“Les cavaliers français ont vraiment bien monté au dressage”, Thibaut Vallette
Thibaut Vallette a apprécié avec ses yeux d’expert, de passionné et de champion olympique par équipes le test de dressage des championnats du monde de concours complet, qui s’est déroulé hier et avant-hier à Aix-la-Chapelle, en Allemagne. Le colonel Vallette, écuyer en chef du Cadre noir de Saumur, se ravit évidemment des performances des couples français, mais aussi du niveau général de ces Mondiaux et de la possibilité offerte aux athlètes de découvrir d’autres disciplines.
“Il y a eu du suspense jusqu’à la fin du test de dressage de ces Mondiaux. La reprise au programme est vraiment particulière parce que très courte, au point que les chevaux dotés d’une locomotion ample ont à peine le temps de s’exprimer, même s’il y a quelques allongements et des mouvements latéraux qui leur permettent de montrer leur souplesse. Au galop, tout s’enchaîne vraiment très vite, avec un départ au contre-galop, une diagonale au galop allongé et un contre-changement de main qui n’est pas franchement habituel en complet. Après, il y a encore une diagonale avec deux changements de pied et un dernier changement à effectuer dans le doubler final. Cette diagonale a causé de nombreuses fautes, y compris chez les meilleurs couples, notamment en raison de petits déséquilibres parfois créés par le premier changement.
L’équipe de France a bien géré cela et produit de belles reprises. Je trouve qu'il y a une vraie uniformité dans les résultats et les performances des Tricolores, avec des chevaux vraiment en équilibre, souples et présentés dans une attitude juste, trois scores inférieurs à trente points de pénalité. Les cavaliers français ont vraiment bien monté, se montrant très précis dans leur tracé. Ils peuvent être fiers de leurs performances. Ils n’ont pas beaucoup de retard sur les Britanniques et les Allemands (dix à douze points environ, ndlr), qui ont pris la tête des opérations de manière assez logique. Globalement, il n’y a pas de surprise dans le classement par équipes. En revanche, en individuel, les favoris ont commis une petite erreur à l’exception de Julia (Krajewski, en tête avec 22 points sur Nickel, ndlr).
Le cross va sans doute se révéler très exigeant. Très bien construit mais très technique, le parcours comporte beaucoup de difficultés et il tourne beaucoup, donc il faut des chevaux naturellement rapides et équilibrés, faciles à reprendre et à faire repartir après les obstacles. Cela commence assez gentiment, mais en numéro 8, il y a un coffin où l’option directe me semble très sévère. L’entrée est assez haute et peu avenante. J’espère qu’il n’y aura pas trop de fautes sur cet obstacle frangible… Ensuite, il y a une combinaison avec deux obstacles directionnels et un mouvement de terrain, puis on arrive assez vite au premier gué, après lequel il faut réaliser une boucle pour repasser dans le même plan d’eau. Un peu plus tard, il y a un contre-bas avec une réception en descente et une combinaison, à l’abord de laquelle il n’y a pratiquement qu’une seule route possible. À la fin, il y a encore un passage d’eau en numéro 24 (le cross comporte vingt-huit obstacles, ndlr) avec une maison et deux pointes, puis encore un dernier double de haies.
Les chevaux sont assez habitués à cela, mais ils devront rester perméables aux aides et en équilibre. En fin de parcours, ils ne devront pas être trop ouverts dans leur galop. Les cavaliers devront se montrer concentrés tout du long de la route en essayant de ne pas perdre trop de temps… mais en acceptant d’en perdre un peu. En outre, il fait bien chaud, ce dont il faudra tenir compte, même si le terrain est assez plat ici. Les chevaux ont été préparés à courir dans ces conditions et ils ont montré qu’ils étaient prêts lors du test de dressage. Dans l’ensemble, ils me semblent affûtés et beaux.
L’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) a la chance d’avoir des chevaux sélectionnés ici en dressage, voltige et para-dressage. Ces championnats multidisciplinaires sont riches en ce qu’ils permettent aux athlètes des différentes disciplines de se mélanger les uns aux autres. Les dresseurs viennent soutenir les voltigeurs, les voltigeurs en font de même pour les complétistes, etc. Il y a une seule et grande équipe de France, et ça, c’est fort! C’est ce qui fait la beauté de ces moments, et c’est aussi pour cela que les athlètes travaillent, d’autant que la plupart d’entre eux sont seuls la plupart du temps. Je suis ravi de pouvoir vivre cela à leurs côtés.”

