Pour Hello Vincent, perle de l’élevage de Coquerie, la success story ne fait que débuter

Ses yeux expressifs, ses petites oreilles toujours pointées en avant, sa belle robe baie et son style quasi parfait n’ont laissé personne indifférent ces derniers mois. Hello Vincent, alias Coquin de Coquerie Z, a éclaboussé de son talent la scène internationale au mois de décembre, en remportant le premier Grand Prix de l’Olympia du CSI 5*-W de Londres. Né dans la Manche chez Annick et Raphaël Dulin, le fils de Consul de la Vie Z connaît une ascension éclair. Et sa carrière au plus haut niveau ne fait que commencer.



Quadrille de Coquerie, la mère de Coquin, dans les prés de son naisseur.

© Collection privée

Je pense qu’il a déjà prouvé qu’il était un crack”, lance d’emblée Scott Brash, avec son fort accent écossais. Sous la selle du Britannique, Coquin de Coquerie (Z, Consul de la Vie x Fergar Mail), ou plutôt Hello Vincent, tel qu’il a été renommé outre-Manche, a signé une performance majuscule fin décembre, dans l’écrin de l’Olympia à Londres. Le charismatique bai a décroché avec brio le Grand Prix dominical, devançant, entre autres, l’Australienne Edwina Tops-Alexander, alors associée à Identity Vitseroel, et la Britannique Holly Smith, avec son excellent Hearts Destiny, dixième et médaillé de bronze par équipes des derniers championnats d’Europe Longines de Rotterdam. Avant d’atteindre ce niveau, Coquin a progressivement gravi les échelons, en France d’abord, puis en Belgique et donc en Grande-Bretagne.

Il y a onze ans presque jour pour jour, le 23 avril 2009, Coquin voit le jour au cœur des prairies normandes de l’élevage de Coquerie, à Subligny dans le sud de la Manche, chez Annick et Raphaël Dulin. “Dès sa naissance, c’était un poulain magnifique”, se rappelle Raphaël. En 2008, Consul de la Vie (Z, Clinton x Heartbreaker), un prometteur étalon aujourd’hui monté par la jeune Ramatou Ouedraogo jusqu’en CSI 3*, lui est confié par le Groupe France élevage, propriétaire du cheval. Il choisit alors de la croiser à Quadrille de Coquerie (SF, Fergar Mail x Papillon Rouge), qui engendre le charismatique Coquin. Quadrille n’est autre que la sœur utérine de Team de Coquerie (SF, Heartbreaker), vu à 1,60 m notamment avec Maelle Martin et l’Irlandais Darragh Kenny, et Ugano de Coquerie, qui a concouru au même niveau avec l’Italien Piergiorgio Bucci et la Finlandaise Anna-Julia Kontio. “La mère et la grand-mère de Coquin sont deux génitrices exceptionnelles. De plus, c’est une souche facile qui produit des chevaux qui ne posent pas de problèmes”, confirme Raphaël Dulin. 



D’indéniables qualités mises en exergue dès ses jeunes années

© Mélina Massias

Quand vous voyez vos poulains évoluer dans les champs, galoper, être dominants ou dominés dans le troupeau, cela vous indique des choses sur ce qu’ils vont être amenés à faire dans le futur”, explique avec passion Raphaël Dulin. “Lorsqu’ils grandissent, que vous les faites sauter à trois ans, cela confirme leur identité, leur personnalité. Avec l’expérience, vous savez que ce sont les chevaux de cette trempe-là qui deviennent des gagnants”. Indéniablement, Coquin de Coquerie était l’un d’eux. À trois ans, son éleveur se souvient d’un cheval qui “sautait très bien”.

Débute alors sa carrière de cheval de sport sur le Cycle classique. Sous la selle de Ferguson Burt, cavalier de l’élevage, le puissant bai fait ses armes en saut d’obstacles, mais aussi en hunter à l’occasion de quelques épreuves où il brille grâce à son style. Double sans-faute au championnat interrégional (CIR) d’Auvers à quatre ans, l’entier réitère sa performance un an plus tard à Saint-Lô. Déjà très remarqué, Coquin ne va pas tarder à quitter la France. “Il était tellement beau que je voulais lui faire faire le Cycle classique des six ans. Seulement, il plaisait beaucoup et j’étais très sollicité pour le vendre. À chaque sortie, on me faisait des offres”, conte le naisseur du beau bai. “Et j’ai fini par craquer.

Acquis par une société d’investissement, In Showjumpers, Coquin rejoint la Belgique. Tim Wilks, dont les parents gèrent l’entité, reprend alors les rênes du talentueux entier. Le Britannique, qui court depuis 2018 sous couleurs canadiennes, ne tarit pas d’éloges sur son ancien partenaire. “J’ai toujours su qu’il serait un incroyable cheval. Dès le départ, il était parfaitement bien éduqué. Il a toujours été extrêmement facile à monter, et était doté d’un superbe équilibre. Il faisait partie des chevaux de l’écurie que j’avais toujours plaisir à monter, en mors simple d’ailleurs.” Coquin de Coquerie poursuit sa formation à six et sept ans sous la selle de Tim Wilks, enchaînant sans-faute sur sans-faute. En une cinquantaine de parcours internationaux, le couple ne renverse qu’une poignée d’obstacles. “Quand je le montais, surtout à la fin, il répétait ses sauts et donnait toujours le meilleur de lui-même”, atteste le cavalier originaire d’Oxfordshire. La paire se sépare au printemps 2016. “C’est un cheval que j’adorerai toujours”, salue le pilote de vingt-cinq ans, qui suit avec attention la carrière de son ancien protégé.

Coquin est acheté par Mandy Hall et concourt avec sa fille, Jodie Hall-McAteer. Avec l’adorable bai, la cavalière de vingt ans enregistre de nombreux résultats, atteignant des épreuves à 1,55m et réalisant deux excellents double clear rounds lors des Coupes des nations Jeunes Cavaliers de Wierden, en 2017, et de Fontainebleau, l’année suivante, à l’occasion du CSIO de France des Jeunes organisé par GRANDPRIX events. Ses aînés, Scott Brash et Tim Wilks, s’accordent d’ailleurs à saluer son travail et ses résultats avec Coquin.



Avec Scott Brash, l’avènement au plus haut niveau

Happy de Coquerie, demi-frère de Coquin.

© Collection privée

Il était en Angleterre avec Jodie Hall-McAteer et je l’ai vu sauter avec elle. Je l’ai toujours aimé”, se remémore Scott Brash avec le flegme britannique qui lui va si bien. “J’ai parlé avec son père et nous sommes allés l’essayer. Nous l’avons tout de suite adoré donc nous l’avons acheté.” Dès le début, le nouveau duo s’illustre. Septième d’une épreuve à barrage à 1,40m à Saint Tropez mi-novembre 2019, Coquin de Coquerie, renommé Hello Vincent – comme le veut la tradition des mécènes de Scott Brash –, attire les regards des connaisseurs. “J’ai un ami qui m’a envoyé un SMS pour me féliciter de la septième place d’Hello Vincent dans un Grand Prix à Saint-Tropez. Moi je ne savais pas qu’il avait été débaptisé! Je me suis demandé qui était ce mec-là, Vincent? Je pensais que c’était une personne”, plaisante Raphaël Dulin, qui déplore toutefois que son cheval ait perdu son affixe, seule reconnaissance dont peuvent bénéficier les éleveurs après avoir commercialisé leurs produits. 

Après sa tournée automnale dans le sud de la France, l’ex-numéro un mondial et seul vainqueur du Grand Chelem Rolex à ce jour, continue de faire connaissance avec sa nouvelle monture. Le 1er décembre à Madrid, Hello Vincent saute la première épreuve majeure de sa carrière, à l’occasion de la première étape espagnole de la Coupe du monde Longines. Le couple sort de piste avec deux fautes au compteur. Puis, tout s’accélère. Deux semaines plus tard à Genève, Coquin hisse son cavalier à la troisième place d’une très belle épreuve de vitesse, avant l’avènement, le 22 décembre, à l’Olympia. Sur ses terres, Scott Brash saisit alors sa chance et propulse son nouveau prodige sur le devant de la scène. 

Je pense vraiment qu’il a toutes les qualités pour devenir un cheval de championnats”, confesse même Scott Brash. Mais avant d’en arriver là, le couple doit encore continuer à faire connaissance. “Nous allons essayer d’engranger d’autres succès et d’aller aussi loin que possible ensemble”, détaille le cavalier. Adorable, bien éduqué, et un plaisir au quotidien, de l’aveu de ceux qui l’ont connu, Hello Vincent pourrait aussi se consacrer à l’élevage un jour ou l’autre. “J’ai déjà eu de nombreuses demandes pour l’utiliser comme étalon. Je pense qu’il serait un père fantastique. Il a énormément de qualités qu’il pourrait transmettre à ses produits. Mais pour l’instant, nous voulons nous concentrer sur sa carrière sportive”, explique Scott Brash.

Raphaël Dulin ne cache pas son espoir de pouvoir, un jour, utiliser son produit pour son propre élevage. Pour l’heure, il poursuit son travail avec la mère de Coquin, Quadrille, qui compte plusieurs produits prometteurs, dont Happy de Coquerie, un fils de Vleut (KWPN, Quick Star x Cantus). “Il est magnifique, très moderne avec une souplesse et une réactivité assez exceptionnelles. Il est au moins aussi bon, sinon meilleur”, se réjouit l’éleveur. Et si pour l’instant Raphaël Dulin n’a pas revu son protégé depuis son départ, Scott Brash espère que leurs routes finiront par se croiser, dans un futur plus ou moins proche.