“Je ne vais pas monter un Grand Prix en licol éthologique demain, mais...“, Romain Potin

Après deux mois de confinement, qu'il n'a franchement pas si mal vécu, Romain Potin poursuit tranquillement la formation et le travail de ses chevaux. Champion de France Pro Élite en 2017 avec Tzigano Massuere, dont le reste de la carrière semble malheureusement fébrile, le sympathique Nordiste a notamment profité de cette accalmie pour s'essayer à l'équitation éthologique avec son formidable Impressario van de Heffinck.  



Romain Potin et Impressario van de Heffinck au CSIO 5* de La Baule en mai dernier.

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Comment allez-vous et comment avez-vous vécu votre confinement ? 

Honnêtement, tout va très bien de mon côté et j'ai plutôt bien vécu le confinement. J’ai la chance d'avoir des propriétaires géniaux, avec qui j'ai une excellente relation et qui ont continué à me faire confiance malgré cette période. Ils m'ont laissé l'intégralité des chevaux aux écuries, y compris les plus jeunes, qui sont âgés de quatre et cinq ans. Tout le monde est resté à la maison! Ces dernières semaines ont constitué une période compliquée car très intense. Je partage mon écurie avec un autre cavalier professionnel, donc nous avons dû nous organiser et réserver des créneaux horaires précis, tout en devant effectuer le travail habituel. Il est clair qu'il y a un manque à gagner, car le commerce de chevaux s'est arrêté, les cours et les stages que je donne régulièrement étaient évidemment annulés, et nous n'avions pas non plus les gains des concours.

À quoi ressembleront vos prochaines semaines ?

J’ai organisé un petit plan pour ces prochaines semaines. J’ai prévu d'aller un peu à droite à gauche pour aller sauter sur des pistes extérieures pendant deux ou trois jours d'affilée, histoire de retrouver un peu le modèle concours. Pour autant, ce sont des endroits sûrs, pas trop lointains et nous sommes en petit comité. Je tiens à respecter les règles d’hygiène et de sécurité car ce n’est vraiment pas quelque chose à prendre à la légère. Là, je rentre d’une semaine chez mon frère et mes parents, à l'écurie Le Courtil. Ce n'était pas un concours mais c’est important de continuer à bouger les chevaux, surtout les jeunes car ils doivent prendre de l’expérience. Les plus âgés doivent eux être remis en route et maintenir leur état de forme. Pour ces derniers, ce sera une année blanche. J’ai du mal à croire que nous puissions retourner en concours avant septembre, et je ne me vois pas reprendre en septembre et pour arrêter quelques semaines plus tard avec la pause hivernale, qui sera sûrement un peu raccourcie cette année.

Sur vos réseaux sociaux, vous avez montré des séances d'éthologie avec différents chevaux, ce qui est plutôt drôle car vous avez été à la tête d'une entreprise de vente de mors, Mors & More. D'où est venue cette idée ?

C'est vrai que c'est assez marrant, d'autant que je suis vraiment passionné par les mors avec mon père. Dans l'entreprise, nous avions plus de 150 références de mors différents! J'ai essayé de monter en licol éthologique pour plusieurs raisons. C’est une découverte et mon épouse y est pour quelque chose puisqu'elle fait beaucoup de dressage et qu'elle a commencé à pratiquer cette “discipline“ petit à petit, faire des stages, etc. J'avais la curiosité de voir ce qu'il en était. Aussi, je voulais casser un peu la routine, ce qui a été le plus dur pour beaucoup pendant ce confinement. Franchement, j'ai beaucoup aimé car je dois dire que j'ai retrouvé certaines sensations. J'ai d'abord commencé avec Impressario van de Heffinck (son cheval de tête, ndlr) car il n’y a pas plus gentil donc je savais que je ne prenais pas le moindre risque. Finalement, je l'ai monté en licol éthologique pendant six semaines sans toucher au moindre mors! Cela lui convient pas mal. À l'inverse, je l'ai essayé sur Une Folie de l'Oz, ma jeune jument de sept ans en qui je crois beaucoup. Je l'ai montée pendant deux semaines en licol éthologique. Au début, cela lui a permis d'avoir un bon changement au niveau de sa locomotion car elle n'a pas le meilleur galop naturel et de s'étendre davantage. Le licol éthologique permet une meilleure extension car les chevaux vont chercher vers le bas. Mais au fil des jours, la jument commençait à tomber un peu sur les épaules, donc nous sommes repassés au filet. En bref, le licol éthologique ne convient pas à tous et cela dépend des chevaux. 



Champion de France Pro Élite en 2017, Tzigano Massuere souffre d'une blessure et devra rester convalescent pour quelque temps.

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Allez-vous vous en inspirer à l'avenir ? 

J'utiliserai le licol éthologique comme un outil de travail ponctuel. Je ne vais pas monter un Grand Prix en licol éthologique demain, car je pense qu'on ne peut pas remplacer le filet dans une discipline comme la nôtre. Le licol éthologique est un bon outil mais il a une vitesse d'exécution plus longue. Par contre, pour le plaisir ou m'amuser un peu, je ne dis pas que je ne ferai jamais de parcours en concours en licol! Par contre, les trois quarts de mes chevaux partent en trotting en licol éthologique.

 Comment se porte Tzigano Massuere, avec qui vous avez été sacré champion de France Pro Élite en 2017, qui n'était pas ressorti en compétition depuis l'été dernier ? 

Nous avons fait castrer Tzigano en fin d'année 2017 après son titre de champion de France. Tout ça a été très compliqué car il y a eu des complications après son opération. Il est revenu en forme courant 2019, et a même été deuxième d'une épreuve à 1,45m au CSI 2* de Mantes-la-Jolie. Mais lors d'un concours au Mans, il a contracté une blessure. Rebelote cette année puisqu'il était censé revenir à Vilamoura, mais trois semaines avant de partir, il s'est mis un coup dans le box et doit être arrêté... Nous ne pouvons rien prévoir à l'heure actuelle, mais s’il parvient à revenir en forme, ça sera du bonus… Malheureusement, il a vraiment manqué de chance et ces accidents arrivent dans la carrière d'un cavalier. Il y aura toujours des mauvaises langues qui diront que je ne l’ai pas géré comme il faut, mais ses blessures ne sont en aucun cas des blessures “d'usure“ comme des tendinites par exemple, mais des blessures ponctuelles causées par des accidents comme des coups au box. C'est malheureux et dommage vu le talent du cheval, mais il arrive parfois que le physique ne suive pas dans une carrière d'athlète...

De manière générale, cette crise a-t-elle engendré des changements chez vous dans votre vie personnelle ? 

Honnêtement, pas vraiment. Confinement ou pas, j'ai toujours été très proche de ma famille par exemple. Mon épouse et mes deux enfants sont une grande partie de ma vie, les chevaux en sont la seconde. Malgré mon travail, j'ai toujours réussi à passer du temps avec ma famille et à être présent pour eux, donc cela n'a pas tant changé.