Le cheval comme compagnon de voyage
Pendant des siècles, voyager à cheval relevait de la nécessité. Avec le temps, la contrainte a laissé la place au choix, sans pour autant faire disparaître l’envie de parcourir le monde en selle. Des steppes mongoles aux terres sauvages de Patagonie, des plages islandaises à la savane africaine, des cavaliers ont décidé de découvrir des territoires au rythme de leurs montures. À travers le regard de professionnels qui organisent ces séjours et de voyageurs qui les ont vécus, place aux différentes réalités du voyage à cheval.
Pour Valérie Brédon, difficile désormais d’imaginer un voyage sans être à cheval. Cette cavalière de cinquante-cinq ans a repris l’équitation en 2024 après quinze ans d’arrêt. Depuis, elle enchaîne les destinations à raison d’environ six randonnées par an, accompagnée par Cheval d’Aventure, agence spécialisée exclusivement dans les voyages à cheval. Sénégal, Botswana, Namibie, Ouganda ou encore Terre de Feu, en Argentine, où la voyageuse installée en Charente-Maritime a prévu de repartir en décembre. “Il n’y a pas de meilleur partenaire qu’un cheval pour voyager !”, résume-t-elle. Une assiduité qui témoigne de ce que certains viennent chercher, loin des séjours touristiques classiques. “Ces voyages à cheval m’apportent la paix intérieure, une communion totale avec la nature”, poursuit la Saintaise, qui évoque également l’importance de la rencontre avec d’autres cultures.
Une recherche de déconnexion que partage Aurélie, partie en Albanie en juin 2026 avec Cavaliers du Monde, au milieu des plaines, forêts et montagnes de la région de Zagoria. “En une semaine, nous n’avons croisé quasiment personne !” Au-delà de la destination, c’est aussi une autre manière de l’aborder que viennent chercher ces cavaliers. “Ils ne veulent pas simplement monter à cheval à l’étranger”, explique Robinson Leservoisier, codirecteur de Cheval d’Aventure. “Les voyageurs recherchent une expérience qu’ils ne pourraient pas reproduire chez eux, une culture cavalière, une race de chevaux, un événement ou un territoire particulier.” Le temps du séjour, le cheval n’est alors plus synonyme de pratique ajoutée au programme, mais devient celui avec lequel se construit littéralement le voyage.
En Islande, les itinéraires de Cheval d’Aventure traversent des paysages volcaniques difficilement accessibles autrement.
© Christophe Leservoisier / Cheval d’Aventure
À chaque cavalier son voyage
Avec EF International, les jeunes suivent trente sessions hebdomadaires mêlant apprentissage de la langue, activités et ex cursions.
© DR / EF
Il n’est pas nécessaire d’être un cavalier d’élite pour envisager un voyage à cheval, à condition, toutefois, de choisir un itinéraire adapté à ses attentes et son niveau. Chez Cavaliers du Monde, les randonnées sur plusieurs jours demandent au minimum d’être parfaitement à l’aise aux trois allures et de présenter un niveau Galop 3. “Nous ne prenons pas de débutants sur les randonnées itinérantes”, précise Christophe Le Sourd. Une exigence qui n’empêche pas de voir se côtoyer des profils différents, le fondateur de l’agence citant l’exemple récent d’un grand-père de quatre-vingts ans accompagné de sa petite-fille âgée de neuf ans, partis au Maroc.
D’autres formats, notamment sédentaires, peuvent en revanche être accessibles à des cavaliers novices. “Grâce à la franchise et à la stabilité du Henson (race de chevaux originaires de la baie de Somme, ndlr), nous pouvons accueillir des cavaliers de niveaux variables”, explique Stéphanie Roussel, des Espaces Équestres Henson. Lors de stages, le séjour peut aussi prendre une autre forme, avec du perfectionnement équestre, l’apprentissage d’une langue ou des formules spécialement destinées aux jeunes cavaliers.
Les agences prennent en compte le niveau technique, mais aussi l’expérience en extérieur, la condition physique ou encore les attentes du voyageur pour l’orienter vers la formule la plus adéquate. “Chaque itinéraire peut être adapté au profil du voyageur, à son niveau d’équitation, à ses envies et au type d’expérience recherchée”, complète Joanna Binkowska, travel designer pour Cavalcades, tour opérateur haut de gamme.
Les escapades entre terre et mer des Espaces Équestres Henson parcourent les paysages de la baie de Somme.
© Florent Cocquet / Espaces Équestres Henson
Entre dépassement de soi et confort mérité
RandoCheval dispose de sa propre agence en Mongolie, depuis laquelle sont notamment organisées des randonnées dans les dunes du Bayan Gobi.
© DR / RandoCheval
Derrière les paysages de carte postale, partir plusieurs jours à cheval implique néanmoins de s’adapter à un rythme bien particulier. Les journées s’organisent autour de plusieurs heures en selle, variables selon l’itinéraire, les terrains et les destinations. Dans la baie de Somme et ses alentours, les randonnées proposées par les Espaces Équestres Henson représentent environ vingt à vingt-cinq kilomètres et cinq heures de monte quotidiennes. Mais le nombre d’heures passées en selle ne suffit pas à mesurer la difficulté d’un itinéraire. Le terrain et les allures pratiquées peuvent également entrer en compte. “Nous proposons des randonnées qui peuvent être relativement tranquilles. En montagne, par exemple, le terrain empêche de pratiquer des allures très rapides, donc c’est généralement plus accessible”, détaille Sabine Grateloup, fondatrice de RandoCheval. Certains itinéraires demandent toutefois un engagement physique plus important. Valérie Brédon en a fait l’expérience lors de son expédition en Terre de Feu. “Ce voyage est un dépassement de soi. Une condition physique est vraiment requise”, retient-elle de cette randonnée qui l’a marquée comme aucune autre.
En Namibie, la traversée du désert du Namib proposée par Cheval d’Aventure, RandoCheval et Cavaliers du Monde oscille entre six et huit heures quotidiennes à cheval dans un environnement aride. “Le guide nous avait annoncé sa randonnée comme l’une des plus extrêmes, et je suis d’accord avec lui !”, déclarait Alain après avoir participé à cette “aventure destinée aux plus aguerris”, selon la responsable de RandoCheval.
Pour autant, le voyage équestre ne rime pas nécessairement avec nuits en bivouac. D’une formule à l’autre, les conditions d’hébergement peuvent être bien différentes. En Mongolie, RandoCheval propose aussi bien des itinéraires avec des nuits sous la tente qu’un format plus confortable avec des yourtes équipées de sanitaires privés. Pour une expérience plus raffinée, Eluxtravel a lancé en 2023 sa collection Cavalcades. “Nos lodges, nos ranchs, nos châteaux et nos hôtels sont de véritables cocons qui offrent un cadre idéal et très apprécié pour se détendre après une longue journée à cheval”, détaille Joanna Binkowska, qui précise que la qualité des hébergements est l’un des retours majeurs formulés par les voyageurs à l’issue d’une expérience.
Découvrir un territoire et une culture autrement
Là où les véhicules maintiennent souvent une distance avec la faune sauvage, le cheval permet de l’approcher différemment. En Afrique australe, les traditionnels 4x4 peuvent ainsi laisser place aux équidés pour parcourir la savane et observer les animaux sans le bruit d’un moteur ni la barrière d’un habitacle. Une approche plus discrète, qui permet de s’intégrer différemment dans l’environnement. Partie en Afrique du Sud, Marion retient justement comme son meilleur souvenir “l’approche des animaux de manière naturelle et sereine”. Depuis la selle, les cavaliers peuvent évoluer à quelques mètres seulement des animaux emblématiques du Big Five (lions, éléphants, léopards, rhinocéros, buffles), tout en parcourant la savane.
Outre la beauté des paysages traversés, l’équitation devient un prétexte à la découverte d’une culture, d’un mode de vie et d’une langue. En Mongolie, les grandes étendues de la steppe attirent pléthore de cavaliers, mais une fois l’expérience vécue, ils en retiennent une autre facette. “C’est addictif, parce qu’au début, les voyageurs y vont pour les grands espaces, mais une fois sur place, ils tombent sous le charme des nomades et de la proximité qu’ils partagent avec eux”, constate Sabine Grateloup, fondatrice de RandoCheval. Sur le territoire mongol, la grande majorité des itinéraires proposés sont encadrés par des cavaliers nomades originaires des lieux qu’ils font découvrir. Une immersion qui a particulièrement marqué Mathilde en 2026 lors de la traversée des dunes du désert de Bayan Gobi, de la vallée de l’Orkhon et du parc national de Naiman Nuur. De son séjour, elle retient particulièrement “la culture de la vie nomade”, ainsi qu’une “immersion dans la vie rurale de cette partie de la Mongolie”.
Mais la découverte passe aussi par la culture équestre propre à chaque destination. Dans l’ouest de l’Islande, Emma a ainsi découvert le tölt, cette allure à quatre temps spécifique du cheval Islandais, tout en parcourant les plages, les vastes étendues de lave noire et les vallées. “Cette randonnée permet de découvrir les chevaux Islandais mais aussi l’histoire du pays qui nous a été expliquée par les guides. Ils nous ont aussi initiés aux coutumes islandaises et aux chants !”, raconte la cavalière de vingt ans partie avec Cavaliers du Monde en juillet 2026.
Monter à cheval peut également devenir un support idéal à l’apprentissage d’une langue. À treize ans, Colyne a choisi de passer une partie de ses vacances en Angleterre avec EF International pour associer équitation et langue anglaise. Cette première expérience à l’étranger avec l’organisme lui a permis de réunir deux passions plutôt compatibles. “Je voulais vraiment pouvoir profiter des vacances pour travailler l’anglais et aussi faire de l’équitation.” Sur place, l’apprentissage ne s’arrête pas lorsque les jeunes internationaux quittent la salle de classe puisque les séances d’équitation sont dispensées par des moniteurs qui s’adressent à eux uniquement en anglais. “Le maître mot est de se faire plaisir tout en apprenant les langues”, explique Adeline Prévost, responsable qualité et communication de l’organisme. “Je me suis fait plein de nouveaux amis. Il y avait beaucoup d’Espagnols, des Italiens, des gens venus du monde entier !”, raconte l’adolescente, qui envisage déjà de renouveler l’expérience dans un autre pays, peut-être en Espagne, où elle pourrait cette fois pratiquer sa deuxième langue.
De la cité de Pétra au désert du Wadi Rum, la Jordanie fait partie des destinations proposées par RandoCheval.
© DR / RandoCheval
Le cheval au cœur de l’aventure
En Tanzanie, Eluxtravel mise sur des expériences équestres où les heures passées à cheval s’accompagnent de prestations haut de gamme.
© EluxEvent / Cavalcades
Toutes ces expériences ont néanmoins un seul et même point commun : le cheval. Qu’il accompagne le cavalier pendant quelques heures ou plusieurs journées consécutives, il occupe forcément une place toute particulière dans le séjour. Stéphanie Roussel constate que “la première surprise est souvent l’intensité du lien qui se tisse avec le cheval”. Lors des voyages itinérants, le cavalier peut changer de monture entre les étapes ou garder le même compagnon tout au long de l’aventure. Annick en a fait l’expérience dans le Sahara marocain avec la jument qui l’a accompagnée durant six jours. “La vraie princesse était Gazalla, jument au grand cœur et aux nobles allures, qui a tout donné lorsque la confiance s’est installée”, se souvient-elle.
Mais ces journées à répétition posent aussi la question du rythme imposé aux chevaux. Leur état physique, leur équipement, leurs conditions de vie ou encore l’adéquation entre leurs capacités et le travail demandé font partie des éléments observés lors de la sélection des partenaires. Chez Cheval d’Aventure, Robinson Leservoisier assure faire du bien-être équin un critère déterminant. “Une randonnée peut traverser les plus beaux paysages du monde : si nous ne sommes pas satisfaits de la cavalerie ou de la manière dont les chevaux sont considérés, elle n’a pas sa place dans notre programmation.”
Le souci du bien-être équin se poursuit également une fois les cavaliers descendus de selle. À titre d’exemple, les Espaces Équestres Henson disposent d’environ cent soixante chevaux afin de répartir leur activité. Après une itinérance de plusieurs jours, les montures sollicitées sont ainsi laissées au repos la semaine suivante. Une gestion indispensable pour préserver ceux qui rendent, avant tout, ces voyages possibles.

