un CCI 5*-L, le cavalier peut parfois se montrer plus offensif, puisque seul son propre résultat est engagé. L’approche du cross et la manière d’aborder les difficultés s’en trouvent donc naturellement différentes. Par ailleurs, des concours comme Badminton ou Burghley imposent une exigence physique considérable aux chevaux. Entre le relief, les longues portions galopantes et des temps accordés difficiles à respecter, ces épreuves demandent aux chevaux de l’endurance et de certaines qualités athlétiques.
Quel est votre degré de motivation en vue des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle? Si votre jument entrait dans les plans du staff fédéral, envisageriez-vous de revenir en France pour le dernier concours de sélection?
Il s’agit avant tout d’une discussion qu’il faudra avoir avec le staff fédéral. De notre côté, nous avons toujours affirmé notre volonté d’être disponibles pour les championnats. S’il faut revenir en France pour participer à un stage ou à une échéance de sélection, nous le ferons. Pour l’instant, l’essentiel est surtout que Zaragoza récupère bien et qu'elle puisse profiter de quelques semaines plus calmes avant de reprendre progressivement le travail.
Vous avez obtenu de très bons résultats en saut d’obstacles jusqu’en Grand Prix 3*. Qu’est-ce que cela vous apporte dans votre équitation de concours complet?
Bien que ces deux disciplines soient absolument différentes, le saut d'obstacles m'apporte forcément quelque chose de bénéfique. Sur le plan mental, lorsque l’on a l’habitude de monter des épreuves à 1,50m ou 1,55m, les parcours de saut d’obstacles en complet peuvent parfois sembler moins impressionnants. Je pense aussi que pratiquer régulièrement le CSO permet de développer davantage de connaissances et de sensibilité sur les barres. Cela apporte de la confiance et de l’expérience, même si les chevaux et les efforts demandés restent très différents, notamment après un cross aussi exigeant que celui de Badminton.

