Dans l’ombre de ses chevaux, Marie-Claudine Morlion poursuit sa route

Loin d’être aussi connue qu’Emmanuèle Perron-Pette ou Geneviève Mégret, Marie-Claudine Morlion fait pourtant désormais partie des principaux soutiens de l’équipe de France de saut d’obstacles. Heureuse propriétaire, entre autres, d’Urvoso du Roch, révélation tricolore des derniers championnats d’Europe Longines de Rotterdam sous la selle de Nicolas Delmotte, cette discrète et authentique femme de cheval s’attarde davantage sur le bien-être de ses chevaux, qu’elle aime profondément, que sur leurs résultats sportifs.



Petit Val, le cadeau empoisonné à l’origine de tout

Bien que parmi les propriétaires les plus importants en France, Marie-Claudine Morlion est d'une totale discrétion.

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Au téléphone, les premiers mots de Marie-Claudine Morlion sont pour ses chevaux, qui lui “manquent énormément” en cette période de confinement. Si son nom est sans doute inconnu du grand public, voire de certains professionnels du milieu, Marie-Claudine Morlion n’en est pas moins une inlassable passionnée. Gérante de la société civile immobilière du club hippique de Roubaix, qui compte plus de cinq cent licenciés, elle confesse que seule une poignée de personnes ont connaissance de ses fonctions.

Originaire du Nord, département qu’elle n’a jamais quitté en près de soixante-quinze ans d'existence, la propriétaire de plusieurs chevaux de Nicolas Delmotte met le pied à l’étrier à l’âge de quinze ans, contrainte par son père, agent immobilier à Bray-Dunes. “Il avait fait venir des chevaux pour animer la plage et il m’a forcée à monter”, confesse Marie-Claudine. À partir de là, le monde équestre ne la quitte plus. “À dix-huit ans, j’ai eu à choisir entre une vieille voiture d’occasion pour mon permis ou un cheval”se remémore la Nordiste. “Et j’ai préféré un cheval !” Petit Val (TF, Hiram x Val de Vire) rejoint alors la famille. “C’était un cadeau empoisonné”, plaisante-t-elle aujourd’hui. “La seule solution était de le dresser.” Marie-Claudine se présente alors sur les rectangles de dressage. Finalement, la discipline et ses critères de notation pas toujours objectifs la convainquent de tirer un trait sur les concours.

En même temps, la cavalière entre dans la vie active et sa profession ne lui laisse guère de temps pour envisager des sorties en compétitions. “Je travaillais dans le commerce alors je ne pouvais pas aller en concours le samedi. Je me suis dit que j’achèterais un cheval de concours hippique, que je ferais travailler la semaine sur le plat et que j’irais voir en concours le dimanche. C’est ainsi qu’a débuté ma vie de propriétaire.” Marie-Claudine confie alors ses chevaux à plusieurs cavaliers. Avec Laurent Poulain, Pompée (SF, Barigoule x Diableur) évolue jusqu’en CSI, avant que les chemins de la propriétaire et du cavalier ne se séparent. Les protégés de la Nordiste passent ensuite sous les selles d’Olivier Desutter, sacré champion de France en 2009, Jean-Claude van Geenberghe, ancien cavalier olympique belge ayant porté les couleurs de l'Ukraine avant de trouver la mort lors d’un concours, mais aussi du regretté Stéphane Delaveau, frère de Patrice, avant de se rapprocher de Nicolas Delmotte.



Nicolas Delmotte, une décennie de collaboration sans fausse note

Urvoso du Roch a explosé aux yeux du grand public en 2019, prenant part à son premier championnat sous la bannière tricolore.

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La collaboration entre ces deux purs Ch’tis débute avec Oscar du Paradis (SF, Kannan x O Malley) il y a de cela une bonne dizaine d’années. “Nous nous connaissions déjà. Elle est originaire du Nord comme moi et a toujours eu des chevaux. Un jour, elle m’a dit: "Tiens Nicolas, je voudrais te confier ce cheval"”, se rappelle le cavalier de l’équipe de France. “J’ai connu Nicolas quand il était chez Bruno (Broucqsault, seul Français à avoir remporté la finale de la Coupe du monde, en 2004 à Milan, ndlr). Il avait quatorze ou quinze ans”, confirme Marie-Claudine. Après la vente du charismatique Oscar, les deux partenaires se mettent en quête d’une nouvelle monture. Un certain Darmani van’t Heike (BWP, Grandeur x Voltaire) rejoint alors le piquet de Nicolas Delmotte. Acheté à l’âge de sept ans, le hongre bai n’a cessé de briller, remportant un nombre incalculable d’épreuves. “Il est malin comme un singe. Il me reconnaît quand j’arrive aux écuries avec mes chiens, qui ont une petite clochette”, s’émeut Marie-Claudine, qui a partagé dix ans de vie commune avec Darmani. 

Quelques années plus tard, Urvoso du Roch (SF, Nervoso x Grand d’Escla) vient agrandir la famille. Atypique par son style, l’alezan n’était pas promis à un avenir si brillant. “J’étais sceptique”, avoue la septuagénaire. “Je me disais qu’il était quand même «pendouillard» devant (que sa technique des antérieurs n’était pas parfaite, ndlr).” Preuve de la confiance qu’elle accorde à son cavalier, “Didine”, comme on la surnomme, décide d’acheter Urvoso alors qu’elle se trouve à l’hôpital, blessée à l’épaule et au bras. “Je ne peux que la remercier”, témoigne le cavalier du Selle Français. “Elle me fait confiance à 200% et elle est aujourd’hui associée à tous mes succès.” 

Alors qu’elle voulait investir dans une jument baie de sept ans, le hongre alezan de huit ans qu’elle a acquis est à l’origine d’une formidable histoire. Propulsé sur le devant de la scène après la blessure d’Ilex VP (BWP, Diamant de Semilly x Darco), l’autre cheval de tête de Nicolas Delmotte au printemps 2019, Urvoso gravit les échelons rapidement, signant un double sans-faute dès sa première Coupe des nations Longines au CSIO 5* de Saint-Gall, avant de prendre la route de Rotterdam, pour les championnats d’Europe Longines en août dernier. “Loin d’être ridicule”, selon les mots de sa propriétaire, l’alezan au style si particulier a même ébloui son monde en participant à la qualification olympique de la France.



"Il faut que je sente le cœur de mes chevaux”

Le jeune Citadin du Châtellier, huit ans, fait partie des grands espoirs de Nicolas Delmotte.

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Si Marie-Claudine attribue toutes ses réussites à ses cavaliers, il n’en reste pas moins que le soutien des propriétaires est primordial dans la réussite des athlètes. Discrète et passionnée, cette “vraie Ch’tie”, profondément attachée à son Nord natal fait l’unanimité. “Elle est très présente et à la fois très discrète, respectant au mieux le travail du cavalier et de l’encadrement de léquipe. Elle est sans doute la propriétaire idéale”, salue Sylvie Parot, fille d’Hubert, champion olympique par équipes en 1976 à Montréal. Marie-Claudine et Sylvie se connaissent depuis près de vingt-cinq ans. Leur amitié a débuté sur les terrains de concours, autour de leur passion commune des chevaux. 

Présente en compétition pour suivre l’évolution de ses partenaires favoris, la Nordiste aime passer de petits moments simples avec eux. “Elle va aller voir ses chevaux au box, tout simplement pour aller les caresser, leur amener une carotte, être proche d’eux”, ajoute sa fidèle amie. Et André Chenu d’ajouter: “C’est une vraie passionnée.” Le copropriétaire du haras du Plessis confesse toutefois ne pas bien connaître sa consœur, preuve de sa modestie. “J’ai la passion des concours, mais c’est avant tout la passion de mes chevaux. Je suis très attachée à eux. Il faut que je sente ce que j’appelle le cœur de mes chevaux, que je sois près d’eux”, avoue Marie-Claudine. 

Amoureuse des belles pistes en herbe, cette femme de cheval attache plus d’importance à la façon de faire qu’au résultat. À chaque concours, elle achète des photos de ses chevaux, qu’elle collectionne dans un album. À côté des clichés, la septuagénaire note ses impressions. Véritable passionnée, cette femme de l’ombre est un rouage essentiel de la performance de Nicolas Delmotte et désormais de l’équipe de France de saut d’obstacles. Si le présent s’écrit avec Urvoso et Darmani, le futur pourrait bien se conjuguer avec Citadin du Châtellier (SF, L’Arc de Triomphe x Diamant de Semilly), dont Marie-Claudine est copropriétaire aux côtés de Francis Decourrière. Jusqu’aux Jeux olympiques de Paris 2024?