Jos Verlooy, la combativité en héritage (partie 1)

Médaillé d’or par équipes et couvert de bronze en individuel l’été dernier aux championnats d’Europe Longines de Rotterdam avec l’exceptionnel Igor, Jos Verlooy fait désormais partie des grands du saut d’obstacles. Bien installé à haut niveau depuis 2013, ce drôle et sympathique Belge de vingt-cinq ans est bien parti pour suivre les pas de son père, le cavalier olympique et marchand Axel Verlooy, ainsi que ceux de Harrie Smolders, son maître et grand frère de cœur.



On retrouve ici le jeune homme à quatorze ans en selle sur Flash Bounce, l’un des poneys qui a accompagné ses débuts.

On retrouve ici le jeune homme à quatorze ans en selle sur Flash Bounce, l’un des poneys qui a accompagné ses débuts.

© Dirk Caremans/Hippofoto

Né le 15 décembre 1995, Jos Verlooy n’a pas attendu très longtemps avant de mettre le pied à l’étrier de son premier équidé. Enfant du sérail, il est le fils d’Axel Verlooy, ancien cavalier olympique de saut d’obstacles reconverti en marchand de chevaux à succès depuis les années 2000, et de Nena Verlooy, ancienne cavalière internationale de jumping elle aussi, devenue responsable d’écurie. Pour autant, le petit garçon n’était pas franchement attiré par l’équitation. “Honnêtement, je préférais jouer au football, comme tous mes copains d’école !“, avoue le jeune homme, s’exprimant en anglais avec un fort accent flamand. “J’ai mis du temps à me dédier totalement aux chevaux. C’est peut-être parce qu’il est plus difficile de gagner dans notre sport très incertain qui repose sur deux acteurs, là où le foot se pratique en équipe. Vers l’âge de dix ans, mes saisons de foot sont devenues moins fructueuses, alors que je commençais à enchaîner les bons résultats dans mes premiers concours de saut d’obstacles… Cela m’a poussé à continuer l’équitation, car j’ai vraiment le goût de la compétition et de la victoire.“ 

Ayant donc décidé de se consacrer à l’équitation, Jos accélère le rythme. Accompagné de ses poneys successifs, dont Abydos et Loobeen Shamrock, il est sacré champion de Belgique en 2007 puis gagne la Coupe de Belgique et participe aux championnats d’Europe l’année suivante à Avenches, en Suisse. En 2009, il passe à cheval et intègre les effectifs Enfants, associé à sa nouvelle monture Tia Maria (KWPN, Numero Uno x Nimmerdor), avec laquelle il décroche sa première médaille, l’argent par équipes, aux championnats d’Europe à Moorsele. Le Flamand se met à rêver de haut niveau, à force d’accompagner sur les grands terrains de concours son père et le lieutenant de ce dernier, Harrie Smolders. Médaillé d’argent aux championnats d’Europe Longines de 2017 à Göteborg avec Don VHP (Z, Diamant de Semilly x Voltaire) et numéro un mondial de mai à décembre l’année suivante, le Néerlandais est arrivé dès 2002 chez EuroHorse, l’écurie d’Axel Verlooy, située à Grobbendonk, à trente kilomètres à l’est d’Anvers. Plus grand frère que mentor, il contribue grandement à l’éclosion de Jos. “Sans Harrie, je n’en serais pas là aujourd’hui, ou du moins je n’y serais pas parvenu aussi rapidement“, confirme le Belge. “J’ai grandi à ses côtés et il m’aide depuis le premier jour. Tout ce qu’il avait appris, il me l’a transmis, et il continue de le faire chaque jour. C’est un professeur en or car il est toujours là pour me donner un conseil, mais il me laisse mon indépendance. Selon moi, pour réussir à percer, il faut pouvoir compter sur une personne de confiance, qui est toujours là pour vous aider ou vous dire quand vous prenez le mauvais chemin. C’est très rassurant.“ 

Exceptés son père et Harrie Smolders, Jos n’a jamais véritablement suivi de leçons en centre équestre, ni même de stages de longue durée chez des instructeurs. Doté d’un feeling naturel avec les chevaux et d’une combativité à toute épreuve, il s’est forgé un style atypique, pas forcément le plus esthétique, mais diablement efficace. Capable de monter n’importe quel genre de chevaux, ce qu’il doit aussi à quelques sorties en hunter, le pilote est on ne peut plus polyvalent. “Travailler avec mon père constitue un sacré avantage de ce côté-là car il a toujours su me trouver les bons chevaux au bon moment“, ajoute-t-il. “De plus, le fait qu’il soit marchand m’a permis de monter plein de chevaux différents.“



Premiers Européens Seniors à dix-sept ans

Jos Verlooy et son mentor, Harrie Smolders.

Jos Verlooy et son mentor, Harrie Smolders.

© Sportfot

À l’approche de ses dix-huit printemps, Jos se professionnalise. À vrai dire, il ne choisit même pas le métier de cavalier mais le devient naturellement. “D’ailleurs, mes parents ne m’ont jamais poussé à emprunter cette voie, ni au début, ni après !“, assure le Belge. Baccalauréat et diplôme de commerce en poche, en 2010, il fait la rencontre d’un certain Domino van de Middlestede (BWP, Thunder van de Zuuthoeve x Azur Depaulstra). Conseillé par l’un des rares voisins de la famille Verlooy, qui en décèle le potentiel, ce joli bai de sept ans fait l’unanimité. D’abord essayé par Harrie Smolders, il devient le complice parfait de Jos pour le circuit Juniors. “Mes chevaux de l’époque n’avaient pas les moyens suffisants pour sauter de plus grosses épreuves“, se souvient l’intéressé. “Avec Domino, qui avait un excellent caractère et était extrêmement intelligent, nous avons commencé par sauter des épreuves nationales à 1,30 m et avons gravi les échelons ensemble. Il a été mon professeur et j’ai été le sien. Il a été un véritable booster pour ma carrière.“

Le couple ne tarde pas à se faire remarquer sur la scène internationale, accumulant les bonnes performances en Grands Prix de CSI 2, 3 et même 4*. Après de premiers championnats d’Europe Juniors assez timides en 2011 à Comporta, il se classe notamment deuxième du Grand Prix CSI 2* de Bonheiden, avant de glaner une médaille d’argent par équipes aux Européens Juniors d’Ebreichsdorf en 2012, assortie d’une quatrième place individuelle. L’année se termine sur les chapeaux de roue avec une première victoire en Grand Prix au CSI 2* de La Corogne puis une première participation à un CSI 5*-W à Malines. S’il n’y dispute pas le Grand Prix Coupe du monde, il signe trois sans-faute sur cinq parcours dans des épreuves intermédiaires. Après de nouveaux excellents résultats début 2013, l’Allemand Kurt Gravemeier, alors à la tête de l’équipe belge, le sélectionne pour le CSIO 4* de Lummen. Pas de Coupe des nations, mais une qualification pour le Grand Prix, qu’il quitte avec une seule faute. “Et quelques mois plus tard (après une bonne série estivale à Calgary, ndlr), la Fédération belge m’a annoncé que j’étais réserviste pour les championnats d’Europe Seniors de Herning !“, s’étonne encore Jos. “C’était inespéré car je n’avais encore jamais sauté un seul CSI 5* en Europe. Malheureusement, sur place, Judy-Ann Melchior a dû déclarer forfait (après une blessure de sa formidable As Cold As Ice, Z, Artos x Carthago, ndlr) si bien que je suis entré en piste.“ En dépit de son stress et de son inexpérience, la paire ne se laisse pas décontenancer et enchaîne les bonnes prestations, si bien que Jos est même le seul Belge à atteindre la finale individuelle !

Dès lors, la machine est lancée et le jeune homme arpente les plus beaux concours de la planète aux rênes de Domino, et aux côtés de Harrie Smolders. En 2014, il termine deuxième de sa première Coupe des nations au CSIO 5* de La Baule avant de triompher haut la main avec la Belgique au mythique CHIO d’Aix-la-Chapelle, à seulement dix-huit ans ! Sacrée performance pour le duo, qui ne partait pourtant pas favori, devant ouvrir le barrage ! “C’est incroyable et très spécial pour moi de gagner ici, à Los Angeles, où mon père a participé à ses premiers Jeux olympiques en 1984“, déclare alors le lauréat avec émotion. Ces succès permettent aux deux complices d’être sélectionnés pour les Jeux équestres mondiaux de Normandie, à nouveau en tant que réservistes. Et comme à Herning, le malheur des uns fait le bonheur des autres puisqu’Ensor de Litrange LXII (BWP, Nabab de Rêve x Mister Blue), à l’époque monté par Jos Lansink, est refusé à la visite vétérinaire, laissant le champ libre à Domino et Jos Verlooy. Malheureusement, de l’aveu même du cavalier, la pression prend le dessus et il essuie une chute dès la Chasse. Alors que la Belgique termine onzième, Jos a sûrement beaucoup appris dans la douleur.



À deux doigts d'un immense exploit

Jos Verlooy et son fidèle Domino van de Middlestede.

Jos Verlooy et son fidèle Domino van de Middlestede.

© Scoopdyga

En 2015, tout repart de plus belle. Qualifiés pour la finale de la Coupe du monde Longines de Las Vegas grâce à leurs classements à Del Mar et Thermal, aux États-Unis, puis Londres et Malines, Jos et Domino figurent au cinquième rang de la compétition au terme des deux premières épreuves. Après un sans-faute en première manche de l’ultime test, alors que le podium – voire le trophée – leur tend les bras, ils écopent d’une seule et terrible faute, sur le tout dernier obstacle du parcours… Impossible d’oublier l’image du cavalier, tombant en larmes et se prenant la tête dans les mains en sortie de piste. Ils terminent cinquièmes, laissant Steve Guerdat, associé à Albführen’s Paille de la Roque (SF, Kannan x Dollar du Mûrier), célébrer le premier de ses trois triomphes dans cette finale. Quelques mois plus tard, le couple obtient sa première sélection en tant que titulaire pour les magnifiques Européens d’Aix-la-Chapelle. Malheureusement, le résultat sera en-deçà des espérances puisque le duo termine quarante et unième en individuel et onzième par équipes, la Belgique échouant à se qualifier pour les Jeux olympiques de Rio 2016. 

Presque logiquement, Domino est vendu quelques jours plus tard à l’Américaine Audrey Coulter, élève de Harrie Smolders alors installée dans les écuries EuroHorse. “J’étais très triste de le voir partir, mais c’est le jeu d’une écurie de commerce“, admet le pilote, qui aura tout de même la chance de récupérer son crack en 2017 et d’achever sa carrière. “J’ai eu de la chance car Caracas (né Killeter Park Caracas AWHA, Casall x Colman), mon nouveau cheval de tête, est arrivé dans la foulée“, enchaîne-t-il, avec un poil de pudeur. “Au début, cela ne marchait pas tellement entre nous. Il faut dire qu’il n’est vraiment pas facile à monter ! À l’époque, j’entendais beaucoup de gens dire que je devais mes succès uniquement à Domino, qui était le cheval d’une vie, etc. Finalement, j’ai réussi à les faire taire car j’ai rapidement performé avec d’autres chevaux.“

De fait, le jeune cavalier ne connaît pas de creux et repart à la conquête aux rênes de Caracas, classé depuis lors dans trente-sept épreuves à 1,60m, dont trois victoires dans les Grands Prix CSIO 5* de Rotterdam en 2018 et CSI 5* d’Ascona en 2019 et en finale des Coupes des nations Longines en 2018 à Barcelone, ainsi que de Sunshine (ex-Goldstern van het Keizershof, BWP, Diamant de Semilly x Hardi), récupéré chez le Britannique Scott Brash et classé sept fois à 1,60m, dont des quatrièmes places en Coupe du monde à Las Vegas, Washington et Malines en 2015 puis en Grand Chelem Rolex à Bois-le-Duc en 2016. Vendu à la fin de cette année-là à l’écurie américaine H5, il concourt depuis avec le Brésilien Eduardo Pereira de Menezes et surtout le Mexicain Carlos Hank Guerreiro.

La deuxième partie de ce portrait paru dans le magazine GRANDPRIX en mars 2020 sera publiée ultérieurement.