À Castelsagrat, la première édition tricolore de la Coupe des nations Haleh a souri à la France, et la CEI 3* aussi
Les 22 et 23 mai, Castelsagrat a accueilli une CEIO 2* support de la première édition de la Coupe des nations Haleh tenue en France, puis une CEI 3*. Après une victoire tricolore dans la compétition par équipes, le Tarn-et-Garonne a été le théâtre de la réussite de l’Émirien Salem Malhoof Al Kitbi lors de la course de 160 kilomètres. Julia Montagne a terminé deuxième de cette compétition où l’élevage français a de nouveau brillé.
Le 22 mai, la commune occitane de Castelsagrat a accueilli une CEIO 2* support de la première édition tricolore de la Coupe des nations Haleh. Soutenue par M7, écurie appartenant au Cheick Mohammed ben Rachid al-Maktoum, émir de Dubaï et numéro deux politique des Émirats arabes unis, cette épreuve avait eu lieu à Barroca d’Alva l’an passé. “Se voir confier l'organisation de cette Coupe des nations est un signe supplémentaire de la confiance que nous porte M7”, s'est félicité Jean-Jacques Donzelli, figure centrale de l'association organisatrice. Si cette compétition porte le nom de Haleh, c’est en référence à la jument fétiche de l’écurie MZ, dont le nom complet est Bullio Blue Sue Haleh. En arabe, “Haleh” se traduit par le “halo de lumière qui brille autour du soleil et de la lune”. Sacrée double championne du monde en catégories Jeunes Cavaliers et Seniors avec deux partenaires différents en 2021 puis médaillée d’argent par équipes aux Mondiaux l’année suivante, Haleh est ainsi devenue l’un des meilleurs éléments de l’écurie M7, si bien que son manager et entraîneur, Mohamed al-Subousi, a tenu à lui faire honneur en donnant son nom à cette épreuve.
Si trente-deux cavaliers ont pris le départ de cette course de 120 kilomètres, trois collectifs nationaux seulement étaient engagés par équipes: les Émirats Arabes Unis, l’Espagne et la France. Cette dernière, représentée par Virginie Atger sur Raya de Jalima, Clémentine Chaud avec Filahe d’Espé, May Manifacier et Féroé Voinik, Elena Paton aux rênes de First Cabira ainsi que Mélody Théolissat avec Yalla de Jalima, a été la seule nation à voir au moins trois de ses équipiers franchir la ligne d’arrivée.
Une chaleur implacable
Le jour de la course, une vague de chaleur précoce et soudaine a frappé les collines du Quercy, avec des températures dépassant les 35°C. Des conditions extrêmes qui ont mis à rude épreuve chevaux et cavaliers sur ce parcours en quatre boucles, dans une discipline où la gestion de l'effort et de l'hydratation est déjà cruciale en temps normal. Un départ de course un peu trop rapide, la typicité du parcours et des conditions climatiques particulières ont accentué la difficulté de l’épreuve. Néanmoins, les vétérinaires ont dressé un bilan positif de cette journée car même s’il y eu beaucoup d’éliminés, aucun problème sérieux n’a été relevé. Les chevaux arrêtés pour raisons métaboliques (raisonnables) et autres, ainsi que ceux qui ont terminé la course, étaient dans un état assez satisfaisant et rassurant.
Les cavaliers émiriens, partis un peu trop vite, ont payé le prix de leur fougue: Salem Malhouf al-Kitbi et Saif Beljafla ont été éliminés pour boiterie au niveau de la troisième boucle avec Feeling des Aubépines et Ibriz Cabirat. Seuls deux cavaliers de son équipe ayant pu terminer la course, l’Espagne ne pouvait pas non plus prétendre au podium.
Léa Vandekerckhove se cale derrière le leader … et gagne en individuel
L’équipe de France a donc décroché la victoire par équipes, et Léa Vanderkerckhove aussi en individuel. En selle sur Istwood de Montrozie (AA, Jazz de Marjolaine*HN x T’as du Génie), elle était cinquième au départ de la deuxième boucle, à environ quatre minutes du trio de tête émirien. Elle a ensuite réussi à remonter en tête. “Mon cheval s’est montré très courageux, bien qu’un peu fainéant lorsqu’il s’est retrouvé tout seul durant la dernière boucle”, a déclaré la lauréate. “Le connaissant bien, je savais que ce n’était pas de l’épuisement, mais de la fainéantise, donc j’ai osé le pousser. L’aspect métabolique a été difficile à gérer à cause de la chaleur”. Istwood a devancé un duo de frère et sœur utérins, Yalla de Jalima et Raya de Jalima, montés par Mélody Théolissat et Virginie Atger et issus de l’élevage de Jean-Claude Guillaume. Âgé de quatorze ans, Raya est, en outre, le cheval qui a obtenu les meilleurs temps de récupération.
Une leçon d’endurance responsable
Le lendemain, dès 5h30, trente et un couples se sont élancés sur une CEI 3* annoncée difficile en raison d’une chaleur appelée à s'intensifier tout au long de la journée. Pour sa première participation à Castelsagrat, l’Émirien Salem Malhouf al-Kitbi s'est imposé avec Chicha des Pacoulis, bouclant les 160 kilomètres à une vitesse moyenne de 16,8 km/h. Julia Montagne a pris la deuxième place avec Chiara de Beders, à 16,4 km/h de moyenne, devant l'Espagnole Rocio Diaz Corton associée à Palmira d'Abaluma (16,3 km/h).
Les six boucles dessinées à travers les paysages vallonnés du Tarn-et-Garonne ont tenu toutes leurs promesses et aucun cheval n’a été éliminé pour raison métabolique lors des inspections vétérinaires. Pour autant, plusieurs cavaliers ont préféré retirer leur monture de la compétition, principalement au terme de la troisième boucle, preuve de la vigilance dont ont fait preuve les équipes dans ces conditions exigeantes. En effet, arriver au bout d'une telle course dans un tel contexte exige de conjuguer endurance, stratégie de course, gestion de l'effort et éthique sportive. À ce titre, Castelsagrat a offert une belle démonstration de sport équestre responsable.
“Chiara m'a donné la chair de poule jusqu’au bout”, Julia Montagne
“J'avais de bonnes sensations avant la course, notamment après le dernier entraînement qu'avait effectué Chiara”, a confié Julia Montagne. D'ailleurs, la Française assure s'être “régalée”, même si elle estime avoir perdu un peu de temps dans les dernières phases de récupération: “Nous avons voulu assurer pour éviter les deuxièmes passages aux contrôles vétérinaires, et peut-être avons-nous pris trop de précautions. Nous avons été très prudents, sans doute un peu trop. Ma jument avait bien mangé, même si elle était un peu énervée le matin. Quand le groupe des Émiriens est parti très vite au départ, j'ai hésité, puis je les ai rejoints parce que Chiara voulait avancer. En la retenant trop, elle s'énervait. Nous avons donc fait la course avec le groupe de tête et cela lui a parfaitement convenu. Elle n'a pas trop souffert de la chaleur. Je savais que nous n’aurions pas pu gagner, car j’avais conscience que Salem ne serait pas éliminé. Sa jument était vraiment en très grande forme. J’avais un peu de marge sur mes poursuivants, alors j’ai préféré gérer. Chiara m'a donné la chair de poule jusqu’au bout!”
La cavalière a également salué le travail du comité organisateur, qui avait renforcé les moyens mis à disposition des concurrents. En effet, quatre assistants étaient acceptés sur la piste et vingt et une tonnes de glace ont été prévues, contre douze habituellement. Six points d’assistance supplémentaires, un sur chaque boucle, ont également été installés afin de mieux rafraîchir et surveiller chevaux et cavaliers.
Si Julia Montagne a été la seule Française à monter sur le podium, la victoire possède également une touche tricolore. En effet, Chicha des Pacoulis est née chez Mélody Théolissat, actuelle numéro un mondiale. Par ailleurs, huit des dix premiers chevaux du classement de la CEI 3* de Castelsagrat sont nés en France, tandis que six des dix meilleurs cavaliers étaient français.
