Margit Otto-Crepin, la légende du dressage français s’est éteinte

Vice-championne Olympique à Séoul en 1988 avec son fidèle Corlandus, Margit Otto-Crepin, légende du dressage français, est décédée d’une grave maladie ce 19 avril dans la matinée dans sa maison de Hambourg en Allemagne à l’âge de 75 ans, selon les informations du site Eurodressage.



En Suède, le couple Margit & Corlandus venu en grand favori est passé à côté du podium pour un point seulement

© PSV Morel

Margit Otto-Crépin et Corlandus. Ces deux noms resteront à jamais gravés dans les annales du dressage français. En 1983, peu avant Noël, Margit Otto Crépin fait l’acquisition de Corlandus, alors âgé de sept ans. La cavalière attendait cela depuis près de deux ans, et son véritable coup de cœur pour ce grand bai d’1,80 m est intervenu lors d’une compétition organisée à Donaueschingen, en 1981. " Il était extraordinaire. J’ai été époustouflée par ce cheval magnifique, plein de puissance. Il mesurait 1,80 m, il était difficile de ne pas le voir ! Je l’ai cherché dans les écuries pour le revoir. Je l’ai retrouvé, car il portait un frontal bleu, blanc et rouge, les couleurs du Holstein. Étant Française, cela m’a beaucoup amusée ! J’ai demandé au cavalier s’il était à vendre et celui-ci m’a dit non. Je pensais qu’en réalité il ne voulait pas me le vendre. J’ai missionné différentes personnes dont Paul Schockemöhle, mais tous ont été refusé ! Finalement, Corlandus est parti aux États-Unis afin de participer à une présentation de promotion du Holstein. J’ai pensé que je ne le reverrais jamais ", racontait amusée, Margit Otto-Crépin.

Le couple prend rapidement ses marques et trouve vite le chemin de la victoire. En 1987, le duo formé par cette cavalière d’origine allemande, née en 1945 à Sarrebruck et naturalisée française en 1971, et par ce hongre Holstein né en 1976 de l’union de deux merveilleuses lignées de sauteurs (Cor de la Bryère x Landgraf I) remporte la médaille d’or aux championnats d’Europe de Goodwood, en Grande-Bretagne. Cette victoire signe le début de la plus impressionnante carrière de l’histoire du dressage français.

L ’année suivante, l’amazone entendait bien décrocher le titre suprême lors des Jeux olympiques de Séoul. Pour y parvenir, Corlandus devait terrasser un rival de taille, Rembrandt, le crack de l’Allemande Nicole Uphoff. Le premier présentait un passage, un piaffer et des pirouettes exemplaires, tandis que le second brillait grâce à ses allures allongées. Corlandus s’inclina d’abord dans le Grand Prix, cédant la victoire à Rembrandt. Jouant de malchance, le bai se laissa également distancer lors du Spécial, et dut se contenter de l’argent. " Ce jour-là, le soleil s’est caché derrière la tribune. Les tout premiers chevaux n’ont pas eu de problèmes car le soleil éclairait partout, mais par la suite, il s’est déplacé, créant des ombres sur le rectangle. Lorsque je suis passée, une bruyère posée sur une lettre jetait une ombre impressionnante qui bougeait au gré du vent. Quand Corlandus a aperçu cette ombre au début du piaffer, il s’est tendu et a hélas reculé de quelques foulées, ce qui m’a coûté la médaille d’or. Pour autant, il a été incroyable, car il aurait pu s’inquiéter davantage ", plaidait Margit Otto-Crépin. " Elle travaillait énormément. En concours nous ne la voyions que très rarement. Elle montait ses chevaux très tôt le matin, vers 5h ou 6h pour pouvoir être au calme ", se souvient sa coéquipière de l’époque Dominique d’Esmé.



Les chevaux ont continué de rythmer se vie de jusqu'à la toute fin

© PSV Morel

En 1989, la finale de la Coupe du monde est organisée pour la première fois sur la fameuse piste ovale de la Scandinavium Arena de Göteborg. Près d’onze mille spectateurs sont venus assister au probable troisième sacre de la Suissesse Christine Stückelberger et de son cheval Suédois Gauguin de Lully. Favorite, cette paire avait remporté sa première finale de Coupe du monde en 1987, à Essen en Allemagne (73.3%), avant de confirmer en 1988, à ‘s-Hertogenbosch, avec une moyenne de 75%. C’était sans compter sur le couple fort du moment : Margit Otto-Crépin et Corlandus. À quelques semaines de la grande finale, Margit et Corlandus étaient apparus au CDI-W de Neumünster pour une répétition générale. La cavalière avait alors décidé de tester une toute nouvelle chorégraphie, portée par une nouvelle musique, en vue de la finale suédoise. Sans même pouvoir dérouler une seule fois sa nouvelle reprise à la maison, le couple s’était imposé en Allemagne. De bon augure. Pour sa première finale de Coupe du monde, la Française ne faillit pas face à la pression. Au contraire, elle produit l’une de ses plus belles performances, sortant de piste avec une moyenne de 77%. Margit et Corlandus dominent largement Christine et Gauguin de Lully (71.8%). Cette victoire reste aujourd’hui le seul succès français dans l’histoire de la Coupe du monde.

Sa carrière se poursuit avec Lucky Lord, un hongre appartenant à la famille Forst. Le couple remporte notamment le bronze par équipes aux Championnats d'Europe de 1995 à Mondorf-Les-Bains, avant de décrocher l’année suivante une deuxième place lors de la finale de la Coupe du monde de 1996. La même année, Margit Otto-Crépin termine avec ce gris au pied du podium par équipes des Jeux olympiques d'Atlanta. En 1997, ils se classent dixième des Championnats d'Europe de 1997 à Verden puis quatorzième aux Jeux équestres mondiaux de 1998 à Rome.

En 2001 à Verden, la dresseuse participe à ses derniers championnats d’Europe aux commandes de Tornado 166 lors desquels elle prend les trente deuxièmes places.

Au terme de sa carrière de compétitrice, Margit Otto-Crépin remplit le rôle d’entraîneur de l’équipe de France avant de céder sa place à Alain Francqueville. " Elle m’a beaucoup aidé. C’est grâce à elle que j’ai eu une telle longévité. Elle me donnait énormément de conseils, sur le plan technique bien sûr, mais pas seulement. Elle avait une réelle expertise et réfléchissait beaucoup. De par ses différentes fonctions elle a été d’une grande utilité pour le dressage international ", déclare l’ancien sélectionneur. A partir de 1998, elle fut présidente du Riders Club jusqu’à sa démission en 2010.

Les chevaux ont continué de rythmer se vie de jusqu'à la toute fin. Elle assistait régulièrement à des compétitions de dressage dont le mythique CHIO d'Aix-la-Chapelle.

Ses protégés resteront sous la garde de sa palefrenière Nathalie Kock, qui travaille pour elle depuis 38 ans.

En raison du COVID-19, ni la date, ni le lieu des funérailles ne sont connus à ce jour.

L’équipe de GRANDPRIX présente ses condoléances à sa famille et à ses proches.