La Chasse d’Aix-la-Chapelle n’avait rien d’un cadeau, mais Julien Épaillard se l’est offerte quand même
Le coup d’envoi des Mondiaux de saut d’obstacles a été donné ce matin à Aix-la-Chapelle, et, comme il y a quatre ans à Herning, c’est Julien Épaillard qui s’est imposé en ouverture. Le Normand et son bien nommé Fringan de Vesquerie ont roulé sur la concurrence dans la Chasse, devançant de plus d’une seconde le Néerlandais Harrie Smolders sur Mr. Tac des Fusains et le Britannique Scott Brash sur Hello Mango. La performance du Normand permet à la France de figurer cinquième au classement par équipes après une journée mitigée, tandis que les Allemands ont conforté leur statut de favoris.
Le problème des pistes mythiques, particulières et exigeantes comme celle d’Aix-la-Chapelle est qu’elles ne conviennent pas à tout le monde. C’est ce qu’on a pu observer aujourd’hui dans la Chasse, épreuve d’ouverture du championnats du monde de saut d’obstacles. Tout au long de l’épreuve, qui a duré plus de sept heures, pauses comprises, on a assisté tantôt à des démonstrations d’orfèvrerie – la plupart des cadors de la discipline ont fait de cette épreuve de vitesse une formalité –, tantôt à des parcours bien plus laborieux. Le fossé entre les cavaliers les plus chevronnés et les autres a paru d’autant plus frappant que l’ordre de départ avait été établi à l’issue d’un tirage au sort intégral, faisant alterner des multimédaillés olympiques et des cavaliers ne s’étant jamais frottés à des parcours à 1,60m… Entre un pilote visiblement perdu sur la piste, hésitant à resauter le mur qu’il n’avait pas réussi à franchir entre les fanions, des refus sur des obstacles relativement classiques, quatre abandons et huit chutes, force est de constater que certains parcours n’étaient pas tout à fait à la hauteur de ce temple des sports équestres. Bref, si l’objectif affiché par la Fédération équestre internationale (FEI) de mondialiser la pratique du saut d’obstacles demeure louable, et même souhaitable, avait-on vraiment envie de voir des parcours aussi poussifs dans des Mondiaux que l’on espère devenir mythiques?
Le nombre de partants – cent quarante-cinq, soit huit de moins que le record établi en 2014 à Caen – a grandement influé sur la qualité du terrain, principale source d’inquiétude depuis qu’il a plu ces derniers jours. Si la majorité des cavaliers, y compris français, se sont montrés rassurants sur leurs sensations, force est de constater qu’on a vu le gazon se dégrader au fil de l’épreuve et quelques couples glisser – un certain nombre d’entre eux ont déferré en cours de route. “Je pense qu’on atteint la limite avec cent-cinquante chevaux”, a même déclaré Steve Guerdat au micro de Kamel Boudra à l’issue de l’épreuve. “Sur un terrain en herbe, on peut disputer une épreuve à cent, voire cent dix partants. À cent cinquante partants, les conditions ne sont pas les mêmes; le parcours n’est plus le même selon qu’on passe au début ou à la fin.”
Lors de cette journée délicate, ce que l’on redoutait, un accident, est hélas survenu. Parti en cent-vingt-cinquième position, le Hongrois András Jun. Kövy n’a pas pu terminer son parcours avec Egano van’t Wingerdhof, qui s’est mal réceptionné de son saut sur l’oxer 10 et s’est mis à fortement boiter, avant de quitter la piste en ambulance… “On lui a diagnostiqué une lésion des tissus mous; il fait l’objet d’une surveillance et reste pris en charge par l’équipe vétérinaire hongroise”, a communiqué l’organisation du concours en début de soirée. Gageons que le fils d’Elvis ter Putte, au galop très impressionnant, s’en sortira sans séquelle.
Julien Épaillard, comme à Herning
Nina Mallevaey et Dynastie de Beaufour.
© PSV/FFE
Partir en fin d’épreuve n’a pas empêché Julien Épaillard, habillé du dossard cent vingt-quatre, de s’imposer dans la Chasse – comme aux Mondiaux de Herning, en 2022, où il était associé à Caracole de la Roque. La fusée normande a (comme souvent) mis tout le monde d’accord en montrant qu’on pouvait passer sous la barre des 71’’ – que seul le Saoudien Khaled al-Mobty a également réussi à franchir, non sans une faute, aux rênes de la brillante Diana du Plévau. Quelque temps avant, Harrie Smolders avait réalisé un tour fantastique en 71''96 aux rênes du Mr Tac des Fusains, mais le Néerlandais a finalement dû se contenter de la deuxième place. En tout cas, Fringan de Vesquerie, qui s’est montré frais et disponible, semble fin prêt à aider l’équipe de France demain et – espérons-le – vendredi soir.
Les Bleus en auront bien besoin, tant mathématiquement que moralement. En effet, ils ont reçu un sacré coup sur la tête avec le refus de Floyd des Prés, complice de toujours d’Antoine Ermann. En effet, alors que Nina Mallevaey avait bouclé un superbe sans-faute en ouverture aux rênes d’une Dynastie de Beaufour efficace, puis qu’Olivier Perreau avait produit un parcours correct, ponctué d’une faute, en selle sur sa fidèle GL events Dorai d’Aiguilly, le troisième duo tricolore a bu la tasse… Le Bourguignon de vingt-cinq ans et l’alezan avaient idéalement entamé leur prestation, montrant beaucoup d’aisance et de légèreté, mais Floyd a refusé de sauter l’oxer sur bidet positionné à l’entrée du double numéro 9. Le numéro deux du classement mondial des moins de vingt-cinq ans a pu franchir ce double en seconde intention, mais son chronomètre s’en est évidemment trouvé fort alourdi: 90’’90, soit une cent dix-huitième place.
Si l’on savait qu’une médaille individuelle leur serait difficilement accessible, l’alezan n’étant pas le cheval le plus rapide au monde, les chances du couple se sont définitivement envolées… Hélas, le plus inquiétant est peut-être ailleurs: dans le Grand Prix Rolex du CSIO 5* de La Baule, début juin, Antoine Ermann avait déjà essuyé un refus de l’alezan sur un vertical relativement neutre et que tout oppose à celui d’aujourd’hui. La distance n’était clairement pas idéale et le SF, extrêmement respectueux, avait certainement jugé le saut trop périlleux. Aujourd’hui, il a plutôt semblé interloqué par le bidet positionné très en avant de l’entrée du double. “À La Baule, j’avais commis une erreur”, nuance Antoine Ermann. “Je m’étais retrouvé beaucoup trop loin de l’obstacle avec un cheval qui n’était pas suffisamment en ordre et un peu sur les épaules. Il avait essayé, mais ne s’était pas senti en mesure de le faire. Ici, à trois foulées, il m’a clairement dit que ce n’était pas possible. Cette expérience ne nous a peut-être pas aidés”, concède-t-il tout de même. “Il y a peut-être quelque chose à revoir, mais, à chaud, je pense surtout avoir mal négocié l’oxer précédent, ce qui m’a mal placé pour les sept foulées suivantes.” Gageons que Floyd retrouve confiance, en son cavalier et en lui-même, pour repartir de l’avant dès demain.
Au vu du classement provisoire par équipes, la France n’a absolument pas perdu ses chances de podium. En effet, elle pointe à la cinquième place, à seulement 1,51 point de la tête. Demain, elle devra encore lutter pour espérer se qualifier pour la grande finale de vendredi soir, qui verra s’affronter les dix meilleurs collectifs. Les places seront chères puisque vingt et une équipes disparaîtront demain.
Olivier Perreau et GL events Dorai d'Aiguilly.
© PSV/FFE
L’Allemagne confirme son statut de favorite
La nation en pole position après cette Chasse est évidemment… l’Allemagne. Archi favorite pour une médaille, d’autant qu’elle joue à domicile, la Mannschaft a montré dès aujourd’hui de quoi elle était capable. Ouvreur de l’équipe et même de l’épreuve, Marcus Ehning a donné le ton en déroulant un magnifique sans-faute sur un Coolio 42 des grands jours, finissant tranquillement en 74’’16. Sophie Hinners a bien joué la deuxième note; la cavalière d’Iron Dames Singclair a pris la tête des opérations après un fabuleux parcours en 72’’28. Daniel Deusser et Otello de Guldenboom ont ensuite suivi une partition sans fausse note, avec un chronomètre très proche de 72’’32 – qu’a également signé, au centième de seconde près, le Suisse Steve Guerdat et Dynamix de Bélhème, cinquièmes ex aequo au classement. Il ne manquait plus que les ténors de l’ensemble germanique, Richard Vogel et United Touch S, pour parachever ce récital. Ultra-favoris pour le titre individuel, les champions d’Europe et vainqueurs du dernier Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle ont galopé dans un silence absolu, seulement interrompu par les bruissements des spectateurs à chaque saut du phénoménal étalon bai. Le stade s’est exprimé bien plus fort lorsque la barre du vertical 11 est tombée à terre… À regarder les scores de plus près, rien ne semble totalement perdu pour le couple, qui se situe à moins d’une faute de la tête. Tant mieux pour le suspense?

Sophie Hinners et Iron Dames*Singclair. Crédit Dirk Caremans/Hippo Foto
La Belgique et les États-Unis sur le podium provisoire
Scott Brash et Hello Mango.
© Dirk Caremans/Hippo Foto
Menant la danse avec 3,48 points, qui compteront dans le score final, l’Allemagne devance la Belgique (3,69) et les États-Unis (4,85 points). La meilleure prestation des Diables Rouges a été l’œuvre de Nicola Philippaerts et Katanga van het Dingeshof, huitièmes et qui ont déroulé un super parcours. Ils pointent juste devant l’Émirien Omar Abdoul Aziz al-Marzouqi et Enjoy de la Mûre, tout aussi somptueux en piste. Pieter Devos n’est pas si loin puisqu’il a terminé douzième avec sa géniale Casual DV, et Thibeau Spits, dix-septième avec un Impress-K van’t Kattenheye très frais et aérien. Abdel Saïd, lui, est trente-quatrième après un sans-faute en 75’’85. Du côté des États-Unis, les bonnes prestations de Lillie Keenan, Laura Kraut et McLain Ward, respectivement associés à Fasther, Baloutinue et High Star Hero, ont permis d’effacer le lourd score de Katie Dinan, qui a fauté deux fois lors d’un parcours poussif sur la talentueuse Out Of The Blue SCF.
Quatrièmes, devant la France, avec 4,98 points, les champions olympiques britanniques maintiennent le cap. On retiendra en premier lieu le parcours supersonique de Scott Brash et sa phénoménale Hello Mango, troisièmes en individuel, mais on mentionnera aussi la bonne Chasse, certes fautive, de Harry Charles avec l’impressionnante LT Holst Freda, qui a montré de la ressource.
Le Brésil en plein marasme, Dubaï du Cèdre dit stop
Quinzième à l’issue de cette épreuve d’ouverture, le Brésil a clairement pris l’eau aujourd’hui. Dans la tourmente après le départ fracassant de Yuri Mansur il y a trois jours, qui a dû a minima jeté un froid en interne, le collectif auriverde s’est fait surprendre par un imprévu, comme aux Jeux olympiques de Paris 2024… Ouvreur de l’équipe, Marlon Módolo Zanotelli est parti correctement avec Dorette, avant d’être éliminé pour ne pas avoir franchi le mur numéro 7 entre les deux fanions réglementaires. À vrai dire, on peine à comprendre ce qui s’est exactement passé, la jument habituellement montée par Jana Wargers s’étant progressivement décalée sur la gauche sans que son cavalier ne redresse le tir. En tout cas, le jury n’a pas hésité à les éliminer. Luciana Diniz, deuxième équipière brésilienne, avait de grandes responsabilités sur les épaules. La pression a-t-elle été trop forte à la fin du parcours, que Vertigo du Désert avait jusqu’ici survolé? La Brésilienne et le Selle Français ont laissé les deux derniers obstacles à terre. Pour le bien du Brésil, Stephan de Freitas Barcha et Chevaux Primavera Império Egípcio, champions panaméricains en titre, puis Rodrigo Pessoa et Major Tom ont tour à tour rectifié un peu plus le tir. Ils devront néanmoins faire mieux demain pour figurer parmi les dix nations finalistes et espérer se qualifier pour les Jeux olympiques de Los Angeles 2028.
Pour cela, il faudra notamment doubler la Nouvelle-Zélande, la Suisse, la Suède ou encore l’Espagne, classée onzième, juste derrière Israël et l’Arabie saoudite, qui complètent le top dix provisoire. En parlant du royaume persique, que dire du parcours d’Abdullah al-Sharbatly et Dubaï du Cèdre… Cible régulière de critiques sur les réseaux sociaux, davantage pour son équitation que pour avoir récupéré l’ancienne étoile de Julien Épaillard, le Saoudien a livré une nouvelle prestation controversée. Le nez et les postérieurs au ciel, l’alezane a tenté, tant bien que mal, de composer avec les difficultés du parcours et avec les ordres de son cavalier. Un équilibre qui n’a pas tenu jusqu’au bout: la généreuse Selle Français a refusé de sauter le double placé en 9 par le chef de piste allemand Frank Rothenberger. La seconde tentative a été fructueuse, et le duo a terminé sans faire tomber de barre. Le temps écoulé l’a tout de même relégué à la quatre-vingt-treizième place individuelle, un placement trop lointain pour que le vice-champion du monde de 2010 puisse espérer une place sur le podium final.

