“Nous nous sommes ratés collectivement en complet, mais nous allons nous rattraper”, Sophie Dubourg
Après une première semaine de championnats du monde riche en émotions pour le clan tricolore à Aix-la-Chapelle, Sophie Dubourg dresse un premier bilan. La directrice technique nationale de la Fédération française d’équitation revient sur les quatre médailles remportées en voltige ainsi que les non qualifications olympiques des équipes tricolores de concours complet et de dressage, avant de se projeter sur la seconde semaine de compétition.
Quel bilan tirez-vous des championnats du monde de voltige, marqués par quatre médailles françaises?
C’est un carton plein. Nous avions de belles prétentions et tout le monde les a tenues. Nous avons un encadrement soudé, orchestré au millimètre près par la sélectionneuse Manon (Moutinho, ndlr). C’était la première fois que nous envoyions une délégation aussi nombreuse, donc nous étions un peu inquiets. Océane Géhan était surtout là pour prendre de l’expérience. Malheureusement, elle a rencontré un pépin physique. Il incarne un bel espoir féminin, donc il était bien qu’elle vive cela.
Pour le reste, tout le monde a vraiment répondu à toutes nos attentes, notamment dans les imposés, où ils ont tenu tête aux Allemands. Les Allemands restent plus forts dans quelques catégories, ce qui nous donne encore de quoi travailler.
En tout cas, pour eux, c’est un cycle qui se termine avec une édition plus que réussie et qui va encore nous donner des pistes de travail pour les quatre prochaines années. Pour eux, ces championnats du monde sont un peu leurs mini-Jeux olympiques, parce que c’est un événement multidisciplinaire qui leur donne de la visibilité et de la médiatisation. Ce site et ce stade couvert de 6.500 places les a transcendés.
La petite touche artistique française n’a pas toujours plu. Je pense à notre équipe, qui s’est fait un peu punir, avec une note artistique qui nous a coûté cher. Pour autant, nous continuerons à prendre des risques et à sortir des sentiers battus. De plus jeunes voltigeurs continuent à arriver et notre Pôle France FFE, qui fonctionne très bien, doit aussi se concentrer sur le développement de la discipline. Nous excellons à très haut niveau, mais nous n’avons pas encore assez de clubs qui pratiquent la voltige, alors nous allons essayer de lier les deux.
En tout cas, j’adresse un grand bravo à notre staff, qui est motivé et va continuer. C’est aussi important parce qu’il y a des athlètes qui arrêtent et d’autres qui arrivent. Nous devons donc assurer cette continuité.
En concours complet, il y a forcément davantage de frustration compte tenu de l’élimination de l’équipe de France, qui n’a pas obtenu la qualification olympique qu’elle était venue chercher à Aix-la-Chapelle…
Il y a beaucoup de frustration, beaucoup de déception, mais aussi de bonnes choses. Finir avec trois cavaliers dans le top dix est un bon signal. Ils accompli une super saison. Les cavaliers et le staff n’étions pas confiants, parce que nous ne le sommes jamais, mais très prudents et motivés. Nous avons manqué de chance, il faut bien le dire, entre la chute improbable de Benjamin (Massié avec Figaro Fonroy, ndlr) et la blessure inimaginable de Diabolo Menthe, le cheval de Nicolas Touzaint, cavalier hyper prudent qui soigne ses partenaires avec beaucoup de professionnalisme. C’est une blessure qui n’est pas du tout irréversible. Elle est tout à fait soignable, et je tiens à saluer la bienveillance et l’engagement des propriétaires.
Finir avec trois cavaliers dans le top dix mais sans équipe, cela n’arrive pas souvent. Il faudra le digérer. Tout le monde a déjà bien analysé ce que nous aurions pu faire ou ne pas faire. Nous n’avons, je le crois, pas grand-chose à nous reprocher, dans la préparation comme dans la sélection. Il ne faut pas tout jeter parce que nous ne sommes pas qualifiés pour les Jeux. Ce serait dramatique, parce que tout ce qui a été construit, notamment dans la transition entre Thierry Touzaint et Jean-Luc (Force, ndlr), a pour moi été très bien fait. Il faut être capables de resituer les performances des cavaliers et, objectivement, de modifier ou de renforcer ce que nous avons fait. En tout cas, nous restons tous solidaires.
Comment allez-vous désormais aborder les prochaines étapes du cycle de qualification olympique?
Nous avons déjà simulé les scénarios pour l’an prochain. Il y aura six nations européennes pour trois places à prendre, mais nous allons surtout avoir un calendrier très bousculé pour nos équipes. Il va falloir aller courir les Coupes des nations, dont certaines étapes sont lointaines, un peu coûteuses et qui se retrouvent en face de grands concours français… Et bien sûr préparer au mieux les championnats d’Europe d’Avenches.
La Fédération va vraiment donner les moyens aux cavaliers et au staff d’aller chercher cette qualification. Concernant les concours français, nous pourrons peut-être en décaler quelques-uns. Cela ne va pas être si simple, mais ce sera une année particulière. Nous nous sommes ratés ici, collectivement, et nous nous rattraperons l’an prochaine. Sans excès de confiance, je ne doute pas que ce soit à notre portée.
Cette année, le vivier de couples concourant en Pro Élite était réduit…
Oui, complètement. Nous manquons de réservoir dans toutes les disciplines. C’est aussi un sport qui devient très exigeant et coûteux en argent et en temps, avec des circuits qui nécessitent des déplacements lointains, et peu de dotations. Nous devons travailler sur notre réservoir, mais aussi sur nos circuits. Nous réfléchissons au Grand National de complet, avec peut-être une revalorisation des épreuves Pro 1, et peut-être un peu moins du Pro Élite, parce qu’il faut redonner envie aux couples évoluant au niveau inférieur. Nous ferons sûrement la même chose en dressage. En saut d’obstacles, nous avons quand même un très bon réservoir, même si, au très haut niveau, on s’aperçoit qu’il n’y en jamais assez de chevaux. Et puis, il ne faut pas se leurrer, il y aura des ventes de chevaux. J’espère qu’il y aura aussi des achats, mais il y aura des ventes…
Quid de l’équipe de France de dressage, seizième sur dix-neuf de ces Mondiaux?
Il faut vraiment que nous prenions du temps. Je ne veux vraiment pas incriminer les cavaliers, les propriétaires ou les partenaires des cavaliers. Comme je l’ai dit à certains, je n’ai jamais connu un athlète qui entre en piste pour mal faire. Je crois qu’il faut le répéter. Ensuite, il y a effectivement une atmosphère assez divisée entre le public et les acteurs de la discipline qu’il faut repenser, retravailler. La Fédération doit fédérer et donner envie. Il y a vraiment du potentiel. Il faut simplement que nous ralliions l’ensemble des acteurs à la même chapelle du dressage français. Même si cela peut paraître difficile, obtenir une qualification aux championnats d’Europe n’est pas irréalisable.
Trois autres disciplines vivront leurs Mondiaux la semaine prochaine. Quelles sont vos attentes en jumping, para-dressage et attelage?
Nous avons des staffs et athlètes gonflés à bloc. Nous avons de belles ambitions en saut d’obstacles. En attelage, nous connaissons à peu près notre place – je me réjouis de très jolies médailles obtenues aujourd’hui (entretien réalisé dimanche, ndlr) chez les jeunes meneurs. Tout le monde est gonflé à bloc. Et en para-dressage aussi, la France peut se qualifier pour les Jeux de Los Angeles. Individuellement, nous avons également des prétentions de médailles.
La semaine sera longue, mais elle va passer vite et il ne faudra vraiment rien rater. Ici, les conditions sont extraordinaires. Tout le monde a rêvé de cet événement presque comme on rêve des Jeux olympiques, et c’est génial. Nous sommes tous un peu inquiets pour le terrain en herbe vu le nombre d’engagés et les incertitudes météorologiques. Nous avons déjà commencé à rassurer un peu tout le monde avec les moyens, les éléments et les arguments que nous avons.
La compétition par équipes en jumping s’annonce plus ouverte que jamais…
Oui, il est difficile d’établir des pronostics. Nous nous y sommes un peu essayés pendant le stage de préparation, et il y a honnêtement huit ou neuf équipes médaillables sur le papier. Or, il n’en restera que dix le deuxième jour. Nous l’avons déjà vu et vécu aux JO de Paris. Là, nous avons la chance d’avoir un drop score, donc il faudra déjà bien se placer lors de la Chasse. Avec trente-deux équipes, on se doute que le chef de piste et son équipe vont se gratter la tête pour proposer des parcours corrects par rapport au niveau moyen. Il ne faudra pas se louper les premiers jours. La petite barre un peu bête va coûter très cher. Avant ces Mondiaux, nous nous sommes préparés à tous les profils d’obstacles (l’équipe de France avait péché sur une palanque ondulée aux championnats d’Europe de 2015 à Aix, ndlr). Quand on connaît la vision du cheval, ce sont des choses que l’on prépare. Nous serons tous à armes égales. Bien sûr, le mental et la santé des chevaux sont hyper importants, dans cette discipline comme dans les autres.

