Kingsclere, l’élégance britannique et le succès international

À Kingsclere, au coeur de la campagne anglaise, les sublimes Park House Stables font figure de temple du Pur-sang Anglais. Cerclée de kilomètres de pistes de galop et édifiée au sein d’un écosystème éblouissant, la grande bâtisse de briques rouges a vu naître de nombreux coursiers vainqueurs au plus haut niveau. Sans être jamais dénaturées, mêlant authenticité et modernité, ces écuries ont traversé l’histoire depuis le XIXe siècle.

Article paru dans le magazine GRANDPRIX heroes n°109.



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© Collection privée

Située à Newbury, dans le Berkshire, à cent kilomètres à l’ouest de Londres, Kingsclere est probablement l’une des plus anciennes, des mieux équipées, et des plus belles propriétés équestres au monde. Les premières fondations ont vu le jour dans les années 1860 et n’ont depuis cessé d’être optimisées et améliorées. Élaborée par Sir Joseph Hawley, figure emblématique du milieu des courses sous l’ère victorienne, la propriété est ensuite passée entre les mains de différents hommes et entraîneurs fortunés. Londonien d’origine, Sir Joseph Hawley a commencé par modifier les bâtiments agricoles préexistants sur le site voisin de Cannons Heath, avant de finalement établir Park House Stables à Kingsclere en 1867. Pour assurer la pérennité de son écurie et le succès de ses champions, il emploie alors John Porter en tant qu’entraîneur personnel. Peu connu alors, celui-ci se révèle être un sacré génie ; en à peine deux ans, il produit notamment Blue Gown, gagnant du Derby d’Epsom en 1868. Après huit ans d’une fructueuse collaboration, Sir Joseph Hawley s’éteint. Dans son testament, il a inclus une généreuse clause stipulant que le jeune entraîneur dispose d’une option pour acheter la propriété pour un montant de 4 000 livres sterling, soit la moitié de sa valeur réelle !

L’ambitieux entraîneur fait alors jouer l’option et s’attèle à faire rayonner son bijou. Victime un jour d’une fièvre typhoïde et cloué au lit, John Porter redessine les plans du bâtiment et s’engage à en modifier la structure, une fois rétabli. C’est à lui que le site doit ses incroyables écuries et les interminables pistes de galop dessinées dans les plaines vallonnées de Watership Down. En 1905, il prend sa retraite et laisse la place à William Waugh, qui entraînait déjà les pensionnaires de l’écurie avec succès. Ce dernier offre alors son poste à Fred Butters, frère cadet de l’entraîneur de l’Aga Khan. La nouvelle équipe est malheureusement coupée dans son élan par les prémices de la Seconde Guerre mondiale, en 1934. Les pistes de galop de Kingsclere redeviennent silencieuses.

Dans les années 1950, un certain Peter Hastings, fils du fameux entraîneur Aubrey Hastings, acquiert les Park House Stables. Il y forme plus de trois cent quarante vainqueurs de courses, avant de disparaître en 1964. À seulement vingt-six ans, Ian Balding, son beau-fils et assistant de l’époque, récupère la licence d’entraînement et se met à l’oeuvre. Au fil des trente-neuf saisons passées à la tête de Kingsclere, Ian Balding accueille et entraîne plus de deux mille champions venus du monde entier, dont certains appartenant à des propriétaires de renom, telle Sa Majesté la reine Élisabeth II. Enfin, en 2003, Ian confie l’écurie à son fils, Andrew, entraîneur ayant accumulé d’innombrables victoires en Groupe 1, le plus haut niveau de course. À Kingsclere, c’est désormais une famille entière qui travaille au service des chevaux : Anna Lisa, compagne d’Andrew, est responsable des relations clients tandis qu’Emma, la mère d’Andrew, est en charge de l’élevage. Clare, la soeur d’Andrew, journaliste de sport à Londres, retrouve régulièrement sa famille dans ces écuries reposantes.



DES INSTALLATIONS DE RÊVE AU SERVICE DE LA PERFORMANCE.

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© Collection privée

Aujourd’hui, les somptueuses installations comptent cent quatre-vingt-dix-neuf boxes répartis en huit bâtiments, dont le style oscille entre le charme bucolique britannique et la modernité américaine. Les bâtisses anciennes imposent leur majesté, parées de briques ocres. Les nouveaux édifices enchâssent les installations et s’entourent de vastes et vertes prairies. Au milieu des écuries se trouvent deux ronds de longe, deux marcheurs, une piscine circulaire, ainsi que quatre cents mètres de piste couverte pour s’exercer par tous les temps. Pour suivre au plus près leur santé et leur bien-être, les chevaux sont régulièrement pesés sur la balance perfectionnée de l’écurie. 

Les pensionnaires sont soignés et entraînés comme de véritables stars. Ces méthodes de travail ont largement porté leurs fruits, à en juger par le palmarès de Kingsclere ! À la pointe de la modernité, les Park House Stables avaient d’ailleurs été parmi les premières structures britanniques à saisir l’importance d’une piscine équine. L’hydrothérapie s’est peu à peu installée dans le programme d’entraînement des chevaux, plus particulièrement de ceux en convalescence ou en baisse de moral. La portance de l’eau permet de faire travailler la musculature et l’endurance des athlètes tout en douceur. Toujours dans un objectif de performance, l’équipe dispose d’un tapis de course qui complète les phases d’entraînement ou accompagne les chevaux durant leurs périodes de repos.



AU GALOP DANS LA CAMPAGNE ANGLAISE.

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© Collection privée

Empruntées quotidiennement, les pistes de galop situées à cinq cents mètres des écuries s’étalent à perte de vue. L’une d’elles, d’une longueur de neuf cents mètres, a été intégralement restaurée en 2018 pour garantir l’intégrité physique des chevaux. Une autre est composée de mille cent mètres de sable fibré. À cela s’ajoute une arène circulaire de huit cents mètres, dont le terrain résiste à toutes les conditions climatiques. Une piste en copeaux de bois, comprenant une pente qui grimpe sur six cents mètres, permet en outre des entraînements variés et ciblés en fonction des prochaines échéances. Enfin, Kingsclere offre également cinquante hectares de plaines, divisés en huit carrières en herbe de différentes topologies. En période de repos, les pensionnaires peuvent se prélasser et se détendre dans l’un des huit verdoyants paddocks. Désireux de préparer au mieux les yearlings à leur futur métier, les propriétaires ont, de plus, investi dans trois lots de stalles de départ. Au cours de leur éducation, les jeunes talents sont guidés par un cheval habitué qui les initie à rentrer dans cette drôle de boîte. Peu à peu, les Pur-sang apprennent à y pénétrer calmement et attendre la cloche qui leur donnera le signal pour jaillir sur la piste. 

Soixante-dix personnes travaillent quotidiennement à Park House, essentiellement pour s’occuper des coursiers. Afin de leur garantir les meilleures conditions possibles, les plus jeunes employés vivent ensemble dans un immense foyer, à proximité des cinq appartements et vingt cottages alloués aux employés plus âgés. En plus d’offrir un sublime paysage et des installations au style authentiquement britannique, le complexe a fondé sa réussite sur un esprit familial et traditionnel. Ne serait-ce pas la clé d’un succès de long terme ?