Les chevaux stars du Rhône et de l'Ain

Sur la carte de France de l’élevage de chevaux de saut d’obstacles, il y a la Normandie bien sûr, la Bretagne, les Hauts-de-France et la Vendée, mais aussi la grande région lyonnaise, et tout particulièrement le Rhône et l’Ain, riches en écuries et exploitations équines. Retour sur la carrière de quelques champions nés dans ces deux départements et qui se sont distingués durant le dernier quart de siècle. Leurs naisseurs, ou les descendants de ceux-ci, retracent ces belles histoires.



Olivier Guillon et Lord de Theizé aux Jeux olympiques de Londres.

© Scoopdyga

PRÊT À TOUT, hongre né en 2003 chez Bruno Louchet au domaine des Barrières à Denicé (69).

Origines : Hiram Chambertin et Gare à Elle Deux par Stew Boy et Perd et Passe par Cosmos.

Formé par le neveu de Bruno, Alexandre Louchet, sur le Cycle Classique des quatre ans, Prêt à Tout a disputé cinq épreuves avant d’être vendu à Claudio Panetti, propriétaire du haras de Sainte-Cécile. Il a ensuite été monté de quatre à six ans par Matthieu Traglio, Jean-Baptiste Martinot et Isabelle Teisserenc, avant d’être cédé à Ruth Krech. La Suissesse l’a monté durant quelques parcours puis l’a confié à la jeune Germano-Suisse Kaya Lüthi, qu’il a accompagnée jusqu’en Grands Prix CSI 5*, obtenant deux médailles d’argent individuelles et une par équipes aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers. Depuis début 2016, Prêt à Tout évolue sous la selle du génie allemand Marcus Ehning, avec lequel il a remporté plusieurs Coupes des nations, dont trois fois celle d’Aix-la-Chapelle, la finale du circuit FEI en 2016 à Barcelone, ainsi que trois Grands Prix CSI 5* : Madrid en 2016, puis Aix et Genève en 2018. Palmarès en cours… 

Notre famille élève des chevaux depuis plus de soixante ans“, raconte Bruno Louchet. “Il y a d’abord eu mon grand-père, puis mon père et maintenant moi. Nous faisons saillir sept à huit juments par an. Nous avions acheté la quatrième mère de Prêt à Tout, Miche (Ds, Triolet IV), dans le Cher, sur les conseils de Marc Deuquet. Elle nous a donné plusieurs bons Selle Français, dont Arcadie B (ISO 131, Kalmiste), Braganza (ISO 127, Kalmiste), la troisième mère de Prêt à Tout, et Gare à Toi A (ISO 153, Kalmiste), qui a été montée par Pierre Jonquères d’Oriola et Hubert Bourdy. Braganza nous a donné Perd et Passe (SF, Cosmos), une très belle jument que mon frère a montée en concours. Croisée à Stew Boy, elle a engendré Gare à Elle Deux, qui a concouru à quatre et cinq ans avant de devenir poulinière. Elle nous a donné Prêt à Tout puis un deuxième poulain qui s’est blessé. Les vétérinaires nous avaient conseillé de laisser la jument et son poulain au box, mais la jument est morte de coliques. Hélas, nous n’avons pas réussi à conserver la souche maternelle de Prêt à Tout. En revanche, nous avons une jument, Oh Ma Belle, qui est une fille de Faeken (Laeken et Perd et Passe), un demi-frère de Gare à Elle Deux. C’est un étalon qui a contracté une hernie inguinale lors de sa deuxième saison de monte. Oh Ma Belle (ISO 146, SF, mère par Rubloff, Ps) était une bonne jument de concours. Nous faisons tout de A à Z. J’ai la chance d’avoir mon neveu, Alexandre, qui présente nos chevaux en concours. La vie est plus difficile pour les éleveurs qui ne peuvent pas valoriser leurs chevaux euxmêmes… D’ailleurs, je regrette qu’il n’y ait plus de primes au naisseur, ce qui a fragilisé notre activité.“

LORD DE THEIZÉ, hongre né en 1999 chez Marie Francillard à Theizé (69)

Origines : Donald Rouge II et Élisa de Theizé par Tolbiac des Halles et Sandrine V par Ivanoé. 

Bruno Montginoux a entamé la formation de Lord de Theizé à cinq ans, le menant jusqu’à la finale nationale de Fontainebleau, orchestrée par la Société hippique française. Il est ensuite passé sous la selle de Jimmy Jean, qui l’a monté à six ans et durant la première partie de sa saison de sept ans. Après avoir achevé cet exercice avec Gilles Bertran de Balanda, il a entamé le suivant avec sa fille Inès, avant d’être confié au printemps à Olivier Guillon, avec lequel il a accompli le reste de sa carrière sportive, conclue à l’automne 2015, grâce au soutien sans faille d’Édith Mézard. Hélas, le hongre n’a guère profité de sa retraite, puisqu’il s’est éteint le 30 août 2016 à dix-sept ans. Olivier et Lord ont remporté les Coupes des nations de Rotterdam, La Baule, Saint-Gall, Aix-la-Chapelle et Lummen, les Grand Prix CSI 5* de Wiesbaden et 4* de Comporta, participé aux Jeux olympiques de Londres et obtenu deux médailles d’argent par équipes aux Jeux équestres mondiaux de Lexington en 2010, terminant cinquièmes en individuel, puis aux championnats d’Europe de Madrid en 2011.

Marie Francillard, naisseuse de Lord de Theizé, étant décédée peu après la naissance de son crack, c’est sa fille, Marie Francillard, qui a vécu cette belle aventure. “Ma mère avait lancé son élevage avec Sandrine V, une pouliche qu’elle avait achetée un peu par hasard, à la suite d’un concours de circonstances. Sandrine a donné Borsalino d’Oingt (SF, Rocky du Bourg), qui a accompli une belle carrière en dressage (IDR 150), puis Élisa de Theizé, que nous avons conservée pour l’élevage. Élisa a eu Impératrice de Mai (SF, Cristal Platière), vendue à trois ans à la Garde républicaine et qui a réussi une bonne carrière en complet (ICC 155, gagnant en CCI 3*-L avec Gildas Flament, ndlr), puis Joyau Or Brun (SF, Vermont), parti en Suisse, et Lord de Theizé. Celui-ci était un poulain assez turbulent, que nous avons vendu à trois ans. Nous produisons cinq à six équidés par an. Nous avons eu quelques juments issues d’autres souches, mais nous avons surtout continué avec les descendantes de Sandrine, qui nous ont donné nos meilleurs produits. J’en ai gardé uniquement une de cette lignée, Odessa de Fonsala (Dollar de la Lande et Sandrine V), qui a un peu concouru en jumping. Elle a engendré deux pouliches : Gessikadessa B (OC), trois ans, fille de Vito VDL, un étalon de dressage, ma fille étant davantage axée sur cette discipline, puis Irrésistible B (SF, Contendro) l’an passé.“

INCAS DE L’OASIS, hongre né en 1996 chez Daniel Garcia à Saint-Priest (69)

Origines : Dollar dela Pierre et Aurore V par Hidalgo de Riou et Octavia V par Hourrah. 

Premier cavalier d’Incas de l’Oasis, Patrice Chane le hisse en finale du Cycle Libre à cinq ans à Fontainebleau, avec une vingt-quatrième place à la clé, puis en finale du Cycle Classique l’année suivante, où le couple est éliminé. L’été suivant, Incas rejoint les écuries d’Olivier Robert. L’Aquitain le valorise jusqu’en CSI 3*, remportant notamment les Grands Prix à 1,45 m de Versailles et à 1,50m de Surgères et Lyon. Exporté aux ÉtatsUnis à neuf ans, il est confié sans grand succès à l’Américain McLain Ward avant de passer sous la selle de Rodrigo Pessoa. Conquis par ce petit cheval, rebaptisé Oasis, Le Brésilien forme rapidement un très bon couple avec lui, gagnant les Grands Prix à 1,60m de Falsterbo, Lanaken et Bruxelles. Malheureusement, Incas est subitement tombé malade et n’a pas réagi aux traitements vétérinaires. Il s’éteint le 24 mai 2007, âgé de onze ans seulement. Même s’il s’est éloigné du monde du cheval, Daniel Garcia, son naisseur, n’a rien oublié de cette époque. “Mon père, Jean Garcia, était ferrailleur et travaillait dans le bâtiment. Il s’était lancé dans l’élevage il y a trente-cinq ans, quand j’avais dix ans. Plus tard, nous avons acheté à une amie Aurore V, la mère d’Incas. Nos chevaux étaient au pré à Luzinay, dans l’Isère, et nous avions des installations, avec manège et carrière, à Saint-Priest, tout près de Lyon. Avant Incas, nous avons eu quelques très bons Selle Français, comme Querido IV (ISO 141, Goéland x Sportsman) et son demi-frère Relco de l’Oasis (ISO 150, If de Merzé), ainsi que pas mal de chevaux qui ont concouru en classes B (jusqu’à 1,40 m, ndlr). Aurore V était une très jolie jument, qui sautait des montagnes, mais elle avait de gros problèmes aux antérieurs. Croisée à Dollar dela Pierre, elle nous a donné Incas, un poulain qui ne payait pas trop de mine et qui n’était pas très grand durant sa jeunesse. Nous l’avons vendu à trois ans et il est parti en Aquitaine. Il est né à la période où j’ai arrêté la compétition. Avant cela, c’est moi qui valorisais les chevaux que nous faisions naître. Je les montais à quatre, cinq, six ans et en classes B, puis nous les vendions. Mon plus grand regret est de ne pas avoir gardé Aurore V, qui a été vendue à un marchand. Par la suite, j’ai essayé de la retrouver, mais je n’ai jamais su ce qu’elle était devenue et elle n’a plus eu aucun poulain. Depuis une petite vingtaine d’années, j’ai complètement arrêté les chevaux pour travailler dans l’immobilier et la restauration. »

Didier Willefert et Séducteur Biolay aux JO d’Atlanta en 1996.

© PSV Morel



Jessica Kürten et Galopin du Biolay.

© Scoopdyga

SÉDUCTEUR BIOLAY, hongre né en 1984 chez Raymond Moissonnier à Lent (01) 

Origines : Pontoux, Ps et Jalousie du Biolay par Mersebourg et Amourette par Laisser Courre. 

Durant toute sa carrière, Séducteur Biolay n’a connu qu’un seul cavalier de concours complet, Didier Willefert. Celui-ci l’avait repéré parmi les jeunes chevaux achetés par le Centre sportif d’équitation militaire de Fontainebleau (CSEM) et l’a formé de A à Z, gagnant notamment la Coupe des Alpes et le championnat de France des sept ans. Champion de France Élite en 1995, le couple a été sélectionné pour les championnats d’Europe de Pratoni del Vivaro, où la France a obtenu la médaille d’argent. L’année suivante, Didier Willefert et Séducteur ont fini neuvièmes des Jeux olympiques d’Atlanta. Albert Moissonnier, le fils de Raymond, naisseur du crack, a toujours connu les chevaux, qui accompagnent l’histoire familiale depuis plus de quatre-vingts ans. “Mon père et mon grand-père élevaient des chevaux de travail et œuvraient avec des Demi-sang qui poulinaient à côté. C’est ainsi que notre élevage est né. Nous avons commencé avec Parade (Héros), une Ds née avant-Guerre. Elle est la cinquième mère de Séducteur et la sixième mère de Galopin du Biolay, donc c’est vraiment une souche maison. À l’époque, nous utilisions uniquement les étalons des Haras nationaux qui étaient stationnés à Bourg-en-Bresse, non loin de chez nous. Gamin, j’emmenais les juments se faire saillir. Nous laissions leur poulain à la maison et les conduisions montées, en vélo ou derrière une voiture à cheval. La mère de Séducteur était assez imposante. À l’époque, nous avions beaucoup d’épaisses juments. C’est pour cela que nous avions utilisé Pontoux, qui ramenait du sang et était un bon père de mères. C’est d’ailleurs une propre sœur de Séducteur qui nous a donné Galopin. Séducteur était un magnifique poulain que nous avions hésité à garder entier. Cependant, il était assez petit à deux ans, alors que la mode était plutôt aux étalons assez costauds… Après sa castration, il a bien grandi. Il a gagné le concours des trois ans de Bourg-en-Bresse car il était magnifique et avait de superbes allures. À l’époque, c’est moi qui débourrais et montais nos chevaux. Nous l’avons alors vendu au colonel Méhu, qui gérait les achats du CSEM. Tenu en longe, le cheval a sauté une barre posée contre le pare-botte pour que le colonel évalue un peu son style, mais il a surtout été acheté pour son modèle. Par chance, Séducteur a été remarqué par Didier Willefert, qui a demandé à l’intégrer à son piquet. Nous, éleveurs, faisons naître des espoirs. Ensuite, ce sont les cavaliers qui en font des chevaux olympiques ou de Grands Prix. À l’époque, pour les chevaux concourant en complet, l’éleveur percevait chaque année 30 % des gains du cheval. Pendant les meilleures années de Séducteur, mon père touchait tous les ans à peu près le prix qu’il avait vendu le cheval. C’était loin d’être négligeable et c’est dommage que cet encouragement ait été supprimé. À soixante-seize ans, j’ai pris ma retraite, même si je continue à travailler tous les jours. Maintenant, c’est mon fils Bertrand qui gère l’élevage. Je donne encore mon avis sur le choix des étalons et je surveille les poulinières le matin. Quand on a grandi et vécu au milieu des animaux, on ne s’en sépare pas comme ça.“

GALOPIN DU BIOLAY, mâle né en 1994 chez Albert Moissonnier à Lent (01)

Origines : Butin d’Elle et Tanagra du Biolay par Pontoux, Ps et Jalousie du Biolay par Mersebourg. 

Galopin du Biolay a débuté en concours avec Bertrand Moissonnier, le fils de son naisseur. Le couple s’est classé jusqu’à 1,40 m, puis Galopin a effectué quelques parcours avec Laurent Guillet avant d’être vendu. Il a notamment remporté le Grand Prix du CSIO de Gijón avec le Suisse Pierre Kolly, puis s’est classé en Grands Prix CSI 5* et Coupes des nations sous la selle de l’Irlandaise Jessica Kürten, gagnant également le Grand Prix CSI 4* de Birmingham, sa plus belle victoire. “Je l’ai formé de quatre à sept ans. Ensuite, Laurent Guillet a disputé trois concours avec lui, sautant jusqu’à 1,50 m, puis il a été détecté par Hubert Bourdy, qui l’a ensuite commercialisé. Il est arrivé chez Moira Forbes, qui confiait alors ses chevaux à Jessica Kürten“, retrace Bertrand Moissonnier. “À la fin de sa carrière sportive, il est revenu à la maison en tant que retraité et reproducteur. Je suis l’un des rares éleveurs à l’avoir utilisé, car nous ne sommes pas étalonniers et n’avons pas fait beaucoup de promotion autour de lui. Je pense que sa faible production est très bonne. D’ailleurs, début octobre, Gorille Doral, l’un de ses fils de trois ans, vient de gagner la qualificative des mâles SF de Barbaste. Il avait été loué deux ans dans le Sud-Ouest, où il a donné ce poulain. Je pense qu’il est très améliorateur parce qu’il a des produits qui sautent 1,40 m issus de mères ayant concouru à 1,10 m ou 1,15 m. Je viens de vendre l’une de ses filles, âgée de huit ans, qui commençait à bien se comporter. J’en ai une qui a déjà sauté 1,45 m, un autre de sept ans qui évolue à 1,40 m et d’autres encore bien indicés comme Alpina du Biolay (ISO 139) ou Delirium de Bordenave (ICC 135), sans oublier ceux qui se montrent compétitifs avec des amateurs. Nous avons trois ou quatre souches différentes à la maison, mais celle de Séducteur et Galopin nous a vraiment permis de produire des chevaux sortant un peu de l’ordinaire. Nous avons aussi fait naître Nelson du Biolay (ISO 162, SF, Dollar de la Lande x Birdy du Gisors), avec lequel Maëlle Martin a été sacrée championne d’Europe Jeunes Cavaliers par équipes et médaillée de bronze individuelle en 2012. Nous faisons naître cinq poulains en moyenne par an. Nous sommes vraiment une famille de cheval. Ainsi, ma petite-cousine, Mégane Moissonnier, évolue actuellement en CSI 4*.“

SAURA DE FONDCOMBE, jument née en 2006 chez Philippe Prévost à Foissiat (01)

Origines : Balou du Rouet et Gazelle de Brekka par Paladin des Ifs et Ukraine de Brekka par Mazarin V. 

Saura de Fondcombe a effectué ses débuts en compétition à six ans sous la selle de Julien Gonin, qui l’a menée jusqu’en Grands Prix à 1,45 m. En fin d’année de huit ans, il l’a vendue à la Suissesse Nadja Peter-Steiner, qui l’a hissée jusqu’au plus haut niveau, intégrant l’équipe nationale. En 2017, le couple a obtenu une médaille de bronze par équipes aux championnats d’Europe Longines de Göteborg. Après un contrôle antidopage positif, vraisemblablement d’origine involontaire, Nadja Peter-Steiner a été suspendue et s’est un temps éloignée du sport. Alors confiée au Canadien Éric Lamaze, Saura a cumulé plusieurs classements et remporté une belle épreuve dans un CSI 5* à Calgary. À l’automne 2018, elle a retrouvé sa cavalière, avec laquelle elle s’est notamment classée dans les Grands Prix Coupe du monde Longines de Bâle et Amsterdam. Malheureusement blessée début 2019, l’alezane demeure convalescente. Naisseur déclaré de Saura de Fondcombe, Philippe Prévost ne s’en attribue pas vraiment la paternité. “Le concepteur de Saura est Pierre Le Boulanger, à qui j’ai acheté Gazelle de Brekka pleine de Balou du Rouet. Gazelle est d’ailleurs morte cet été. Saura a toujours été brillante. À peine était-elle née qu’on voulait déjà me l’acheter. J’aime prendre mon temps avec les chevaux. Comme elle a pouliné à quatre ans, elle n’a commencé à concourir qu’à six ans avec Julien. Nadja, qui était la compagne de Julien, a toujours aimé la jument. À huit ans, Saura s’est très bien comportée à Longines Equita Lyon, et Stephan Conter a essayé de l’acheter. Julien a alors appelé Nadja pour lui dire de ne pas tergiverser. Elle nous a fait une offre, un peu moins importante que celle de Stephex, mais nous savions que Saura poursuivrait dans une bonne maison, alors nous avons préféré la lui vendre. J’élève depuis 2001. Ma première jument a été Neige d’Orion (SF, Funchal de Semilly x Neptune d’Alary, AA), puis j’ai acheté Rafale d’Orion (ISO 132, SF, Calvaro x Galoubet A). Actuellement, j’élève surtout avec Quiria d’Orion (ISO 160, SF, Calvaro x Grand Veneur), qui a effectué une carrière internationale avec Julien Gonin, ainsi que les descendantes de Gazelle et Saura. J’essaie de me limiter à trois ou quatre naissances par an, après avoir poussé jusqu’à six ou sept il y a quelques années. On peut bien travailler en ayant peu de naissances, mais il faut être extrêmement exigeant sur la qualité des mères et des pères. J’aime aussi la jeune génétique, parce que c’est là qu’on trouve les pépites. C’est pourquoi je fais saillir mes femelles à deux ans. Pour les étalons, je veux vraiment utiliser ceux dont la qualité est démontrée, même si je m’autorise parfois quelques exceptions. Mes juments débutent le travail à quatre ans puis les concours à cinq ans. Quand on les fait pouliner à quatre ans, le Cycle classique des six ans est dur pour elles, sauf pour des exceptions comme Saura. Si la qualité de la jument se confirme à cinq et six ans, j’essaie de produire deux ou trois embryons. Ainsi, je peux vendre les juments si je reçois de belles offres, tout en conservant leur souche. Saura est le fleuron de mon élevage. Et quand je vois cette jument entrer sur le terrain d’Aix-la-Chapelle, tous mes soucis s’envolent !“

Aldrick Chéronnet et Tanael des Bonnes au CSIO 5* de La Baule en 2017.

© Scoopdyga



TANAEL DES BONNES, hongre né en 2007 chez Georges Pollet à Versailleux (01)

Origines : Watch Me van’t Zorgvliet et Pin Up des Bonnes par Don Pierre, AA et Katalina des Bonnes par Almé du Theil. 

Formé par Philippe Bernard, Tanael des Bonnes a été labellisé Très Bon à quatre et cinq ans à Fontainebleau. Après quelques parcours avec Laurent Guillet, il a été acheté par Guy Belooussoff et a bouclé son année de six ans avec la fille de celui-ci, Valentine, avant de passer sous la selle d’Aldrick Chéronnet. L’Occitan l’a alors monté jusqu’au plus haut niveau, se classant en Grands Prix Coupe du monde à Bordeaux, La Corogne, Helsinki ou encore Madrid, et remportant sa plus belle victoire dans le Grand Prix secondaire de l’étape de Göteborg. Depuis cet été, Tanael a été confié à Marie Demonte, dans le but d’être commercialisé. La cavalière de Nouvelle-Aquitaine a déjà obtenu avec lui quelques beaux classements, dont une quatrième place dans un Grand Prix CSI 4* de l’Hubside Jumping à Grimaud. Nina Brunard, petite-fille de Georges Pollet, décédé il y a quatre ans, revient sur l’histoire de l’élevage des Bonnes. “Mon grand-père était agriculteur dans l’Ain, où il produisait des céréales et du lait, comme son père. Comme lui, il a toujours eu un petit élevage de chevaux en parallèle avec une ou deux juments, trois maximum. Quand il a officiellement pris sa retraite, même s’il n’a jamais vraiment arrêté, il est passé à quatre ou cinq juments. Pour autant, il a toujours fait cela pour le plaisir. Avant Tanael, il avait déjà produit Kat Sous des Bonnes (ISO 144, SF, Quat’Sous et Gemini des Bonnes par Quartz du Vallon), qui avait été Excellent à quatre ans, Élite à cinq ans et troisième du championnat des étalons de sept ans. Après avoir été vendu, il n’avait pas pu confirmer tout son potentiel. Tanael est né l’une des années où l’élevage a eu le plus de naissances, avec cinq poulains. Mon grand-père avait mis Watch Me, qu’il aimait beaucoup, mais honnêtement, nous ne croyions pas trop en Tanael, car sa mère était très cagneuse et que d’autres poulains de la même génération nous semblaient meilleurs. Quand mon grand-père est tombé malade, nous avons beaucoup réduit l’élevage. Pin Up a été vendue et a donné d’autres poulains, dont Cache Cache de Vacant (ICC 130, Véloce de Favi). Et lorsque mon grand-père est décédé, en août 2015, Tanael venait de sauter son premier Grand Prix à 1,50 m la semaine précédente. Notre grand regret est qu’il n’ait pas pu le voir briller au plus haut niveau. Son œuvre perdure un petit peu, mais de façon plus occasionnelle, avec Éric Jolivet, un ami de la famille qui était le filleul de mon grand-père. Il nous reste une jument, Tina du Grand Chemin (SF, Calvaro x Royal Feu), que mon grand-père avait achetée pleine de Numero Uno. Ce poulain est le dernier qu’il ait vu naître. Avant de décéder, il l’avait faite saillir par Watch Me, ce qui a donné un bon poulain aujourd’hui âgé de trois ans. Nous continuons donc avec cette jument, surtout pour des raisons affectives.“

MALOUBET DU TEMPLE, mâle né en 2000 chez Guy Martin à Saint-Martin-du-Mont (01)

Origines : Baloubet du Rouet et Elverdie du Temple par Ouragan de Baussy et Maverdi du Bear par Gaverdi, AAC. 

Maloubet du Temple a effectué ses deux premières saisons de formation avec Éric Séroude, participant à la finale nationale des quatre ans. Vendu en Suisse après quelques parcours à six ans avec Jérôme Ringot, autre cavalier de Guy Martin, il a évolué avec Pius Schwizer, Pierre Kolly, puis Paul Estermann, qui l’a monté jusqu’en Grands Prix CSI 5*. Depuis 2018, Maloubet est monté par la jeune Suissesse Sarah Schluchter, avec laquelle il a participé aux championnats d’Europe Juniors l’été dernier. “Maloubet est un petit-fils de Maverdi du Bear, une jument que montait Carlos Enrique López quand il travaillait chez moi. Ce n’était pas une grande jument, mais elle avait beaucoup de qualités. Carlos avait sauté de beaux Grands Prix avec elle, dont celui du CSIO de Rome, ainsi que les Jeux Panaméricains“, se souvient Guy Martin, figure incontournable de la filière en Auvergne-Rhône-Alpes. “Je n’élevais pas vraiment à cette époque, alors j’avais vendu Maverdi avec Elverdie du Temple à San Patrignano. Ensuite, j’ai racheté Elverdie, qui a un peu concouru en Jeunes Chevaux avant de se voir consacrée à l’élevage. Son premier poulain a été Maloubet. Elle m’a donné plusieurs autres bons chevaux, dont Qelverdie du Temple (ISO 154, SF, For Pleasure), qui réussit une belle carrière avec Florian Angot. Maloubet a été monté par Eric Séroude et Jérôme Ringot, deux cavaliers qui travaillaient chez moi, puis a été vendu en Suisse.“

VARIHOKA DU TEMPLE, mâle né en 2009 chez Guy Martin à Saint-Martin-du-Mont (01)

Origines : Luigi d’Amaury et Narihoka d’Halong par Kannan et Fyllis Marine par Laeken

Si Maloubet a accompli une belle carrière internationale, il n’a pas véritablement percé dans les plus gros Grands Prix. En revanche, cela pourrait être le cas pour Varihoka du Temple, également né chez Guy Martin. Ayant débuté à quatre ans avec Brice Brassart, qui l’a classé deuxième du championnat des cinq ans, Varihoka a été monté à six ans par Maxime Couderc et René Lopez. Exporté en Allemagne chez Paul Schockemöhle, il évolue depuis 2017 sous la selle de Patrick Stühlmeyer. Le couple a notamment remporté le Grand Prix CSI 3* de Zandhoven et s’est classé septième du Grand Prix puis quatrième de la Coupe des nations du CSIO 5* de Sopot en juin dernier. Guy Martin, qui va prendre sa retraite après avoir été cavalier, marchand et éleveur, croit beaucoup en Varihoka. “Fernand Blein, l’un de mes propriétaires suisses, avait racheté une bonne partie des chevaux de l’élevage d’Halong. C’est ainsi que j’ai eu chez moi l’exceptionnel Palloubet d’Halong (ISO 175, SF, Baloubet du Rouet x Muguet du Manoir) ainsi que Narihoka. Celle-ci m’a d’abord donné une pouliche de Toulon, Toulon Sauvage, devenue poulinière, puis je l’ai croisée avec mon étalon Luigi d’Amaury (ISO 165, SF, Quidam de Revel x Plein d’Espoir IV), ce qui a donné Varihoka. Celui-ci sortait vraiment du lot quand il était jeune. C’est pourquoi je l’ai préservé. À huit ans, il a été vendu à Paul Schockemöhle, chez qui il officie en tant qu’étalon. Il a une qualité de saut exceptionnelle et je pense vraiment qu’il peut gagner des épreuves au plus haut niveau. J’ai élevé par passion, débutant en amateur, puis j’ai eu jusqu’à vingt-cinq poulinières. J’ai élevé pendant une bonne vingtaine d’années. Actuellement, je suis en train de vendre mes derniers chevaux et je cesse définitivement mon activité d’ici la fin de l’année. Soixante-treize ans, c’est un bel âge pour arrêter.“

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX heroes n°115.

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