À Cluny, les associations régionales d’éleveurs ont donné vie à un premier challenge interrégional

Au cœur de la réforme du Cycle classique de la Société hippique française (SHF), la suppression des Concours interrégionaux (CIR) a suscité des interrogations, voire du mécontentement parfois, au sein de la filière équestre, et a surtout conduit ses acteurs à imaginer leur saison autrement. De fait, certaines associations régionales d'éleveurs ont tenté de mettre en place un événement ayant vocation à remplacer ces rassemblements traditionnels. Du 20 au 22 juillet, le projet porté par les éleveurs d'Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté et Provence-Alpes-Côte d'Azur a ainsi abouti en un challenge interrégional de saut d'obstacles disputé entre les représentants de ces trois régions sur le site d’Équivallée – Haras national de Cluny. Si cette première édition n'a pas encore retrouvé la ferveur des grandes années des CIR, elle a néanmoins donné le ton quant au défi auquel sont confrontés les éleveurs et propriétaires de jeunes chevaux.



Parmi les différentes mesures récemment prises par la Société hippique française (SHF) pour réduire ses dépenses, amorçant ainsi un nouveau chapitre dans sa stratégie, la suppression des Concours interrégionaux (CIR), annoncée fin 2025, a constitué un tournant majeur pour bon nombre d'acteurs du monde de l'élevage et de la valorisation. 

Yves Gay, qui préside la Fédération des éleveurs de chevaux et poneys de sport de Bourgogne Franche-Comté et siège au Conseil d’administration de la SHF, fait partie des professionnels ayant cherché des solutions pour mettre sur pied un événement nouveau pour maintenir cette étape jugée très importante par certains pour la formation des jeunes montures. “Avec les représentants des associations régionales d’Auvergne Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, nous nous sommes dit que les cavaliers aimaient se retrouver au CIR de Cluny pour préparer la Grande Semaine de Fontainebleau, ou pour permettre à leurs chevaux de conclure leur saison lors d’un bel événement”, entame-t-il. “Nous avons donc cherché une solution pour organiser un rendez-vous équivalent. Erwan Boucher, le directeur du site d’Equivallée-Haras national de Cluny, a tout de suite donné son accord. D’autres régions ont travaillé sur des projets similaires, mais finalement, le nôtre a été le seul à aboutir avec une dotation globale de 15.000 euros, soit 6.000 euros pour les chevaux de six ans, 5.000 euros pour ceux de cinq ans et 4.000 euros pour ceux de quatre ans. Les trois meilleures montures de chaque génération ont décroché une prime, versée pour une moitié à l’engageur, et l’autre au naisseur du cheval, à condition que celui-ci ait vu le jour dans l’Hexagone. Cette dotation a été apportée par nos trois associations régionales, qui ont mobilisé leurs fonds propres et sont allées chercher des subventions auprès des collectivités territoriales (tout en s'appuyant sur un surcoût de dix euros par engagement par rapport aux concours SHF classiques, ndlr). Des partenaires privés ont par ailleurs également fourni des lots en nature. De fait, pour prétendre à une participation, les chevaux devaient avoir sauté au moins 50% de leurs épreuves Jeunes Chevaux de la saison lors de concours organisés dans les trois régions de référence, car ces événements-là doivent aussi continuer à vivre.”



À la recherche du CIR perdu

Si l’organisation de cet événement est en soit un succès, les habitués de l'ancien CIR de Cluny - longtemps l'un des plus prisés du circuit - se sont montrés un peu désabusés face au faible nombre d'engagés dans ce challenge interrégional de saut d'obstacles, qui n'en a réuni qu'un peu plus de six cents. Les deux épreuves réservées aux chevaux de sept ans, qui ne portaient pas le label Top 7, ont même compté moins de vingt partants. Une communication tardive a certainement privé le rendez-vous de nombreux participants, tandis que d'autres se sont trouvés freinés par le nouveau règlement, qui impose d'engager les chevaux dans un certain nombre d'épreuves de Formation tout en réduisant le nombre de départs possibles dans les épreuves dites de qualification. Les engagements ont ainsi été plus compliqués à gérer pour certains éleveurs. Pour autant, dans l'ensemble, les acteurs du circuit SHF se sont réjouis de voir les associations régionales prendre l'initiative de lancer ce rendez-vous.

Habitué du circuit de la SHF et des CIR, Frédéric Delforge salue l’opération. “J’adore venir à Cluny, mais nous ne l’avions pas encore fait cette saison en raison du prix du carburant, qui nous a fait privilégier des concours plus proches de chez nous”, explique l’homme à la tête de l’élevage du Banney, situé à Luxeuil-les-Bains, en Haute-Saône, à un peu moins de trois cents kilomètres de Cluny. “À Rosières-aux-Salines, un concours SHF a aussi fait office de championnat, sans dotation financière spécifique mais avec des cadeaux, ce qui est toujours sympa. Malgré tout, je persiste à dire que supprimer les CIR, qui avaient un aspect officiel et constituaient un véritable objectif dans la saison, était une erreur. Je suis conscient de la réduction d’argent public injecté dans la filière, mais des solutions existaient, par exemple en offrant de beaux lots ou à travers un système de points de bonification pour la Grande Semaine de Fontainebleau.”



De belles promesses en piste

Du côté des résultats, c’est Thomas Lévêque qui a ouvert le palmarès de ce challenge interrégional dans la catégorie des montures de six ans avec la talentueuse Chaccolina van’t Huka, une fille de Chacco-Blue et d’une jument KWPN par le Selle Français Hors La Loi II. Le cavalier de l’agglomération lyonnaise ne tarit pas d’éloge sur cette jument qu’il monte depuis l’été dernier. “Je l’ai fait acheter à Sabrina Tastet, avec qui je travaille depuis longtemps”, détaille-t-il. “Elle est rapide, a des yeux au bout des sabots et un bon mental. Je pense que le championnat du monde de Lanaken (prévu du 16 au 20 septembre, ndlr) lui conviendrait parfaitement et j’espère donc y participer avec elle. Je suis très heureux d’avoir gagné et je n’ai pas ressenti de pression particulière car je ne connaissais même pas la dotation! J’ai félicité Julien Blot (depuis son élection à la présidence du Stud-book Selle Français, il est resté très actif au sein de son territoire, où il préside toujours l’antenne régionale de la SHF et occupe le poste de vice-président du syndicat des éleveurs de l’Ain, ndlr), qui s’est beaucoup investi pour ce challenge. Il essaie, avec d’autres, de trouver des financements supplémentaires pour ce circuit et c’est très positif, car, de notre côté, nous avons de plus en plus de frais… Hélas, je pense qu’il y a eu un défaut de communication. Peut-être qu’il aurait fallu organiser l’événement sur deux jours au lieu de trois, afin que les cavaliers qui avaient concouru le week-end précédent puissent rester dans leurs écuries le lundi.”

La deuxième meilleure jument de six ans a été Kapucine de Grandry (Candy de Nantuel x Lifestyle), née dans la Manche au sein de l’élevage du regretté Jacky Angot et montée par Fabien Canelle, tandis que le couple 100% provençal formé par Sébastien Michel et Komete de Pion Para (Cap Kennedy x Pezetas du Rouet) s’est classé troisième. Dans le challenge des chevaux de cinq ans, la victoire a été locale puisqu’elle est revenue à Jean-Michel Martinot, installé de l’autre côté de la rue jouxtant le beau terrain d’Équivallée, et à un pur produit de l’élevage familial, Little Queen Merzé (Groovy Semilly x Papillon Rouge). Sacha Thinard, le neveu d’Olivier Perreau, a mené Lutèce d’Aiguilly (Rebozo La Silla x Nabab de Rêve), justement née chez les Perreau, à la deuxième place. Quant au médaillé de bronze par équipes de Paris 2024, il s’est imposé dans le Grand Prix réservé aux chevaux de sept ans avec Comilla (Z, Comilfo Plus x Indoctro). Olivier Gaillard a complété le podium avec Let It Be un Prince (Pégase van’t Ruytershof x Chacco-Blue). Enfin, la compétition réservée aux chevaux de quatre ans a été le théâtre d’un doublé du Franc-Comtois Laurent Faivre, associé à Métane du Riou (Nervoso x Gunter d’l’Herbage) et Moussette du Riou (El Barone 111 x No Name de Siva), tous deux nés dans la Manche chez Stéphane Chaulieu. Fabien Duranton a mené Magic de l’Autrot (Comme Il Faut x Quidam de Revel) né en Côte d’Or chez Stéphanie Dagas, au troisième rang.

Tous les résultats sont disponibles ici https://onpulse.winjump.fr/concours/15183/cluny



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