Richard Vogel pourra-t-il succéder à Scott Brash au palmarès du Grand Chelem Rolex?

Ce dimanche, Richard Vogel tentera de remporter le difficile Grand Prix du CSIO 5* de Calgary. Actuel prétendant au Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles, le numéro un mondial s’avance comme le grand favori pour devenir le deuxième cavalier de l’histoire à réaliser cet exploit. S’il semble tout à fait envisageable que le couple qu’il forme avec United Touch S décroche le jackpot, l’histoire a démontré que cette troisième marche s’avère particulièrement difficile à franchir. McLain Ward en a fait l’amère expérience en 2023, lorsqu’il s’était présenté à Aix-la-Chapelle avec l’ambition de s’emparer du Grand Chelem Rolex, alors qu’une seule victoire lui manquait encore. À Calgary, Richard Vogel devra donc composer avec cette pression supplémentaire: celle de savoir que le plus dur reste peut-être encore à accomplir, alors même qu'il vient d'être sacré champion du monde par équipes et que la majorité des signaux sont au vert pour réussir ce qui est presque impossible.



Depuis le 24 mai dernier, nombre d’afficionados du saut d’obstacles ont, dans leur calendrier, coché la case du dimanche 13 septembre et le Grand Prix Rolex du CSIO 5* de Calgary comme un événement à ne pas manquer. En effet, dans quelques jours et après ses brillantes victoires dans les Grands Prix de Bois-le-Duc et d’Aix-la-Chapelle, le nouveau numéro un mondial Richard Vogel aura l’opportunité de décrocher le Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles - et d'empocher un bonus dun million d'euros. Avec son extraterrestre United Touch S, le champion d’Europe en titre et champion du monde par équipes semble disposer de bonnes chances de victoire ce week-end pour marquer l’histoire du saut d’obstacles. Toutefois, depuis la création de cette série de concours mythiques, un seul pilote est parvenu à gagner trois de ces Grands Prix de manière consécutive, à savoir Scott Brash, qui montait alors l’inoubliable Hello Sanctos, né Sanctos van het Gravenhof. Numéro un mondial, l’Écossais avait gagné coup sur coup les épreuves reines des concours de Genève, Aix-la-Chapelle et Calgary. Dans un contexte où seul McLain Ward est parvenu, il y a quelques années, à se rapprocher de ce qui s’apparente à un graal, la question de savoir si un deuxième cavalier parviendra un jour à remporter ce Grand Chelem Rolex persiste. Même s’il peut compter sur la régularité déconcertante de son étalon, l’Allemand ne devra surtout pas trébucher sur cette dernière marche, qui semble être la plus difficile à grimper.

Le chemin de Richard Vogel vers le Grand Chelem Rolex a commencé en mars, lors de sa victoire dans le Grand Prix de Bois-le-Duc.

Le chemin de Richard Vogel vers le Grand Chelem Rolex a commencé en mars, lors de sa victoire dans le Grand Prix de Bois-le-Duc.

© Dirk Caremans / Hippo Foto Media



Quelques semaines avant les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, le prétendant actuel au Grand Chelem Rolex avait annoncé que son étalon, fils d’Untouched avec une mère par Lux Z, se rendrait cette semaine au Canada. Même si cette annonce pouvait sembler surprenante en raison de la proximité calendaire des deux événements, il n’en demeure pas moins que plusieurs chevaux ayant concouru au stade de la Soers ont effectué leur retour en compétition depuis plus ou moins longtemps. Par exemple, même s’il n’a pas participé à la finale individuelle des Mondiaux, Fringan de Vesquerie, le hongre de Julien Épaillard, a participé au CSI 5* de Bruxelles la semaine suivant l’échéance quadriennale. Par ailleurs, Floyd des Prés, fidèle complice d’Antoine Ermann, a foulé la piste en herbe du Longines Global Champions Tour de Valkenswaard la semaine dernière, tandis que cette semaine, le champion du monde par équipes de Daniel Deusser, Otello de Guldenboom, est engagé à Calgary, tout comme Conner Jei, qui était en lice en Allemagne sous la selle du Suisse Martin Fuchs, et le double vice-champion du monde Impress-K van’t Kattenheye, partenaire de Thibeau Spits. Tous ces retours en concours démontrent que le cas d’United Touch S n’est pas isolé, d’autant que, cette saison, il n’a participé qu’à quatorze parcours. Avant les championnats du monde, l’Allemand avait précisé: “Nous avons conscience que ces deux événements majeurs sont proches l’un de l’autre. Cela étant, United n’a pas été beaucoup sollicité sur la première moitié de l’année et comptera assurément beaucoup moins de sorties que la grande majorité des chevaux qui iront à Aix cet été. Le CSI 5* d’Aix-la-Chapelle n’était que son troisième concours de l’année! Trois semaines après les Mondiaux, il prendra donc l’avion pour Calgary, mais je ne pense pas que cela lui posera de problèmes. Ce n’est pas idéal, mais je n’ai aucun doute quant à sa capacité à très bien vivre cela une fois dans l’année, de façon exceptionnelle. Je suis confiant. L’an dernier, il avait sauté à Aix-la-Chapelle deux semaines avant les championnats d’Europe et était encore en pleine forme à La Corogne (l’Allemand avait d’ailleurs été sacré champion d’Europe, ndlr).”



Malgré ce faible nombre d’apparitions internationales des stars actuelles du circuit au cours de la saison 2026, notons que Scott Brash avait fait l’impasse sur les championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle en 2015 en vue de l’échéance canadienne. Toutefois, avec son SBS, il avait participé à un plus grand nombre de concours internationaux et avait concouru lors de onze Grands Prix 5* avant de prendre l’avion vers Calgary. Les deux complices avaient également fait retentir le God Save the Queen lors des épreuves reines des Longines Global Champions Tour de Miami et Estoril, en avril et juillet. Dès lors, deux stratégies distinctes sont utilisées pour ces deux chevaux, d’autant qu’il était difficile d’imaginer que Richard Vogel fasse l’impasse sur les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle. À ce sujet, l’ancien cavalier de Hello Sanctos a expliqué: “Ce qui est juste aujourd’hui pour Richard Vogel et United Touch ne l’aurait peut-être pas été pour Hello Sanctos et moi en 2015. À l’époque, je ne pensais pas qu’il aurait été judicieux de participer aux championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle, organisés deux semaines avant Calgary. En revanche, comme je l’ai dit, Richard connaît son cheval mieux que personne. Et puis, lorsqu’un championnat du monde se déroule dans son propre pays, il est évidemment très difficile de ne pas y participer.”



Des statistiques plutôt encourageantes

Dans le Grand Prix de l'Officiel du Canada, l'Allemand et son étalon ont systématiquement fauté dans le triple.

Dans le Grand Prix de l'Officiel du Canada, l'Allemand et son étalon ont systématiquement fauté dans le triple.

© Sportfot

Au cours de sa carrière, United Touch S a participé à trois reprises au CSIO 5* de Spruce Meadows. S’il n’a jamais remporté le Grand Prix, il n’en demeure pas moins que l’étalon possède des statistiques assez intéressantes sur cette épreuve réputée pour être l’une des plus difficiles du circuit. Face aux redoutables parcours du Vénézuélien Leopoldo Palacios, le bai a laissé deux barres au sol dans l’épreuve reine du concours lors de sa première participation en 2023, avant de sortir de piste avec quatre points de pénalité en 2024 et 2025. Lors de ces trois apparitions sur l’immense piste en herbe canadienne, les deux complices ont toujours fauté dans le triple, mais l’immense foulée de l’étalon n’a sans doute rien d’un avantage dans les délicates lignes imposées par le chef de piste. Aussi, la paire a déjà remporté deux épreuves à 1,55m lors de ce concours, en 2023 et 2024, mais a concédé un total de douze points, dont quatre de temps dépassé la nuit dernière, sur la même hauteur.

Cette saison, même s’ils ne sont que très peu apparus sur le circuit international, Richard Vogel et United Touch S disposent de statistiques assez exceptionnelles. Sur les quatre Grands Prix 5* dotés à plus de 308.600 euros, les deux complices en ont remporté trois, lors de la Coupe du monde Longines de Bâle et des épreuves reines des concours de Bois-le-Duc et d’Aix-la-Chapelle. Un peu plus tard, la paire n’a pu éviter une faute sur le dernier oxer du Grand Prix du CSIO 5* de La Baule. Pour autant, notons que, malgré un titre de champion du monde par équipes remporté brillamment à Aix-la-Chapelle il y a quelques semaines et un statut de numéro un mondial à défendre – comme Scott Brash l’avait fait avec brio en 2015 –, le cavalier de vingt-neuf ans est parfois victime de ce qui pourrait être qualifié de trou d’air. À La Baule, la paire avait laissé trois barres au sol dans la première manche de la Coupe des nations, tandis que, plus récemment, Richard Vogel a ni plus ni moins provoqué une faute de son Westfalien de quatorze ans sur l’antépénultième vertical de la Chasse des Mondiaux. Enfin, lors de la finale individuelle de cette même échéance, Richard Vogel avait tellement tourné court pour aborder un mur que United Touch S a même refusé de le sauter.



La pression comme obstacle supplémentaire?

Si, depuis l’exploit de l’Écossais en 2015 lors de sa victoire dans l’épreuve reine du CSIO 5* de Calgary, l’étape de Bois-le-Duc a été ajoutée au programme du circuit, aux côtés des concours de Genève, Aix-la-Chapelle et Calgary, “seulement” trois victoires restent toutefois nécessaires pour décrocher le Grand Chelem. Pour autant, depuis plus de dix ans, seul le double champion olympique par équipes est parvenu à remporter ce Grand Chelem. Depuis onze ans, seul un cavalier s’est approché de ce sésame sans parvenir à remporter cette fameuse troisième victoire. Aux commandes de l’exceptionnelle HH Azur, l’Étasunien McLain Ward avait successivement gagné les Grands Prix de Genève et de Bois-le-Duc en 2022 et 2023, avant de fauter dès le vertical numéro deux et l’oxer numéro trois, puis d’abandonner à Aix-la-Chapelle. “Bien sûr, il faut une part de chance, mais je pense qu’il faut surtout réunir beaucoup d’ingrédients pour remporter le Grand Chelem Rolex. Avant tout, il faut pouvoir compter sur un cheval exceptionnel. Si l’on veut le réaliser avec un seul cheval, celui-ci doit être capable de performer aussi bien sur une petite piste indoor, comme à Bois-le-Duc, que sur une très grande piste, comme à Calgary. Il faut également que le cheval soit en pleine forme au bon moment, car on ne peut jamais prévoir ce qui peut arriver juste avant un concours. Tout doit s’aligner au bon moment. C’est un défi extrêmement difficile, d’autant que la pression devient énorme, en particulier avant la troisième étape. Mais ce n’est pas impossible et je suis convaincu que quelqu’un finira par réussir à le faire à nouveau.”, a expliqué Scott Brash lors d’un entretien.



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