“Lorsque les concours reprendront, je me demande si je saurais encore aller vite au barrage !”, Harold Boisset

Remarquable et remarqué par tous ses concurrents lorsqu’il s’agit d’aller vite en compétition, Harold Boisset a comme tout le monde été contraint de lever le pied ces sept dernières semaines, confinement oblige. Installé au centre équestre de Grammont, à quelques minutes de Montpellier, le sympathique trentenaire a profité de cette période pour se concentrer sur la relève et profiter de son fils, Raphael, né il y a sept mois. Conscient de l’impact de cette crise sanitaire sur le commerce de chevaux, celui qui a accédé aux CSI 5* en 2016 grâce à sa lilliputienne Quolita Z a hâte de retrouver ses terrains de jeux favoris, les pistes de compétitions. Il a donné des nouvelles de la petite baie, qui pourrait bien changer de vie prochainement, et évoqué le CSI 3* de Montpellier, pour lequel il endosse le rôle de directeur sportif. Entretien.



Comment avez-vous traversé cette période de confinement sur le point de se conclure ? 

Ce qui a changé au cours de ces dernières semaines, c’est évidemment que nous n’allions pas en concours. Je suis installé au centre équestre de Grammont et plus personne hormis les salariés ne pouvait y venir, que ce soit les propriétaires, les licenciés, les scolaires etc. Les écuries étaient donc un peu vides ! Rien n’a changé en ce qui concerne le travail des chevaux, je voyais simplement moins de monde. Cela m’a permis de prendre le temps, notamment avec quelques jeunes chevaux qui étaient très en retard. Sans ce confinement, nous aurions attaqué la saison avec des chevaux de quatre ans pas tout à fait au point. Si nous les avions présentés directement en concours, ils nous auraient peut-être un peu déçus, alors que maintenant, ils sont fin prêts. De ce point de vue, cela leur a été bénéfique car ils ont pu sauter et s’aguerrir. Les chevaux d’âge ont quant à eux simplement été entretenus sans beaucoup sauter. Nous faisons également pas mal d’élevage depuis quatre ou cinq ans, le confinement nous a donc permis de présenter nos poulains de deux ans à des visites vétérinaires. 

Comment vous êtes-vous organisés au sein du centre équestre de Grammont ? 

Aucun élève du sport-études n’a pu venir s’entrainer et le protocole sanitaire a été géré par la directrice Sophie Della Valle. Les chevaux de club sont tous partis au pré, ce qui nous laissait une cinquantaine de chevaux à nous occuper. Nous étions cinq pour les monter et entretenir les boxes. Les moniteurs de la structure ont ainsi eu plus de temps que d’habitude pour monter. 

Exceptionnellement et en raison des mesures sanitaires liées à la pandémie de Covid-19, la Grande Semaine de Fontainebleau devrait se tenir fin septembre cette année. Que cela vous inspire-t-il ? 

Je suis assez sceptique car Fontainebleau, ce n’est pas la Floride (rires)… Si l’on parle de Lanaken (en Belgique, où se tiennent les finales mondiales des Jeunes chevaux, ndlr), c’est différent, car les infrastructures sont prévues pour et que les paddocks sont couverts par exemple. Si la finale peut être décalée, c’est toutefois une bonne chose. Quoi qu’il en soit, avant d’emmener des jeunes chevaux à la finale, il faudra que nous puissions leur faire sauter quelques parcours, même si les barres de qualifications sont moins hautes. 

Quel est l’impact du confinement sur le commerce de chevaux ? 

Bien entendu, pendant ces dernières semaines nous n’avons pas pu faire essayer des chevaux car nous respections les mesures sanitaires. Nous avons attendu et cela s’avère financièrement compliqué, particulièrement car les chevaux vieillissent sans prendre de valeur. Pour certains chevaux que nous avons à vendre, leur valeur va baisser car nous n’aurons pas pu les valoriser en compétition et qu’ils prennent tout de même un an de plus. Lorsqu’ils ont sept ou huit ans, il s’agit de la meilleure période pour les céder. De plus, je ne vois pas vraiment comment les compétitions vont pouvoir reprendre avant septembre. 

Le confinement vous aura néanmoins permis de profiter de votre premier enfant… 

Tout à fait ! De ce point de vue, cela a été une très bonne chose car j’ai pu passer beaucoup de temps avec mon fils Raphael, qui a désormais sept mois. Mon quotidien a été le même, j’ai simplement pu m’occuper de mon fils plus régulièrement que si j’avais dû me déplacer en concours les week-end.  



“Quolita a donné bien plus que ce dont elle était capable”

Si la suite de la carrière de Quolita Z est incertaine, cette minuscule et volontaire baie aura permis de révéler son cavalier au plus haut niveau.

© Sportfot

Pour vous qui êtes un véritable compétiteur, les concours ne vous manquent-ils pas ? 

Si bien sûr, mais nous sommes tous logés à la même enseigne. J’ai tout de même pu entamer ma saison comme chaque année à Oliva, où j’ai été très content des performances de Vérone de la Roque, qui vit une année décisive dans sa carrière. L’an dernier, elle avait mis six mois à se remettre d’une blessure, auxquels se sont ajoutés trois mois de remise en forme. En début de saison, elle a répondu présent dès le départ. J’ai été frustré d’avoir écopé d’un point de temps dépassé dans le Grand Prix (CSI 3*, le 1ermars, ndlr), je voulais donc me rattraper la semaine suivante. Finalement, je n’en ai pas eu l’occasion car il n’y a pas eu de semaine suivante et que nous avons dû rentrer en France pour nous confiner. Quoi qu’il en soit, elle est au point. Cela dit, même si nous avons l’impression que tout va bien lors de l’entrainement aux écuries, on ne rencontre pas les mêmes problèmes en compétitions. Lorsque les concours reprendront, je me demande si je saurai encore aller vite au barrage (rires)

Comment se porte Quolita Z, votre ancienne jument de tête qui n’a pas concouru depuis décembre ?

Je n’ai pas emmené Quolita à Oliva en début d’année car j’avais déjà pas mal d’autres chevaux. Elle est actuellement dans la Loire chez Pierre Valette, au haras d’Aubigny, où elle fait des transferts d’embryons. Je ne sais pas vraiment si je resauterai avec elle un jour, on peut dire qu’elle est en quelque sorte en pré-retraite. En 2018, elle s’était blessée en se faisant un hématome dans le pied, ce qui a pris un peu de temps avant de cicatriser. En 2019, elle était dans le coup et a sauté pas mal de parcours, mais jamais plus hauts que 1,45m. Je ne nous sentais pas capables de faire plus, peut-être parce que j’avais perdu l’habitude de monter un cheval aussi minuscule qu’elle. Deux ou trois fois, j’ai senti que nous atteignions ses limites et il n’y a pas d’intérêt à la déclasser dans des épreuves à 1,35m. Quolita a désormais quatorze ans et a donné bien plus que ce dont elle était capable. Nous devrions prendre une décision quant à la suite de sa carrière dans l’année. 

Qu’en est-il concernant le reste de votre piquet de chevaux ? 

T’Obetty (du Domaine, ndlr) est toujours aussi en forme. Son propriétaire avait dans l’idée de la commercialiser en fin d’année dernière. Elle a déjà treize ans, et comme je le disais précédemment, sa valeur va décroitre étant donné qu’elle s’approche des quatorze ans et qu’elle n’aura pas concouru une bonne partie de la saison. Pour le reste, tout le monde va bien ! J’ai cinq chevaux de sept ans, dont un appartenant à la famille Hécart. Il s’appelle Deukara et n’a pas du tout d’expérience. Il devait toutefois rattraper son retard rapidement car il est très facile. J’ai aussi récupéré Divine de la Roque une semaine avant la mise en place du confinement. Dans l’énergie qu’elle déploie et son intelligence de la barre, elle me fait beaucoup penser à Quolita. Il reste désormais à voir si nous allons nous accorder en concours, mais sa qualité et son respect sont remarquables. 

En tant que directeur sportif du CSI 3* de Montpellier, prévu du 22 au 25 octobre, craigniez-vous que l’évènement doive être annulé ?

Nous n’avons pas encore parlé d’annulation et j’ai vraiment bon espoir que le concours puisse avoir lieu. À ce stade, il est délicat de se prononcer car on peut difficilement savoir à quel stade se trouvent les autres pays dans leur lutte contre la pandémie. J’espère que d’ici là tout sera rentré dans l’ordre et l’évènement pourra se tenir, même si nous devons faire des concessions sur certaines choses. Par ailleurs, l’organisation du salon Equita Lyon, qui se tient la semaine suivant le CSI de Montpellier, a fait savoir que l’évènement devrait bien se tenir.