“Si tout rentre dans l’ordre d’ici là, le Longines Paris Eiffel Jumping aura bien lieu”, Virginie Coupérie-Eiffel

Peu après l’officialisation du transfert de Cheppetta dans les écuries de Kevin Staut, GRANDPRIX s’est entretenu avec Virginie Coupérie-Eiffel, qui en conservera des parts, à travers les écuries de Barbizon, au terme de l’opération de syndication actuellement menée par Vivaldi Jumping. L’occasion de prendre des nouvelles de cette femme de cheval passionnée, actuellement confinée dans son domaine familial de Gironde, de revenir sur l’histoire de son excellente jument, mais aussi d’évoquer la tenue du Longines Paris Eiffel Jumping, dans un contexte actuel où les annulations de concours tombent comme des feuilles en automne. Résolument volontaire, elle fera tout pour que le sport reprenne ses droits, dans le respect des exigences sanitaires.



Cheppetta est arrivée dans les écuries de Kevin Staut au retour du Sunshine Tour de Vejer de la Frontera. © Collection privée

Comment allez-vous et comment vivez-vous cette période ô combien particulière?

D’abord, ma famille et moi avons la chance d’être en bonne santé. De plus, nous sommes confinés dans notre domaine du château Bacon (situé à Saint-Vincent-de-Paul, à vingt-cinq kilomètres de Bordeaux, en Gironde). Nous faisons vraiment partie des Français archi privilégiés dans cette situation, alors je n’ai sincèrement aucune raison de me plaindre. Nous passons de belles journées à nous occuper de nos chevaux, à les monter et à renforcer notre complicité avec eux. Il y a certes un petit peu moins de personnel qu’à l’accoutumée, mais d’une manière générale, nous prenons notre temps, ce que nous ne faisons jamais assez d’habitude. Il y a aussi du bon dans cette crise.

Cheppetta poursuivra finalement sa carrière avec Kevin Staut, qui l’a accueillie chez lui il y a une semaine. Comment cela s’est-il passé?

Nous avons reçu une proposition de Vivaldi-Jumping, la structure créée par Didier Krainc et Kevin Staut, visant à syndiquer une part de la jument. Et nous l’avons acceptée car cela représentait un objectif pour nous. Même si l’histoire que Cheppetta avait écrite avec Céline (Schoonbroodt de Azevedo, sa cavalière belge, ndlr) était très belle à nos yeux, Céline savait que la jument pouvait changer d’écurie en cas de transaction. Nous sommes très heureux qu’elle soit arrivée chez Kevin, in extremis avant le confinement, au retour du Sunshine Tour de Vejer de la Frontera. La passation s’est parfaitement déroulée. Nous avons tout préparé par visioconférence, afin que Cheppetta vive tout cela aussi bien que possible en termes de transport et de soins notamment. J’ai demandé à ce que son arrivée et ses premiers pas soient filmés et la jument m’a l’air franchement heureuse d’évoluer dans ce nouveau cadre. C’est une autre histoire qui commence pour nos écuries de Barbizon et notre partenaire Franck Uhlmann Hamon – nous resterons propriétaires d’une partie de la jument – et pour les nouveaux investisseurs qui vont se joindre à nous. Nous les espérons aussi nombreux que possible. Cette aventure sera donc collective. Nous y croyons et pensons que c’est sûrement un modèle d’avenir pour maintenir des chevaux importants sous la selle de cavaliers au bénéfice des équipes nationales en vue des grands rendez-vous. De plus, je suis ravie qu’elle évolue avec Kevin, un cavalier que j’admire et que je connais depuis très longtemps… depuis l’époque où il travaillait tout jeune chez le regretté Hubert Bourdy. Tout cela est très excitant.

Compte tenu du confinement, Kevin et Cheppetta vont avoir le temps de faire connaissance! C’est une jument ultra sympathique qui essaie toujours de faire du mieux qu’elle peut. Kevin la fait travailler sur le plat, et lui a déjà fait sauter des parcours de cavaletti et petits obstacles. Elle va aussi pouvoir souffler un peu après s’être beaucoup donnée durant la saison indoor. Elle ne va pas encore à la plage à cause des mesures sanitaires mais elle va au pré. Nous ne savons pas encore où ils débuteront en compétition, nous verrons bien, mais ils ont l’air heureux et cela fait plaisir à voir!

Que retiendrez-vous de ces deux saisons, et un peu plus, vécues par Cheppetta avec Céline Schoonbroodt de Azevedo ?

Notre coup de cœur pour Cheppetta remonte déjà à décembre 2017. Nous étions alors au Longines Masters de Paris et Céline, qui vivait seulement son deuxième concours avec elle, s’était classée deuxième du Grand Prix du CSI 2*. Nous en avions alors acquis la moitié des parts. Depuis, les belles performances n’ont pas manqué, notamment en Coupe du monde (le couple s’est notamment classé septième à Malines en 2018, puis sixième à Bordeaux, troisième à Helsinki et septième à Madrid en 2019, ndlr). Mais mon plus beau souvenir restera leur deuxième place dans le Grand Prix de notre Longines Paris Eiffel Jumping l’été dernier, à domicile si je puis dire, devant une partie des meilleurs couples de la planète. Compte tenu de la densité extraordinaire de cavaliers et chevaux de très haut niveau en Belgique, nous avons toujours dû nous battre pour obtenir des sélections. De fait, Céline n’a pu disputer notre CSI 5* à Paris que grâce à une invitation de la Fédération équestre internationale. L’histoire est formidable.

Après avoir évolué en CSI 5* dès l’âge de huit ans avec Martin Fuchs, traversé l’Atlantique pour rejoindre un propriétaire américain, puis être rentrée en Europe, avoir effectué quelques parcours avec Felipe (le Brésilien Luiz Felipe Cortizo Gonçalves de Azevedo Filho, époux de Céline Schoonbroodt) et avoir vécu cette belle histoire avec Céline, Cheppetta va désormais courir pour la France, ce qui est très excitant pour nous tous. Et je tiens à remercier Céline et Felipe, qui continuent à nous aider pour que la transition s’opère au mieux.



“La nature est peut-être en train de reprendre ses droits”

Le 14 janvier 2020, la veille de la date butoir pour le changement de nationalité sportive des chevaux en vue des Jeux olympiques, une modification du propriétariat de Cheppetta avait été déclarée à la Fédération équestre internationale, le Fédération royale marocaine des sports équestres apparaissant alors actionnaire à hauteur d’1% et les écuries de Barbizon à hauteur de 99%. Cela laissait entendre qu’elle passerait sous selle marocaine, mais cela n’a finalement pas été le cas. Un rendez-vous manqué?

Oui, on peut le dire ainsi. C’était peut-être le destin. Dans la vie, on doit faire du mieux qu’on peut avec ce qu’on a. Si cela ne s’est pas fait, c’est que cela ne devait pas se faire. Chacun a eu ses raisons. Et finalement, les Jeux n’auront pas lieu cette année… En tout cas, rien n’était écrit à l’avance.

Verra-t-on à l’œuvre Kevin Staut et Cheppetta à l’œuvre cet été au Longines Paris Eiffel Jumping? Quel est votre degré de confiance quant à la tenue de votre événement, programmé du 3 au 5 juillet?

Oh oui, j’espère qu’on les y verra. En tout cas, c’est évidemment sur leur feuille de route, peut-être comme leur premier grand rendez-vous. Si tout rentre dans l’ordre d’ici là, le Longines Paris Eiffel Jumping aura bien lieu. J’ai la chance de pouvoir compter sur des sponsors fidèles. D’ailleurs, nos contrats sont déjà signés. La ville de Paris nous soutient pleinement aussi. Bien évidemment, je tiens à ce que cet événement demeure populaire et ouvert autant que possible, mais nous effectuerons tous les aménagements nécessaires pour respecter les exigences sanitaires. Il y aura un avant et un après Covid-19. Cette crise nous enseigne que nous devons retrouver une forme de civisme qui a pu faire défaut à nos sociétés, et j’y prendrai ma part. Plus encore que les années précédentes, nous avions déjà décidé d’accentuer nos efforts en faveur bien-être équin et humain, de l’écoresponsabilité et du respect de la biodiversité. Tout ce qui arrive aujourd’hui nous encourage à pousser encore plus fort en ce sens. D’une certaine manière, qu’on le veuille ou non, la nature est peut-être en train de reprendre ses droits.

 

Revivez en vidéo la magnifique deuxième place de Cheppetta et Céline Schoonbroodt de Azevedo dans le Grand Prix du dernier Longines Paris Eiffel Jumping