“Je rêve de courir à nouveau les grands 5* classiques, Badminton et Burghley”, Arthur Duffort
Vainqueur de la Coupe des nations du CCIO 4*-S de Strzegom avec les Bleus et quatrième en individuel aux rênes de Gueule de Rêve, Arthur Duffort a signé le meilleur résultat français du week-end dernier en Pologne. Le cavalier de trente-sept ans revient sur la progression de son cheval, son retour en équipe de France après de longues années passées en Grande-Bretagne et ses ambitions de retrouver les plus grands terrains de complet au monde.
Le week-end passé, vous avez réalisé remporté la?Coupe des nations du CCIO 4*-S de Strzegom et vous êtes placé quatrième en individuel. Quel regard portez-vous sur ces résultats obtenus grâce à Gueule de Rêve?
Je suis surtout très heureux pour mon cheval. Cela fait six ans que je l’ai et je suis entouré de propriétaires fidèles, qui me confient des chevaux depuis très longtemps. Ils investissent énormément, alors lorsqu’on peut leur rendre cette confiance avec de tels résultats, c’est encore plus satisfaisant. Gueule de Rêve a évolué progressivement. Nous avons pris le temps avec lui et voyons qu’il commence à performer à ce niveau. C’est une belle récompense pour tout le monde.
Vous signez la meilleure performance française du concours, quel regard portez-vous sur cet accomplissement?
Je pense que parmi les quatre cavaliers de l’équipe, j’étais celui qui avait le cheval le plus expérimenté. Je suis évidemment très heureux de ce qu’il a réalisé, même si je ne m’attendais pas à un tel résultat.
“Lorsqu’on m’appelle pour représenter l’équipe de France, je réponds présent immédiatement”
Vous avez dit “avoir attendu un long moment” pour obtenir un tel succès. Qu’entendez-vous par là?
J’ai vécu très longtemps en Angleterre, ce qui m’a un peu éloigné du radar de l’équipe de France. Je suis revenu en France il y a deux ans et demi et je suis très heureux de constater que, dès que j’ai un cheval performant, on pense à moi. Lorsqu’on m’appelle pour représenter l’équipe de France, je réponds présent immédiatement.
À seulement trente-sept ans, vous étiez pourtant le doyen de cette équipe de France. Avez-vous le sentiment qu'une nouvelle dynamique se créée chez les Bleus?
Oui, je pense que le changement de staff a créé une nouvelle dynamique. Sans remettre en cause le travail de l’ancienne équipe, qui a été excellent, le fait de repartir sur un nouveau fonctionnement remet naturellement les compteurs à zéro. Aujourd’hui, tout le monde a le sentiment qu’il peut gagner sa place. Les cavaliers déjà installés sont poussés par une nouvelle génération qui sait désormais que tout est possible. En Pologne, nous avions notamment deux jeunes cavaliers avec nous (Vérane Nicaud et Lucas Brun, ndlr). C’est une très bonne chose de leur offrir cette expérience sur ce circuit.
Une victoire par équipes a-t-elle plus de saveur qu’une victoire en individuel?
Oui, c’est complètement différent. Pour être honnête, c’était la première fois que je participais à une véritable compétition par équipes, puisque je n’ai pas suivi tout le parcours classique en Poneys, Juniors ou Jeunes Cavaliers. Nous avions la chance d’être accompagnés par Cédric Lyard et nous formions une très bonne équipe. Nous ne nous connaissions pas tous très bien au départ, mais le groupe a tout de suite très bien fonctionné. Partager une victoire comme celle-là est quelque chose de vraiment particulier. Si j’ai l’occasion de revivre cela, je le referai avec grand plaisir.
Qu’apporte un chef d'équipe comme Cédric Lyard lors d'une Coupe des nations ?
Avant tout, il a la légitimité d’un cavalier qui évolue au plus haut niveau depuis près de trente ans. Naturellement, nous sommes donc très attentifs à ses conseils. Il possède aussi une qualité essentielle, celle d’être extrêmement calme. Il est sûr de lui, serein, toujours positif. Cela aide énormément les jeunes cavaliers à gérer la pression d’une première sélection. Même pour moi, je me demandais si j’allais ressentir un stress supplémentaire. Finalement, il n’est jamais venu, et je pense que Cédric y est pour beaucoup. Il nous a parfaitement accompagnés tout au long du week-end. Honnêtement, cela a fait une vraie différence.
Verane Nicaud, Lucas Brun, Baptiste Salaun et Arthur Duffort après avoir gagné l'épreuve de coupe des Nations par équipe.
© FEI / Libby Law Photography
“Il a aura fallu du temps et de la patiente pour que Gueule de Rêve se révèle”
Comment Gueule de Rêve est-il arrivé dans vos écuries?Quel a été son cursus?
Je l’ai acheté il y a cinq ans avec mon associé, Paul Gatien. À l’époque, j’étais installé en Angleterre mais nous achetions déjà des chevaux ensemble en France. Nous l’avons gardé environ un an avant que des propriétaires, qui cherchaient un cheval, n’en fassent l’acquisition. Malgré cette transaction, ils l’ont laissé sous ma selle. C’est un grand cheval, un fils de Canturo. Les chevaux de cette lignée demandent souvent un peu plus de temps pour mûrir. Il est extrêmement gentil mais il réfléchit un peu moins vite que d’autres. Il lui a donc fallu davantage de temps pour se construire. Aujourd’hui, il a dix ans et évolue déjà en 4*, donc on ne peut plus vraiment parler de retard. Il a toutefois fallu être patient.
Il signe sa plus belle performance à ce niveau. Jusqu’où pourrait-il aller?Allez-vous pouvoir le conserver?
Il n’est pas réellement à vendre. C’est une grande différence entre la France et l’Angleterre. En France, beaucoup de propriétaires achètent un cheval en pensant qu’il pourra un jour prendre de la valeur. En Angleterre, les propriétaires achètent souvent un cheval comme on adopte un chien : ils le font avant tout pour le plaisir. Je ne dis pas qu’ils ne le vendront jamais si une très grosse offre se présente, mais ce n’est absolument pas leur objectif. Cela me permet de travailler avec énormément de sérénité. Je suis vraiment conscient de la chance que j’ai d’être entouré de propriétaires qui m’accompagnent depuis si longtemps. Je préfère avancer étape par étape. Si vous m’aviez posé la question il y a quelques années, je ne vous aurais probablement jamais dit qu’il gagnerait une Coupe des nations et performerait à ce niveau. S’il continue à progresser comme il le fait actuellement, l’objectif est qu’il dispute un 4*-L à Boekelo en fin de saison. Ensuite, nous verrons s’il possède le potentiel pour aller encore plus haut et évoluer un jour en 5*.
Quelles sont ses meilleures qualités?Quelle est votre marge de progression ?
Il saute remarquablement bien. Il me semble qu’il n’a encore jamais fait tomber une barre en concours international. Il n’a peut-être pas le style le plus spectaculaire, mais il est extrêmement respectueux et très puissant. Sa principale marge de progression se situe sur le cross. Il possède un galop assez lent et met un peu de temps à trouver son rythme. Si nous parvenons à gagner en vitesse et en fluidité sur ce test, cela changera beaucoup de choses pour la suite. À mon retour en France, j’ai énormément travaillé le dressage avec lui. C’est vraiment ce qui a tout changé.Aujourd’hui, il enchaîne les bonnes performances comme au Royal Jump (il avait obtenu un score de 37,7 points et une quatorzième place dans le CCI 4*-S, ndlr), qui n’était pas un coup d’éclat car il commence à répéter les bonnes sorties. Surtout, tout le monde a accepté de prendre son temps avec lui. Moi le premier, mais aussi ses propriétaires, qui ne m’ont jamais mis la moindre pression pour aller plus vite ou monter rapidement en 4*. Cette patience est aujourd’hui récompensée.
Quelles sont vos ambitions à court, moyen et long terme?
Le programme est déjà bien défini. Il va bénéficier d’un peu de repos après le Royal Jump et Strzegom, qui s’est ajouté au calendrier. Il ne courra pas en juillet. Ensuite, nous reprendrons progressivement en 4* avec l’objectif d’arriver à Boekelo, début octobre. Parallèlement, je poursuis la formation de mes chevaux de sept et huit ans (Jelly For You, Jaiko Pouezeen, Ideo de l’OnfrairieAA, ndlr). J’ai toujours travaillé ainsi. Ce sont des chevaux avec beaucoup de sang, qui demandent du temps. Depuis mon retour en France, je ne me fixe pas comme objectif absolu de participer à certains concours prestigieux. Si les chevaux sont prêts, j’y vais. Sinon, j’attends. Je préfère construire leur carrière sereinement.
Verane Nicaud, Lucas Brun, Baptiste Salaun et Arthur Duffort après avoir gagné l'épreuve de coupe des Nations par équipe.
© FEI / Libby Law Photography
“Si l’Équipe de France a besoin de moi, ils savent où me joindre”
Cette performance à Strzegom va-t-elle vous ouvrir des portes?
Peut-être, mais j’ai surtout le sentiment que le staff me considère déjà. J’ai la chance de bien connaître Cédric Lyard et d’avoir une bonne relation avec Jean-Luc Force. Mon parcours est un peu atypique puisque j’ai disputé beaucoup de concours 5* en Angleterre. Les gens en France le savent parfois moins, mais eux connaissent mon parcours. Je ne sais pas si cela ouvrira de nouvelles portes, mais s’ils ont besoin de moi, ils savent où me joindre.
Comptez-vous sur les conseils d’un entraîneur?Pouvez-vous évoquer votre structure?
Mon entraîneur pour le dressage est Jean-Pierre Blanco, ancien entraîneur national de l’équipe de France qui vient travailler avec moi toutes les semaines. Depuis mon retour, je collabore aussi avec Laurent Bousquet, qui joue un rôle de manager sportif. Il vient plusieurs fois par an à l’écurie pour suivre l’évolution de tous les chevaux. Après chaque concours, je lui envoie toutes les vidéos et nous faisons un débriefing complet. Comme je revenais en France avec des chevaux déjà bien avancés, j’avais besoin de quelqu’un qui connaissait parfaitement le circuit français. Enfin, je travaille quotidiennement avec mon associé, Paul Gatien.
Quel a été votre cursus de cavalier? Vous avez bénéficié des conseils d’Andrew Nicholson, n’est-ce pas?
J’ai suivi un parcours assez classique en France. J’ai commencé l’équitation chez Marine Vincendo, aux écuries du Clos, près de Nantes. C’est elle qui m’a donné toutes les bases. Ensuite, je suis parti chez Andrew Nicholson. Je devais y rester six mois. Finalement, j’y suis resté un an, puis Andrew m’a demandé de prolonger. Au total, j’ai passé quatre ans à ses côtés. J’ai énormément appris avec lui. À la fin, c’est presque lui qui m’a poussé à partir pour voler de mes propres ailes. Je me suis ensuite installé en Angleterre. Il m’a fallu quelques années pour construire une structure solide, trouver des propriétaires, puis j’y ai construit toute ma vie. J’y ai rencontré ma femme, j’y ai fondé une famille et je n’avais plus vraiment de raison de rentrer rapidement. Si je devais citer les deux personnes qui ont le plus marqué mon parcours, ce seraient Marine Vincendo, qui m’a appris à monter à cheval, et Andrew Nicholson, qui m’a amené vers le très haut niveau.
Comment vous décririez-vous en dehors des terrains de concours?
Je suis quelqu’un de passionné, parfois même un peu trop. Je travaille énormément, même si j’essaie aujourd’hui de consacrer davantage de temps à mes enfants. Je suis aussi quelqu’un d’intense et d’impatient. Ce sont à la fois des qualités… et parfois des défauts.
Qu'est-ce qui vous passionne en dehors des chevaux?
Je passe les trois quarts de mon hiver sur un snowboard. C’est ma grande passion en dehors des chevaux.
Dans cinq ans, qu'aimeriez-vous avoir accompli?
Depuis mon retour en France, j’ai complètement restructuré mon fonctionnement avec mes propriétaires, mon équipe et toute mon organisation. Nous avons un seul objectif : retrouver le très haut niveau en concours complet. Tous les chevaux que j’achète aujourd’hui sont sélectionnés avec l’idée qu’ils puissent, un jour, courir des 5*. Je ne cours pas après une sélection en équipe de France ni après les Jeux olympiques. Ce qui me fait vraiment rêver, c’est courir à nouveau les grands classiques, Badminton et Burghley. C’est probablement mon héritage de l’école anglaise. C’est là que j’ai envie de revenir.

