Arthur Le Vot, un talent pur beurre salé

À seulement vingt-trois ans, Arthur Le Vot a déjà effectué une prometteuse ascension. Compétiteur avéré en saut d’obstacles comptant déjà presque cent pages de résultats sur le site de la Fédération française d’équitation, le Breton forme ses jeunes chevaux dans l’espoir d’atteindre un jour le haut niveau. Retour sur sa jeune et belle carrière.



Dans la famille Le Vot (prononcez Le Vote), la passion du cheval coule de source. En 1968, Joseph Le Vot fonde La Petite Hublais, premier centre équestre de la région rennaise, à Betton, à dix kilomètres au nord de la capitale bretonne. Un an plus tard naît Betton Jump, structure organisant deux à trois concours par an, en avril, juin et juillet. Les trois fils de Joseph Le Vot, Laurent, Olivier et Simon, suivent ses traces. Laurent, l’aîné, est installé à Betton, sur le site de La Thiaunais. Compétiteur passionné et international tricolore, notamment avec l’inoubliable Élan de la Cour (SF, Vas y donc Longane x Jalisco B), Laurent a deux fils : Steven, jockey de courses d’obstacles, et Yoann, gérant d’une écurie de compétition et qui fut un temps le cavalier du crack poney Dexter Leam Pondi (Co, Leam Finnigan x Marble) ainsi que d’Élan lors de CSIO et des championnats d’Europe Jeunes Cavaliers de 2004. Si Simon a repris le centre équestre familial, Olivier et sa femme Marie-Pierre ont choisi de créer leur propre structure en 1994. “Le maire de CessonSévigné (à sept kilomètres à l’est de Rennes, ndlr) souhaitait voir s’implanter une structure équestre. La mairie a financé le centre, puis nous l’a vendu quelques années plus tard“, précise Marie-Pierre. Le couple donne naissance à Arthur le 10 avril 1997. Modèle photo durant ses jeunes années, le représentant de la troisième génération équestre de la famille Le Vot a néanmoins choisi de faire carrière dans le monde du cheval. 

Arthur est mis en selle dès deux ans. Attiré par le saut d’obstacles et la compétition comme l’ont été jadis ses deux parents, le jeune garçon débute les compétitions Club directement à cheval vers l’âge de huit ans. “Élégante Bodinaise (OC, Leam Finnigan x Dompierre, TF) fut ma première jument de concours“, raconte Arthur. “À l’origine, mon père l’avait fait acheter à Alain et Bénédicte Bourdon (éleveurs d’Ille-et-Vilaine connus sous l’affixe du Tertre, ndlr) pour leurs enfants Tiphaine et Mathieu. Nous avons loué la jument de ses onze à treize ans afin que je puisse commencer les concours Amateurs. Quelques années plus tard, j’ai rencontré Irma La Jousse (SF, Hurlevent x Leprince de Thurin), qui appartenait à un propriétaire et m’a permis d’effectuer mes premiers championnats de France en catégorie Poussins à Fontainebleau en 2008.“

En 2009, Arthur se met à cheval sur Mille Diamants (SF, Diamant de Semilly x Grand d’Escla), dit Milou, qu’il partage avec sa mère. “Il appartenait à la famille Coquillard (originaire d’Ille-et-Vilaine, Hildegard Coquillard a d’ailleurs concouru en Pro 1 et Pro 2 avec Or Blanc, le propre frère de Mille Diamants, ndlr), poursuit le jeune homme. “Nous l’avons acheté lorsqu’il avait neuf ans. Je le considère comme mon premier vrai cheval de concours. Grâce à lui, j’ai pu sauter mes premières épreuves à 1,40 m“, poursuit Arthur. En juillet 2010, le duo se classe neuvième du championnat de France Minimes au Grand Parquet de Fontainebleau, avant de conquérir le titre l’année suivante. Dans la foulée débarque la sanguine Pop Star des Bois (SF, Quick Star x Jongleur), montée un temps par Marc Dilasser. “Elle m’a permis de prendre de l’expérience jusqu’à 1,45 m. Je l’ai montée de ses quatorze à dix-huit ans.“ Talentueuse mais délicate pour le jeune cavalier, Pop Star, hélas disparue cette année, a donné trois poulains à la famille Le Vot : Grâce de Sévigné (SF, Giovani de la Pomme) en 2016, Igypop de Sévigné (SF, Lamm de Fétan) en 2018 et Jumpop de Cesson (SF, Cristal de B’Néville) en 2019.



LE TEMPS DES FORMATIONS

“J’ai toujours voulu travailler dans ce milieu“, assure Arthur, déterminé. “Si ma mère voulait que je poursuive mes études, mon père était plutôt pressé de me voir m’établir à l’écurie ! Dans tous les cas, mes parents m’ont toujours soutenu et donnent encore aujourd’hui le meilleur d’eux-mêmes pour que je puisse atteindre mes objectifs.“ À quinze ans, Arthur effectue un stage d’un an chez son oncle Laurent, puis dans les écuries de Bruno Rocuet, formateur reconnu de chevaux et cavaliers, de seize à dix-sept ans, à Saint-Hélen dans les Côtes-d’Armor. “À dixhuit ans, je suis parti pendant deux mois à Wellington, chez Nicolas Paillot (le fils de Christian et frère d’Alexandra, ndlr). Le système de formation est assez différent là-bas ; par exemple, il y a peu de chevaux à monter par jour et les clients cherchent majoritairement des chevaux très bien dressés et prêts à concourir immédiatement. Il y a beaucoup de Français en Floride et cela permet de se créer rapidement un carnet d’adresses. C’était très enrichissant.“ 

La même année, il décroche son diplôme d’État de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (DEJEPS) mention saut d’obstacles, lequel lui permet d’encadrer et d’enseigner à des particuliers. Dans la foulée, Arthur et ses deux chevaux de sept et quatre ans, Vinchester (SF, Huppydam des Horts x Iris de Celland, né d’ailleurs chez Bruno Rocuet) et Béguin de B’Néville (SF, Lamm de Fétan x Quick Star), s’installent trois mois en Belgique chez le champion du monde Philippe Le Jeune et son épouse Lucia Vizzini. “Outre son superbe palmarès, Philippe est un grand homme de cheval. J’ai eu la chance de pouvoir apprendre à ses côtés, tant sur la gestion des chevaux que celle des écuries.“ 

Afin de parfaire sa formation, en 2016, Arthur contacte Nicolas Delmotte, membre régulier de l’équipe de France connu pour ses qualités de cavalier et de formateur. “Nicolas a une équitation très moderne, et c’est un véritable exemple pour Arthur“, commente le père de ce dernier. “Arthur aime ses chevaux et a un bon feeling avec eux, cela se sent“, souligne le Nordiste. “Il a trouvé un bon système avec sa famille et parvient à dénicher et former de bons jeunes chevaux. Cela fait quatre ans qu’il s’installe chaque hiver dans mes écuries pendant un mois. Il vient avec ses propres montures et travaille parfois avec mes jeunes pour le testage. Il manque encore d’expérience mais cela viendra petit à petit. Comme Arthur a besoin d’un suivi et que je n’ai pas toujours assez de temps à lui consacrer, je lui ai proposé de travailler avec mon coach depuis presque vingt ans, Bertrand de Bellabre.“

Ancien entraîneur des équipes de France Juniors et Jeunes Cavaliers, Bertrand de Bellabre est aussi le coach de cavaliers de haut niveau comme Julien Épaillard. “Arthur est un cavalier de talent, qui fait preuve d’une bonne écoute“, décrit l’entraîneur. “Il manque encore un peu de constance dans sa motivation au travail, mais il a franchi un cap depuis la fin de l’année dernière. Il est important d’être régulier dans ses efforts et de ne pas lâcher de lest. Arthur est encore jeune. Il prendra de l’expérience et de la maturité au fil des années. Il a de la chance car ses parents l’encadrent et l’aident beaucoup, et son père l’accompagne très souvent sur les terrains de concours. Cette structure familiale a des avantages et des inconvénients, comme dans tout foyer issu du monde équestre. Son système de formation de jeunes chevaux me semble au point. On peut d’ailleurs saluer son travail avec Vinchester, qu’il a amené à un très bon niveau et avec lequel il a formé un couple performant avant que le cheval soit vendu.“



L’ÉPOPÉE VINCHESTER

En 2011, la famille Le Vot se lance dans la valorisation de jeunes chevaux. "En décembre 2013, Arthur a d’abord récupéré Unique d’Elbe (sBs, President x Quabri de Laleu)“, narre Olivier. “Ce cheval était compliqué et le couple se formait difficilement, donc nous l’avons confié à mon frère Laurent en septembre 2015 (avant qu’il ne passe sous la selle de Maëlle Martin, ndlr).“ Quelques mois plus tard, Olivier tombe sur des vidéos d’un cheval de cinq ans nommé Vinchester, pour lequel il ressent un coup de cœur immédiat. “Je connaissais bien sa mère, Olympia d’Oréal (SF, Iris de Celland), née chez Bruno Rocuet, qui avait effectué une très belle saison à cinq ans“, se souvient l’intéressé. Formé par Gauthier Masson, Vinchester est acquis par la famille Le Vot et poursuit son parcours sur le Cycle classique avec le jeune Arthur, participant à la finale des six ans à Fontainebleau, dont il termine neuvième après avoir gagné la Chasse. Deux ans plus tard, après une belle progression, le couple prend la quatrième place du championnat de France Pro 1. “C’est à ce moment-là que Vinchester a franchi un cap“, raconte Arthur. “Juste après cette performance, nous avons été contactés pour participer aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers à Šamorín, en Slovaquie. Le cheval n’ayant que huit ans, nous avons préféré décliner pour pouvoir préparer sereinement l’édition suivante. Nous avons eu de très bons résultats, dont des victoires dans deux épreuves réservées aux moins de vingt-cinq ans lors des CSI de Valence et Lausanne.“

L’année 2018 commence par une victoire dans un Grand Prix Pro 1 à 1,40m à Royan, mi-mars, puis deux triomphes au CSIO Jeunes Cavaliers de Fontainebleau, dont le Grand Prix à 1,45m, organisé lors du Spring Break de GRANDPRIX CLASSIC, début mai. “J’avais depuis quelque temps un œil sur le très beau couple qu’Arthur formait avec Vinchester“, explique Thierry Pomel, à l’époque sélectionneur national des Jeunes Cavaliers. “Leur victoire dans ce difficile Grand Prix m’a décidé à les sélectionner pour les championnats d’Europe. La façon dont Arthur l’a gagné et la complicité dont il faisait preuve avec Vinchester m’ont énormément plu. C’est un garçon très sérieux, confiant et bien entouré. De plus, il avait extrêmement bien formé le cheval, dont on devinait le grand potentiel.“ Au terme de ces Européens Jeunes Longines de Fontainebleau, organisés par GRANDPRIX Events, le couple finit septième en individuel et par équipes. 

“Après ces championnats, nous avons vendu Vinchester à Jan Tops pour son épouse Edwina Tops-Alexander. D’ailleurs, ils ont remporté le Grand Prix Coupe du monde Longines de La Corogne et fini cinquièmes à Londres. Malheureusement, je n’ai plus de nouvelles du cheval (ses dernières sorties remontent à janvier 2019, ndlr)…“ Cette transaction pour l’une des plus grandes écuries du monde booste la visibilité d’Arthur et lui permet de récupérer plusieurs chevaux à valoriser. “Le commerce reste primordial pour faire vivre une écurie“, justifie Olivier Le Vot. “Nous avons également vendu Aramis de B’Néville (SF, Norton d’Éole x Livarot), l’autre cheval de tête d’Arthur, au Canada.“ 

LES SELLE FRANÇAIS, PARTENAIRES DE CHOIX 

Si ce n’est exclusivement, Arthur monte en majorité des Selle Français. Aussi, depuis 2015, il collabore étroitement avec JeanBaptiste Thiébot, fondateur de l’élevage de B’Néville, à Benoîtville, dans la Manche. “J’ai été mis en contact avec Jean-Baptiste grâce à l’un de nos fidèles propriétaires, Jacky Misteli (également juge du stud-book, installé non loin de Saint-Lô et élevant sous l’affixe de la Cense, ndlr). Nous sommes allés essayer une vingtaine de chevaux chez lui. Grâce à ses montures, j’ai pu me constituer un bon piquet de chevaux et m’installer au sein des écuries de mes parents. J’y ai actuellement onze chevaux de B’Néville.“ Arthur peut également compter sur l’élevage de Kergane, à Saint-Brieuc-de-Mauron dans le Morbihan. “Les éleveurs sont la base de notre métier“, souligne Arthur à juste titre. “Pas d’élevage, pas de chevaux, pas de concours !“

2020, UNE ANNÉE PERTURBÉE PAR L’ÉPIDÉMIE DE COVID-19 

“Cette année, j’avais pour objectif de me qualifier pour le championnat de France Pro Élite, qui devait se tenir en avril à Marnes-la-Coquette, et de participer aux championnats du monde des Jeunes Chevaux à Lanaken“, dit le jeune homme, alors en plein confinement dans les écuries familiales. “Nos chevaux ont heureusement accès à des prés et sont entretenus tous les jours grâce à ma famille et à notre monitrice. La situation est exceptionnelle et nous avons tous été sous le choc lorsque nous avons appris qu’un confinement allait être décrété face à la gravité de l’épidémie.“ De fait, il est désormais compliqué d’établir des plans. “À l’avenir, je sais que je vais pouvoir m’appuyer sur Aurane de Baugy (SF, Mylord Carthago x Papillon Rouge, dont la vente aux Émirats arabes unis a été annulée en raison de la crise sanitaire, ndlr) et surtout sur Bacardi de B’Néville (SF, Sisley de la Tour Vidal x Talent Platière), un cheval de neuf ans dans lequel je fonde beaucoup d’espoirs. J’ai deux objectifs : continuer à commercialiser des chevaux, et pouvoir en garder certains pour atteindre l’équipe de France et le haut niveau. J’ai la chance d’avoir toutes les cartes en main… et je compte bien tout faire pour y arriver !“, conclut Arthur.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX n°116 du mois de mai.

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