“Faire mes preuves pour peut-être intégrer l’équipe de France de deuxième division”, Jean-Luc Mourier

À l’occasion du CSI 2* de Chazey-sur-Ain, GRANDPRIX-Replay.com est allé à la rencontre de Jean-Luc Mourier, sympathique cavalier rhônalpin installé dans ses écuries de
Saint Amour, à Messery, en Haute-Savoie.



Jean-Luc Mourier ici en selle sur Captain Keen, un cheval qu'il a récupéré récemment mais qui a fait des progrès considérables.

Jean-Luc Mourier ici en selle sur Captain Keen, un cheval qu'il a récupéré récemment mais qui a fait des progrès considérables.

© Scoopdyga

Après vos quatre victoires au CSI 3* de Megève fin juillet, c'est aux CSI 3* et 4* de Valence que vous avez de nouveau fait parler de vous avec trois victoires, une deuxième place et plusieurs autres classements avec cinq chevaux différents. L'été vous réussit bien ! Vous semblez pourtant encore assez méconnu par un plus large public. Qui est donc Jean-Luc Mourier ?
Mon parcours est bien différent de celui de nombre de mes amis cavaliers ! Je ne suis pas issu du monde du cheval, je suis arrivé en concours sur le tard, si l’on peut dire. J’ai longtemps monté pendant mon enfance et mon adolescence, mais principalement en loisirs et randonnée. Je faisais partie de ces cavaliers qui regardaient, un peu ahuris, “ces gars qui montaient à cheval en costard et couraient après les barres”… J’ai fait de solides études et me suis retrouvé directeur dans la grande distribution. Et un jour, un client est venu me demander de récupérer les pommes et carottes invendues pour ses chevaux… Ce client, progressivement devenu un ami, m’a prêté son cheval, auquel j’ai commencé par mettre les protège-tendons à l’envers, comme des protège-tibias ! (rires)Et voilà comment, à vingt-quatre ans, je me suis retrouvé sur mes premiers concours… J’ai dans la foulée acheté mon premier cheval, qui s’est révélé rétif sur 80cm… Et a fini par m’emmener quelques années plus tard jusqu’à mon premiers Grand Prix B1 à Bourg en Bresse ! L’histoire était lancée, j’ai vendu le supermarché, et j’ai pu définitivement m’installer dans mes écuries en 2004. Mon titre de champion de France Pro 1 en 2011 m’a amené des propriétaires supplémentaires… Et me voici depuis quelques années sur le circuit 3 et 4* !
 
Comment se compose votre piquet de chevaux actuel ? 
Mon écurie s’est suffisamment étoffée depuis l’an dernier pour me permettre de tourner avec deux piquets de chevaux : un pour les 3 et 4*, et un pour les 2*. C’est une organisation à la fois plus dense, et plus facile pour mes chevaux, qui peuvent ainsi souffler un peu. J’ai un très bon cheval de dix ans, Voltaire du Mads, arrivé l’année dernier, qui évolue très bien et commence à être compétitif sur 1,50m. J’ai également Umour Buxeen, gagnant en Pro 1 l’an dernier mais qui s’était légèrement blessé en fin de saison. Nous avons pris notre temps et il revient très bien. C’est un cheval très rapide au sol, très à l’aise sur ces hauteurs, et qui a encore une marge de progression. Ensuite, Jackpot est arrivé de Belgique au printemps. Je le voyais rester sur des épreuves de vitesse mais il a passé le cap des 1,45m avec facilité et va bientôt sauter des épreuves plus importantes. C’est un petit modèle, il toise moins d’1,65m, mais il a tout ce qu’il faut et saute avec beaucoup de générosité. Calgary est arrivé il y a trois semaines, il courait dans des épreuves à 1,35m jusque-là mais se révèle extrêmement à l’aise sur des barres à 1,45m, et a obtenu deux beaux classements à Valence. C’est un géant, il toise 1,86m ! Mais il est très à l’aise en piste, peu émotif et étonnamment souple pour son gabarit hors normes. Il occupe quand même deux boxes à lui tout seul en concours !
Captain Keen a une histoire un peu particulière, il a quinze ans, est arrivé de Corse il y a tout juste trois mois. Il a été relativement économisé jusque-là, c’est un très grand cheval, très fort, avec un peu de caractère, trop pour sa précédente cavalière. L’essai s’est avéré très concluant, c’est un cheval plaisant à monter, respectueux. À Megève le mois dernier, il gagne une 1,45m, une 1,50m et concède quatre points dans le Grand Prix… C’est une belle histoire ! J’ai également de très bons jeunes chevaux, pour lesquels j’ai un peu moins de temps maintenant, mais qui sont travaillés par mes trois cavaliers à la maison.


“Souvienstoi a encore de belles années devant lui”

Umour Buxeen au CSI 3* de Crans-Montana, mi-juillet.

Umour Buxeen au CSI 3* de Crans-Montana, mi-juillet.

© Scoopdyga

Votre fils aîné, Vincent, commence à évoluer en Grand Prix Pro 2, et votre compagne Olivia Coulet s'illustre également en Pro 3 et Pro 2. Est-ce une satisfaction pour vous de concourir en famille ?
Vincent commence en effet à prendre part à de bonnes épreuves, mais il sort en concours pour le plaisir et restera cavalier amateur : il fait de belles études pour devenir ingénieur, c’est un garçon très sérieux. J’ai quatre fils, et tous montent en concours, même les plus jeunes ! Pour autant je ne cesse de les encourager à faire des études et surtout je ne les pousse pas à travailler dans le monde du cheval… Je mesure la chance que j’ai eu d’avoir un métier tout autre au début de ma carrière, qui m’a offert de bien gagner ma vie et de m’installer ensuite dans mes écuries. Cela m’a également permis de garder un pourcentage sur certains de mes chevaux et d’être plus serein dans mon quotidien… Olivia concourt également en amateur, pour le plaisir, car elle est vétérinaire le reste de la semaine ! C’est en revanche un plaisir effectivement d’être tous ensemble en compétition le week-end. Maintenant à chaque fois que nous partons en concours nous remplissons un camion entier ! (rires)
 
Vous affichez clairement votre volonté de rejoindre le circuit 4 et 5* français. Avez-vous pu récemment échanger avec le staff fédéral depuis votre passage dans le Groupe 2 en début de saison ?
Nous sommes sur une bonne spirale actuellement : quand les résultats sont là, les propriétaires viennent vous chercher, votre piquet s’étoffe et la Fédération commence à garder un œil sur vous ! J’ai d’ailleurs participé aux stages fédéraux de début d’année, qui étaient bien sûr très intéressants. Quand vous faites une demande de participation pour quelques beaux concours et que le staff fédéral, en accord avec vos résultats, vous permet d’entrer sur des CSI 4*, c’est une immense satisfaction. Je ne me vois pas passer mon temps à appeler partout pour obtenir des entrées en CSI, ce n’est pas ma façon de faire. Je construis mes chevaux, j’essaie d’être régulier dans mes classements, et pour l’instant, cela fonctionne bien ! 
 
Comment se porte Souvienstoi Lariviera, qui n’a pas concouru depuis mi-juillet de juillet ?
Il va bien ! Il a effectivement été écarté des terrains de concours quelques temps. Nous pensons qu’il s’est blessé justement lors de la finale du championnat de France Pro Élite, mais cela a pris un peu de temps avant de réellement mettre le problème en évidence. Il a eu une longue période d’arrêt et reprend tranquillement le travail… C’est un cheval très qualiteux, il a encore quelques belles années de concours devant lui. Je prends mon temps pour le ramener à son meilleur niveau. 
 
Quel sera votre programme dans les mois à venir ?
Je serai à Mâcon, puis au CSI 2* de Longines Equita Lyon, tout en continuant à courir le Grand National. J’ai également été sélectionné pour concourir le CSI 4* de St Tropez, ce qui est une belle récompense pour moi ! Bien sûr, avec ce piquet qui se construit, revenir en Groupe 2 reste l’objectif principal. J’espère à terme faire suffisamment mes preuves et peut-être intégrer l’équipe de France lors de quelques Coupes des nations de deuxième division… C’est en tous cas une motivation supplémentaire pour toute mon équipe chaque week-end !