“Je rêve de participer à un grand championnat”, Duarte Romao

Souvent dans l’ombre des plus grands cavaliers, Duarte Romao vole désormais de ses propres ailes. L’ambitieux cavalier portugais, qui a quitté son pays natal à seulement 18 ans pour devenir cavalier professionnel, vient de remporter le sélectif Grand Prix 3* de St-Lô. Pour GRANDPRIX, le pilote est revenu sur sa nouvelle collaboration avec le marchand suisse, Grégoire Oberson, et ses ambitions futures.



Kzoom est actuellement la meilleure monture du pilote portugais.

© © Françoise Langenais

Vous venez de décrocher l’une de vos plus belles victoires dans le Grand Prix 3* de St-Lô le week-end dernier, avec Edesa’s Kzoom van de Wittemoere. Que représente cette victoire pour vous ?

C’est vraiment spécial ! Quand je suis arrivé en France, j’ai commencé à travailler dans la Manche. Donc c’est un des premiers Grands Prix que j’ai regardé après avoir quitté le Portugal. Ça m’avait vraiment impressionné à l’époque. Honnêtement, si on m’avait demandé quel Grand Prix j’aurais aimé gagner dans ma carrière, j’aurais sans doute répondu celui-là.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre monture ?

Je pense que Kzoom va être commercialisé. J’ai la chance qu’Eddy Sepul ait gardé ce cheval là pendant quatre mois pour moi. Lorsque Kevin Staut est parti, il aurait très bien pu décider de le confier à un cavalier plus expérimenté. Kzoom m’a permis de gagner le 3* de St-Lô, chose que je n’aurais peut-être pas imaginée pour réaliser si vite. C’est une belle histoire. Mais si le cheval reste, je pense que je pourrai faire des concours vraiment intéressants avec lui l’année prochaine. En plus il est très régulier. J’ai fait une quinzaine de parcours entre 1,45m et 1,50m avec lui, il n’a fait qu’une barre dans le Grand Prix de Deauville.

Outre Edesa’s Kzoom van de Wittemoere, vous avez également récupéré le jeune Best Of Duverie, et Lorenzo, anciennes montures du Français Kevin Staut. Comment jugez-vous votre piquet de chevaux actuellement ?

J’ai récupéré des chevaux qui étaient monté avant par Kevin Staut, mais aussi plein d’autres chevaux, notamment de nombreux jeunes. On est surtout une écurie de formation et de commercialisation. Pour le futur, on a beaucoup de chevaux de 7 ans, qui vont prendre 8 ans en 2020. Il faut donc les former. Tous les chevaux sont gérés par Grégoire Oberson, le propriétaire des écuries. Lorenzo, lui, a été vendu. Et Best Of a eu une petite blessure, il est de retour au travail et sera un bon cheval pour l’année prochaine.


"Le haras de la Chesnaye est vraiment superbe !"

Duarte Romao et Safari d'Auge, le crack de Julien Epaillard, en 2011 à Fontainebleau.

© © Scoopdyga

Quelles sont vos ambitions pour les prochains mois ?

J’ai certes des chevaux déjà performants en 3*, mais le but reste la commercialisation. Les résultats sont bons pour la valorisation, mais je n’ai pas de projet à très long terme. Je profite tant que des chevaux comme Kzoom sont là ! Après, je reste quelqu’un d’ambitieux. J’aime le sport. Je pense qu’une chose en amènera une chose, et qu’il y aura toujours des chevaux, comme Kzoom par exemple, qui arriveront au bon moment, pour, pourquoi pas, faire une Coupe des nations pour le Portugal. Je rêve de faire, un jour dans ma vie, un championnat, que ce soit d’Europe ou du monde. Il y a moyen qu’à long terme on puisse jongler entre le commerce et le sport. Ça reste mon ambition. Grégoire est très ambitieux aussi, il aime les choses bien faites. Il a été propriétaire de certains des meilleurs chevaux du monde (notamment Clooney 51, médaillé d’or aux derniers championnats d’Europe Longines de Rotterdam, Cynar VA, le puissant gris de Jessica Springsteen ou encore Chepetta, monture de tête de la Belge Céline Schoonbroodt de Azevedo, ndlr) donc s’il a l’opportunité de retourner au plus haut niveau, je pense qu’il me suivra dans cette aventure. J’espère, en tout cas, que ce sera une collaboration à long terme.

Comment jugez-vous la qualité de vos jeunes chevaux ?

Sans exagérer, on a vraiment une très bonne qualité dans notre lot de jeunes chevaux ! Ce sont des chevaux qui appartiennent à plusieurs propriétaires, et qui sont gérés et choisis par Grégoire Oberson. J’ai eu la chance de monter de nombreux jeunes chevaux qui ont par la suite atteint le plus haut niveau (le Portugais a, entre autres, débuter Excalibur de la Tour Vidal*GFE, performant jusqu’en 5* avec Pénélope Leprevost, ou encore Safari d’Auge, vainqueur international sous la selle de Julien Épaillard, ndlr), et je pense vraiment que dans le piquet qu’on a actuellement ici, certains seront au moins aussi bons que ceux que j’ai pu monter par le passé. Il y a vraiment une très bonne qualité par génération !

Comment s’est passée votre installation au haras de la Chesnaye ? Qu’est-ce que cela a apporté à votre système, avec vos chevaux ?

Les installations de la Chesnaye existaient déjà auparavant. Quand j’ai connu l’endroit, l’année dernière, il y avait déjà tout pour bien fonctionner, un très bon manège, une très belle carrière, de nombreux paddocks, … Aujourd’hui, Grégoire a beaucoup agrandi : il a refait deux barns de douze boxes, une nouvelle carrière, une piste en herbe, une piste de galop, … On reste avec une trentaine de chevaux sur la structure et le reste des infrastructures est loué à des clients. En plus de ça, c’est très bien situé à l’entrée de Deauville. C’est vraiment quelque chose à connaître et à voir. C’est un superbe haras.


"Chez Pénélope Leprevost, rien n'est fait au hasard !"

Vous avez travaillé dans de prestigieuses structures, notamment aux écuries Stephex ou encore chez Pénélope Leprévost. Avec le recul, que retenez-vous de ces expériences passées ?
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Je suis très conscient de la chance que j’ai eue. J’ai quand même monté chez des cavaliers comme Julien Epaillard, Daniel Deusser, Marlon Modolo Zanotelli, Pénélope Leprévost, … Ça m’a permis de monter à côté de cavaliers que je considère comme les meilleurs du monde. Ça m’a apporté énormément de choses, mais ce que je retiens surtout, c’est la rigueur. Rien n’est fait par hasard. Tout est très organisé, ils savent tous ce qu’ils vont faire le lendemain.

Vous êtes installé en Normandie depuis une dizaine d’années maintenant. Pourquoi avoir choisi la France pour développer votre activité ?

L’équitation que j’ai toujours préférée, depuis tout jeune, c’est l’équitation française. Quand je voulais devenir professionnel, je me voyais plus travailler en France qu’en Allemagne ou ailleurs. Je m’identifiais moins avec les équitations. Donc j’avais trouvé une place chez Jean-Baptiste Thibault, qui tient l’élevage de B’Neville, dans la Manche, en 2005, quand je suis arrivé en France, et tout s’est enchainé.