Violences sexuelles sur mineurs dans le monde équestre: une lettre ouverte et un communiqué de Serge Lecomte

Avant-hier soir, Amélie Quéguiner, propriétaire d’un centre équestre en Dordogne, a adressé une lettre ouverte à Serge Lecomte, président de la Fédération française d’équitation, au sujet des violences sexuelles sur mineurs dans le monde équestre, évoquant les viols dont elle aurait été la victime lorsqu’elle était encore une jeune cavalière de concours complet. Quelques années après le tennis et plusieurs semaines après les sports de glace, la parole commence donc à se libérer dans l’univers du cheval. Hier soir, Serge Lecomte a réagi une première fois par la voie d’un communiqué de presse. Et le Gouvernement tente de créer un cadre juridique permettant de mieux protéger les jeunes sportifs.



“Avant d’être enseignante et dirigeante de centre équestre, j’ai été, dans les années 1980, une petite fille pratiquant l’équitation dans un club affilié à la fédération qui est la vôtre aujourd’hui. Les trois premiers enseignants que j’ai eus ont contribué à alimenter ma passion. De cette passion est né le goût pour la compétition et le concours complet en particulier. Mon quatrième enseignant, ambitieux pour moi, m’a fait entrer dans le circuit de détection des jeunes. Compétitions et déplacements à outrance, formations diverses, stages régionaux, nationaux et fédéraux, participation aux championnats jeunes. C’est dans ce contexte de pratique intensive, d’omniprésence et d’emprise, tout ceci prenant racine dans le terreau de ma passion, que j’ai été la proie et la victime de trois hommes: l’enseignant de mon club pendant dix ans, le conseiller technique régional de l’époque à plusieurs reprises lors de formations dans mon club et déplacements en championnat, et un autre enseignant lors d’un stage régional.”
 
Les propos d’Amélie Quéguiner, propriétaire des écuries de Liam, un centre équestre situé à La Roche-Chalais en Dordogne, font froid dans le dos. Et ils rappellent malheureusement d’autres cas de violences sexuelles sur mineurs survenus dans le tennis et le patinage artistique pour ce qui concerne le sport, mais aussi hélas dans les univers scolaires, artistiques et religieux. Dans la lettre ouverte qu’elle a adressée mercredi soir à Serge Lecomte, président de la Fédération française d’équitation, l’enseignante a surtout tenu à attirer l’attention des autorités fédérales à agir avec force face à ce fléau qui gâche et détruit tant et tant de vies depuis bien trop longtemps? “À ce jour j’ai porté plainte contre ces trois individus, même si les faits sont aujourd’hui prescrits. Mon long chemin personnel, la colère de voir ces pseudo-retraités continuer à exercer, et l’actualité brulante m’ont poussée à vous écrire aujourd’hui. Non pas pour parler de mon cas personnel mais pour vous alerter sur l’ampleur du fléau des violences sexuelles faites aux enfants dans le sport et dans l’équitation.”
 


“Redoubler de vigilance et de prévention”, Serge Lecomte

 
Dès hier soir, par la voie d’un communiqué de presse, Serge Lecomte a tenu à réagir à cette lettre ouverte. “Je souhaite exprimer tout mon soutien et ma solidarité aux victimes et je condamne sans réserve et avec la plus grande fermeté tous les abus. Hier, cinquante-quatre athlètes de haut niveau, dont le cavalier Olivier Guillon, représentant de la FFE au sein de la commission des athlètes de haut niveau (CAHN), ont signé la tribune libre «Il est temps de donner de la voix» et je salue cette démarche. Sous ma présidence, tous les faits dont nous avons été saisis relevant de violence, déviance ou abus sexuels, ont systématiquement, et sans délai, donné lieu à la mise en place de mesures conservatoires. Conjointement la commission juridique et disciplinaire de la Fédération et les services de l’État compétents ont été saisis. Malgré les mesures existantes, les témoignages récents mettent en lumière le besoin de redoubler de vigilance et de prévention. Les fédérations disposent d’une délégation de service public pour l’éducation par le sport, pour autant elles ne possèdent pas de pouvoir de police et s’appuient sur le rôle régalien de l’État et de ses représentants. La FFE va rapidement déployer un plan d’actions pour renforcer la sensibilisation des dirigeants, enseignants, organisateurs de concours et officiels de compétition. La FFE va également ouvrir une cellule d’écoute des victimes, afin de favoriser la libération de la parole et saisir au besoin le ministère des Sports pour permettre le lancement d’enquêtes administratives ou judiciaires. Ce chantier ne peut être conduit au seul titre de la FFE, il est en toute conscience celui de chacun. C’est le rôle de tous ceux qui œuvrent pour le sport et de toutes ses institutions. Ce sujet est une priorité”, a-t-il assuré. “Un enseignant d’équitation se doit avant tout d’être un éducateur responsable du bien-être et de la sécurité des pratiquants dont il a la charge. Je tiens à rassurer les familles des cavaliers et futurs cavaliers qui nous accordent leur confiance. Nos clubs sont des lieux de pratique sportive avec le plus souvent un contexte familial qui est garant d’une bonne éthique morale”, conclut le président de la FFE.
 


“Mieux appréhender les signaux faibles”, Roxana Maracineanu

Sébastien Roullier Roxana Maracineanu, Nicole Belloubet et Adrien Taquet mercredi soir au ministère de la Justice, à Paris.
 
Mercredi soir, Nicole Belloubet et Roxana Maracineanu, ministres de la Justice et des Sports, ainsi qu’Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, ont annoncé l’extension du contrôle de l’honorabilité, mesure entrée en vigueur il y a peu pour les professionnels du sport, aux bénévoles qui interviennent au sein des innombrables structures sportives de l’Hexagone. “Nous avons engagé une expérimentation en la matière en collaboration avec la Fédération française de football en région Centre-Val-de-Loire. L’actualité est brulante et interroge nos pratiques dans le monde du sport mais aussi dans la société dans son ensemble. […] La situation est grave aujourd’hui. Pour y faire face, nous avons engagé des mesures concrètes pour mieux protéger nos sportifs, encadrer nos pratiques et libérer la parole. Nous devons apprendre à mieux appréhender les signaux faibles avant même d’éventuelles procédures judiciaires et éloigner les adultes concernés du contact des enfant. Partout en France, il faut une vigilance de tous les instants a priori, et pas seulement un contrôle a posteriori, a notamment déclaré Roxana Maracineanu.
 
Le chantier est aussi vaste et complexe qu’absolument crucial. En attendant, la parole des victimes doit continuer à se libérer, dans le monde équestre comme ailleurs, et il convient de saluer le courage d’Amélie Quéguiner, avec laquelle GRANDPRIX avait pris rendez-vous dès hier pour un prochain entretien.
 
Lire également l’article publié par France TV Info
 
Veuillez trouver ci-dessous la lettre ouverte d’Amélie Quéguiner, ainsi que l’entretien qu’elle a accordé ce matin à France Bleu Périgord (également disponible ici)