“Depuis petit, je nourris une véritable passion pour les chevaux”, João Victor Castro Aguiar Gomes De Lima
Depuis le début de la saison 2026, le Brésilien João Victor Castro Aguiar Gomes De Lima s’est imposé au plus haut niveau, notamment grâce à son exceptionnel Cashpaid J&F, fils de Casall. Alors qu’il n’a concédé que quatre points lors des trois Coupes des nations 5* auxquelles il a pris part cette année, le cavalier de vingt-neuf ans semble plus motivé que jamais à réaliser ses rêves, qu’il a pu nourrir grâce à sa grand-mère, qui a pris la décision de venir s’installer en Belgique avec lui. Vraisemblablement aussi travailleur que sympathique, le cavalier des écuries Mathy semble, au fil des semaines, se rapprocher un peu plus de ses objectifs. Rencontré lors du CSI 4* de Liège, le cavalier s’est livré sur sa saison 2026, son arrivée en Europe, ses chevaux et ses ambitions pour la saison à venir.
Vous êtes présent ce week-end au Jumping de Liège. Quel sentiment vous inspire ce concours, d’autant qu’il s’agit de votre premier rendez-vous indoor de la saison?
Je pense qu’il s’agit d’un bon concours pour entamer la saison indoor. Globalement, l’ambiance est très bonne et le public est au rendez-vous chaque jour, notamment pour assister aux épreuves. Toutefois, ce n’est pas un concours facile, notamment en raison de la petite taille de la piste.
La saison 2026 touche à sa fin. Vous avez confirmé votre présence au sein de l’équipe brésilienne en signant notamment un double zéro lors de la finale des Coupes des nations de Barcelone. Quel bilan tirez-vous de cette année et quel regard portez-vous sur ce chemin parcouru?
Cette année, j’ai effectivement eu l’opportunité de représenter le Brésil dans plusieurs Coupes des nations. Malheureusement, pendant une partie de la saison, mon meilleur cheval, Cashpaid J&F, a été consacré à l’élevage, ce qui explique que je n’aie pas pu concourir avec lui en début d’année. Il est désormais de retour en très bonne forme et nous travaillons pour obtenir de bons résultats en piste. En 2025, je n’avais pas pu participer à beaucoup de CSI 5* avec Cashpaid. Cette année, j’ai toutefois le sentiment que nous avons acquis de l’expérience à ce niveau et que nous commençons à nous habituer à ces épreuves. Nous progressons à chacune de nos apparitions. Alors que nous obtenions déjà de bons résultats en CSI 3* et 4*, il nous manquait quelque chose pour parvenir à concrétiser davantage en CSI 5*. Désormais, ce petit quelque chose semble arriver.
En début de saison, j’ai pensé aux Mondiaux d’Aix-la-Chapelle. Il était toutefois encore tôt pour viser une telle échéance, d’autant que je n’avais pas pu accumuler beaucoup d’expérience en CSI 5*. Après le CSIO d’Abou Dabi (où le cavalier a simplement écopé de quatre points lors de la première manche de la Coupe des nations sur Cashpaid J&F avant de dérouler un sans-faute en deuxième manche, ndlr), j’étais enthousiaste à l’idée d’avoir cet objectif en ligne de mire, mais je savais que le calendrier serait serré. J’aurais pu essayer de décrocher une sélection avec Kenzo Quality, mais après sa blessure, je me suis résigné.
Pour revenir à vos débuts, comment avez-vous découvert l’équitation et comment est née votre envie de devenir cavalier professionnel?
J’ai commencé l’équitation à l’âge de cinq ans. Depuis tout petit, j’ai toujours nourri une véritable passion pour les chevaux, au point que l’on m’offrait déjà des jouets à leur effigie. Au départ, je pratiquais un sport appelé la vaquejada (une tradition festive du nord-est du Brésil où deux cavaliers, appelés “vaqueiros”, doivent conduire un taureau à cheval jusqu’à une zone délimitée, ndlr). Mais ma mère a trouvé cette pratique trop dangereuse pour un enfant et a cherché une autre activité. Elle a finalement estimé que l’équitation et le saut d’obstacles seraient de meilleures options. À quinze ans, j’ai été sacré champion du Brésil et champion d’Amérique du Sud chez les Juniors. C’est à ce moment-là que nous avons décidé, avec ma famille, qu’il était temps pour moi de m’installer en Europe.
Vous avez ensuite quitté le Brésil pour rejoindre la Belgique et tenter de réaliser votre rêve. Pouvez-vous nous raconter ce parcours et les raisons qui vous ont poussé à franchir le pas?
Avec ma famille, nous avions pour projet que je m’installe en Europe, mais avant mes titres chez les Juniors, nous ne savions pas encore quand cela pourrait se concrétiser. Après ces titres chez les Juniors, nous avons décidé qu’il était temps de rêver et de nous battre pour atteindre d’autres objectifs, comme les Jeux panaméricains ou les Jeux olympiques, de représenter le Brésil. J’ai donc vécu quinze ans au Brésil et cela fait désormais quatorze ans que je suis installé en Europe. J’ai ainsi passé environ la moitié de ma vie sur chacun de ces deux continents. Il n’est pas facile de quitter son pays à l’adolescence pour s’installer en Europe. Je suis venu avec ma grand-mère, qui ne parlait aucune langue étrangère. Elle n’avait pas de permis de conduire et j’étais encore mineur. Nous avons rencontré des difficultés, mais je pense que nous avons réussi à bien nous adapter. Depuis, je peux pratiquer ce que j’ai toujours voulu faire, à savoir monter à cheval et participer à des concours. Ma grand-mère était la personne qui comptait le plus pour moi. Elle a toujours pris des décisions difficiles et a choisi de se battre pour me donner cette chance. Au Brésil, tout le monde disait que j’avais du talent. Elle a cru en moi et était convaincue que je pouvais y arriver.
Vous êtes aujourd’hui installé au sein des écuries Mathy. Comment êtes-vous organisé au quotidien dans cette structure et comment avez-vous rejoint cette écurie?
Ma grand-mère et moi connaissions François Mathy, son épouse Claudia, ainsi que Pedro Renault, leur manager, depuis longtemps. Pendant de nombreuses années, j’ai travaillé avec Nelson Pessoa, avant de me lancer à mon compte. J’ai ensuite eu envie de tenter quelque chose de différent. J’ai donc téléphoné à Pedro, qui connaît beaucoup de monde, pour lui demander s’il connaissait quelqu’un avec qui je pourrais collaborer. Il m’a répondu que je correspondais précisément à ce qu’il recherchait à ce moment-là. C’est ainsi que j’ai rejoint les écuries Mathy.
Aujourd’hui, tout fonctionne très bien entre nous. Je dispose d’excellents chevaux pour évoluer en CSI 5* et je peux également compter sur plusieurs très bons jeunes chevaux. Certains sont destinés à la vente, tandis que d’autres ont vocation à rester sous ma selle pour le sport. Je n’ai donc pas à me plaindre, d’autant que j’ai rejoint cette structure alors que je pointais aux alentours de la millième place mondiale et que je suis désormais soixante-cinquième.
“Je considère Nelson Pessoa comme mon grand-père”
Vous avez également été le disciple de Nelson Pessoa. Que retenez-vous de cette collaboration et qu’a-t-elle apporté à votre équitation?
Je considère Neco (le surnom de Nelson Pessoa, ndlr) comme mon grand-père, davantage que comme mon entraîneur. Lorsque je suis arrivé du Brésil, à une époque où personne ne me connaissait, j’ai commencé à collaborer avec lui et, bien sûr, je me suis demandé comment j’allais réussir à m’intégrer. Finalement, il m’a traité comme un fils. Il venait me chercher à l’école et m’y reconduisait, et m’accompagnait également en concours. Chaque jour, j’apprenais à ses côtés. Il m’a aussi aidé à devenir adulte. Par ailleurs, l’organisation de mes écuries est largement inspirée de son système.
Aujourd’hui, sur quel entraîneur vous appuyez-vous principalement?
Au quotidien, Pedro, notre manager, m’apporte beaucoup. Lorsque je m’entraîne, il vient m’épauler et me donne son avis. Mais surtout, lorsque j’ai des doutes, je contacte Stephan de Freitas Barcha. Lui et moi sommes comme deux frères et nous discutons presque tous les jours. Cette amitié nous permet d’échanger nos idées et de nous aider mutuellement.
Dans une interview accordée à StudForLife il y a un an, vous expliquiez vous battre pour réaliser vos rêves. Quels sont ceux qui vous animent aujourd’hui?
Bien sûr, mon plus grand rêve est de représenter le Brésil aux Jeux olympiques. Je sais que tout vient à point à qui sait attendre. Pour l’heure, je veux avancer pas à pas. Je souhaite d’abord m’installer durablement au plus haut niveau et signer de bons résultats chaque week-end. Pour la saison prochaine, mon objectif est de mettre Cashpaid dans les meilleures conditions afin qu’il puisse prétendre à une sélection pour les Jeux panaméricains (programmés à Lima, au Pérou, du 23 juillet au 8 août 2027, ndlr). Si j’atteins cet objectif, je viserai ensuite les Jeux olympiques de Los Angeles, en 2028.
Depuis plusieurs années, vous formez un couple particulièrement performant avec Cashpaid J&F. Comment avez-vous rencontré ce cheval et dans quelles circonstances l’avez-vous récupéré, après ses passages sous la selle de Nathan Budd et de Karl Cook?
Je pense que Cashpaid est resté au sein des écuries de Karl Cook pendant environ trois ans. Alors que je montais déjà des chevaux appartenant à Karl et à sa mère (Signe Ostby, qui est également la propriétaire de l’étalon, mais aussi, entre autres, de Caracole de la Roque, ndlr), j’ai fini par reprendre les rênes de Cashpaid afin de lui donner une visibilité en Europe, notamment parce qu’il est étalon. C’est dans ces circonstances qu’il m’a été confié. Karl et sa mère m’ont également donné cette opportunité parce que je collabore avec la famille Mathy, qu’ils connaissent bien.
Vous semblez avoir développé une véritable complicité avec lui. Qu’est-ce que cette relation vous a apporté, tant sur le plan sportif que personnel?
Depuis le début, le duo que je forme avec Cashpaid représente un challenge permanent. Il est très connu en Belgique (le fils de Casall était monté par Nathan Budd jusqu’en 2020, avec qui il a notamment terminé sixième du championnat de Belgique le même année, ndlr). Depuis toujours, je ressens la responsabilité de présenter ce cheval sous son meilleur jour lors de chacune de nos sorties. Mon objectif est donc de faire ressortir au maximum toutes ses qualités. Au début, Cashpaid et moi avons rencontré quelques difficultés. Il est doté d’une personnalité singulière et de beaucoup d’énergie, et il n’avait pas énormément d’expérience sur de gros parcours. Ainsi, même si nous avons obtenu de bons résultats dès nos débuts, il nous est également arrivé d’en connaître de moins bons.
Cette saison, vous avez disputé trois Coupes des nations avec Cashpaid J&F et n’y avez laissé qu’une seule barre au sol. Comment expliquez-vous cette régularité au plus haut niveau?
Il s’agit d’un long processus d’entraînement intensif. Bien sûr, nous nous entraînons beaucoup, mais il faut aussi que les planètes s’alignent pour réussir de belles performances. Cette année, Cashpaid et moi avons participé à nos premières Coupes des nations 5*, alors que nous avions jusqu’alors représenté le Brésil uniquement dans des Coupes des nations de niveau 3*. Je pense que ces concours de plus petit niveau nous ont permis de bien nous préparer pour la suite. Globalement, selon moi, cette régularité s’explique par le fait que nous travaillons tous les jours pour atteindre nos objectifs et que nous essayons de donner le meilleur de nous-mêmes. Par ailleurs, nous avons également réalisé de belles performances en individuel. Par exemple, nous avons terminé deuxièmes du Grand Prix du CSI 4* de Deauville deux années de suite, en 2025 et 2026. Cashpaid est un cheval très régulier.
“Mes participations aux CSIO de Gassin et de Barcelone m’ont permis de montrer le travail accompli avec mes chevaux”
Avec Obama de la Linière, enchaîne les sans-faute au plus haut niveau, comme ici, lors du CSI 4* de Chantilly.
© Mélina Massias
Cashpaid J&F est désormais âgé de quinze ans, mais il semble plus en forme que jamais. Comment gérez-vous son programme de compétition afin de préserver sa condition physique?
Bien qu’il soit très régulier, Cashpaid est resté cette année durant quatre mois à Zangersheide, à Lanaken, afin de poursuivre sa carrière d’étalon. C’était la première fois qu’il était écarté du sport pour se consacrer à l’élevage. Même si je pense que cette activité est importante, nous devrons trouver l’an prochain un équilibre entre ses carrières d’étalon et de cheval de sport, surtout si nous visons une participation aux Jeux panaméricains. Par ailleurs, concernant la saison indoor, nous devrions prochainement participer aux étapes de la Coupe du monde de Stuttgart et de La Corogne, mais cela reste à confirmer.
Votre carrière au plus haut niveau s’écrit aujourd’hui en grande partie avec Cashpaid J&F. Comment organisez-vous votre piquet de chevaux autour de lui et quelles sont les perspectives pour vos autres montures?
Je peux notamment compter sur Kenzo Quality (Z, Kannan x Con Air, âgé de douze ans, avec qui j’ai pris le départ de plusieurs Grands Prix 5* et remporté une épreuve à 1,55m lors du CSI 5*-W de Charjah, en février dernier, ndlr). Il n’a plus concouru depuis le CSI 2* de Chantilly, mais devrait faire son retour prochainement. C’est un cheval doté de beaucoup de qualité et je pense qu’il pourra épauler Cashpaid. Par ailleurs, Obama de la Linière (BWP, Marius Claudius x Golden Hawk) fait également partie de mon écurie. Il peut lui aussi décrocher des qualifications pour des Grands Prix et ainsi aider ses compagnons d’écurie. Peut-être qu’avec le temps, il pourra participer à des Grands Prix. Nous verrons bien (le bai est lui aussi âgé de douze ans et a terminé dixième du Grand Prix du CSI 4* de Chantilly, au mois de juillet, ndlr). Je peux également compter sur de très bons jeunes chevaux (comme Jumpie du Ponant (SF, Ogrion des Champs x Castronom de Hus) et Apple Boy (CDE, Apardi x Contendro), tous deux âgés de sept ans et ayant déjà concouru dans des épreuves à 1,40m, ndlr).
Quels objectifs vous êtes-vous fixés avec Obama de la Linière pour la suite de la saison et pour les prochaines années?
Pour l’heure, l’idée est de commencer l’année au Moyen-Orient et d’y rester durant deux mois. Là-bas, je concourrai avec Cashpaid, Kenzo et Obama dans les plus grosses épreuves. Je pense également engager l’un de mes jeunes chevaux afin de lui permettre d’acquérir de l’expérience. Toutefois, nous attendons de voir comment évolue la situation géopolitique pour savoir si nous pourrons réellement participer à ces concours. Dans le cas contraire, je prendrai part à une tournée de concours en Espagne.
Vous occupez actuellement la soixante-cinquième place du classement mondial Longines. Quelle importance accordez-vous à ce classement dans la gestion de votre carrière?
Le classement mondial Longines est surtout important pour accéder aux concours. Depuis que j’ai atteint une bonne position dans cette hiérarchie, j’obtiens plus facilement des invitations pour des épreuves de niveau 3* et 4*. Avec mon classement actuel, il n’est toutefois pas toujours facile d’obtenir des accès en CSI 5*. Chaque place gagnée au classement mondial me permet d’accéder à davantage de concours, mais je ne veux pas pousser mes chevaux dans le rouge dans le seul but de récolter des points lors d’épreuves comptant pour la Longines Ranking.
Lors des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, la polémique autour de Yuri Mansur et de l’équipe brésilienne a marqué le collectif. En tant que membre de l’équipe, même si vous n’avez pas participé à cette compétition, comment avez-vous vécu cette situation?
Bien sûr, la situation a été quelque peu choquante pour tout le monde: personne ne s’y attendait vraiment. Pour autant, je pense que Yuri doit avoir ses raisons d’avoir quitté l’équipe avant le début du championnat. De son côté, la fédération brésilienne explique qu’elle avait des raisons valables de sélectionner Yuri en tant que remplaçant. Pour ma part, alors que j’étais présent uniquement pour soutenir ma nation, j’ai été choqué par cette situation, car je souhaite que le collectif reste soudé afin de signer de bonnes performances. Je pense que cet épisode a affecté le résultat final du Brésil (les Auriverdes ont finalement terminé à la seizième place du classement par équipes, ndlr).
Yuri Mansur ne devrait, pour l’instant, plus participer aux épreuves par équipes. Pensez-vous que cela puisse vous ouvrir de nouvelles perspectives au sein de la sélection brésilienne? Vos récentes participations aux Coupes des nations sont-elles liées à cette évolution?
Non, je ne pense pas. Yuri ne devait de toute manière pas se rendre à Gassin (où le Brésil a terminé deuxième de la Coupe des nations, derrière la France, le 21 septembre dernier, ndlr). Pour autant, je suis très heureux d’avoir eu l’opportunité de participer aux CSIO de Gassin et de Barcelone. Cela m’a permis de montrer le travail accompli avec mes chevaux et d’apporter ma contribution à l’équipe brésilienne.
Ici à Barcelone, Cashpaid J&F avait signé un double zéro dans la Coupe des nations.
© Sportfot

