Deux jeunes voltigeuses estiment avoir été victimes de l’emprise de Jacques Ferrari

Anaïs et Chloé Bega, deux voltigeuses françaises se sont confiées au quotidien Le Parisien – Aujourd’hui en France. Dans un article publié dimanche, elles dénoncent l’attitude et l’emprise qu’aurait exercée sur elles Jacques Ferrari, double champion du monde et entraîneur stagiaire de l’équipe de France jusqu’en 2018. Des révélations qui font écho à la vaste prise de parole que connaît le milieu sportif ces dernières semaines.



Dimanche, dans un long article publié sur le site du Parisien, Anaïs et Chloé Bega ont pris la parole pour dénoncer le comportement de Jacques Ferrari, leur ex-entraîneur. Originaires de Haute-Savoie, les deux sœurs avaient quinze et dix-sept ans lorsqu’elles ont rejoint le Pôle France de Saumur pour se perfectionner en voltige. Moins de deux ans plus tard, toutes deux sont rentrées chez elles, profondément marquées par l’emprise néfaste qu’aurait eue Jacques Ferrari sur elles. Selon le quotidien, vendredi dernier, la préfecture du Maine-et-Loire a suspendu pour six mois le médaillé d’or des Jeux équestres mondiaux de Normandie en 2014 pour ses activités auprès de mineurs. 

 

En 2018, Anaïs avait déjà porté plainte pour corruption de mineurs contre le voltigeur de trente et un ans, mais personne n’a encore été entendu. Toujours selon Le Parisien, plusieurs membres du groupe France auraient évoqué un “conditionnement sectaire” créé par Jacques Ferrari autour de lui, couplé à une “culture du libertinage”. Pour traduire ces actes, les deux jeunes femmes évoquent des “remarques sexuelles permanentes”, des “mains sur la cuisse en voiture”“des mots doux en privé puis humiliants à l’entraînement”

 

Chloé a été la première à en parler à ses parents après avoir craqué en mars 2018. Juste avant le CVI de Saumur, Jacques Ferrari, leader et surtout entraîneur stagiaire de l’équipe de France, est mis à pied dans la plus grande discrétion. Il aurait eu des relations intimes avec Chloé, alors majeure et remplaçante au sein du collectif. Une histoire privée qui est remontée jusqu’à la direction technique de la FFE. Après avoir obtenu son professorat de sport en novembre 2017, Jacques Ferrari avait été affecté le 1er janvier 2018 à la direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale (DRDJSCS) de Centre-Val de Loire et effectuait, à ce titre, une mission d’encadrement auprès du Pôle France de voltige, avant de pouvoir être titularisé. Depuis, Jacques Ferrari a été écarté par la FFE du staff de l’équipe de France, mais aussi suspendu un an par une commission disciplinaire et licencié de la fonction publique. 

 

En 2018, les révélations avaient abouti par voie de conséquences au forfait de l’équipe de France pour les Jeux équestres mondiaux de Tryon. La Fédération française d’équitation avait alors évoqué des “difficultés rencontrées dans la préparation du collectif”. Anaïs a craint, selon ses dires, d’en arriver au même point que son aînée, ce qui l’aurait poussée à prendre la parole: “Ma sœur était au fond du trou à ce moment-là. Et moi, j’étais la prochaine, il me l’a dit lui-même. Il faisait une obsession sur mon physique. À la fin, il n’arrêtait pas de me parler de mon sexe qu’il voulait toucher. Il disait qu’il avait une forme particulière et qu’il aimait bien ça”. Des gestes déplacés lors d’une séance d’étirements avec Anaïs sont également évoqués.



“Il me faisait croire que j’étais l’unique. Que sans lui, je n’étais rien”

Pendant cette période, Chloé tombe éperdument amoureuse de son entraîneur, qu’elle voit régulièrement en dehors des séances: “Il m’invitait au restaurant, au cinéma, à la fête foraine. Je savais que ce n’était pas sain mais j’y allais. Il me faisait croire que j’étais l’unique. Que sans lui, je n’étais rien […] Vu que j’étais majeure et consentante au moment de nos relations sexuelles, j’ai longtemps eu peur que parler ne serve à rien mais aujourd’hui, je veux que ça se sache”, assure-t-elle. “J’ai été complètement conditionnée. Par exemple, il montrait des photos et des vidéos de nos ébats à d’autres filles du groupe.”

 

Sous couvert d’anonymat, d’anciens voltigeurs du groupe auraient évoqué au Parisien “des choses inacceptables”. Ils soutiennent que Jacques Ferrari choisissait des jeunes filles innocentes afin de les mettre sous sa coupe puis de “les briser pour ensuite les reconstruire”. Pire encore, un ancien membre de l’équipe de France dénonce l’emprise de celui qu’on appelait “le décapsuleur”. Un surnom qui lui aurait donné en raison de son goût supposé pour les filles vierges. Défenseurs du champion du monde, d’autres membres du groupe s’étaient quant à eux réunis pour créer une pétition afin qu’il retrouve ses fonctions avant les Mondiaux de Tryon. Anaïs explique même avoir été harcelée par les autres filles du groupe. 

 

Dans les colonnes du quotidien, Jacques Ferrari a reconnu son goût pour le libertinage et l’existence d’une liaison “privée”avec l’aînée. “J’ai eu des relations avec des élèves mais ils étaient devenus des amis entre-temps et tout le monde était majeur”, explique-t-il, en se défendant d’avoir proposé des relations sexuelles à la plus jeune des deux sœurs. Concernant les accusations d’emprise, il reconnaît avoir “manqué de discernement, de maturité et de distance à une certaine époque avec son statut d’athlète et d’éducateur”, assurant qu’il a aujourd’hui cessé les “blagues grivoises et sexuelles”

 

Également contactée par Le Parisien, la FFE estime avoir fait le maximum à l’époque “dans le respect de la présomption d’innocence”. La directrice technique nationale, Sophie Dubourg, regrette quant à elle la lenteur de la machine judiciaire. Quoi qu’il en soit, il appartiendra aux juges de qualifier les faits éventuellement répréhensibles et de prononcer les sanctions pénales appropriées.