Cher Époux, une histoire de famille

Après avoir réalisé un doublé historique en remportant le championnat de France des étalons Selle Français à deux puis trois ans, en 2014 et 2015, Cher Époux poursuit une prometteuse carrière en concours complet. Ce Selle Français Originel présente la particularité d’être issu d’un Pur-sang de courses d’obstacles associé à une très bonne souche maternelle.



En 2014, Cher Époux avait fait sensation en triomphant dans le championnat de France des étalons de deux ans à Saint-Lô, avant de récidiver l’année suivante chez les trois ans. Signant le doublé historique de remporter ces deux championnats du Studbook Selle Français, le jeune médaillé détonne, provenant d’une région peu réputée pour fournir des champions SF, et d’un élevage peu connu dans le milieu. Si Cher Époux n’a pas forcément été le plus démonstratif, il a en revanche été extrêmement régulier dans tous les ateliers, ce qui lui a valu le premier prix. « Cher Époux est un cheval souple, avec une bonne galopade, des allures qui sortent de l’ordinaire et un bon coup de saut. Je pense qu’il pourra apporter de la diversité génétique », avait déclaré JeanLouis Lenoury, le président des juges. Si la victoire de Cher Époux avait beaucoup fait parler à l’époque, c’est également parce qu’il est issu d’un père Pur-sang. Ce qui était assez fréquent jusque dans les années 1990 est devenu de plus en plus rare, et Cher Époux est actuellement le seul étalon agréé Selle Français né après 2000 à présenter cette particularité ! 

FRÈRE DES CRACKS RUBI BALL ET SPRINTER SACRÉ 

Pur-sang allemand acquis par les Haras nationaux en 2002, son père, Network (Ps, Monsun x Reliance), est le père de nombreux gagnants en courses d’obstacles, donnant notamment en Grande-Bretagne Rubi Light (SF, d’une mère par Lights Out), Saint Are (AQPS, d’une mère par Vidéo Rock), Adriana des Mottes (Ps, d’une mère par Abdonski), Le Richebourg (Ps, d’une mère par Phantom Breeze), et surtout Sprinter Sacré (AQPS, d’une mère par Bayolidaan), double lauréat du prestigieux Groupe 1 Queen Mother Champion Chase. En France, Network a aussi livré des gagnants en Groupe 1 comme Crystal Beach (AQPS, d’une mère par Royal Charter), Net Lovely (Ps, d’une mère par Mansonnien), Quart Monde (SF, d’une mère par Quart de Vin), Voiladenuo (AQPS, d’une mère par Maresca Sorrento) et le champion Rubi de Chadzeau (SF, d’une mère par Lute Antique), lauréat du Prix Ferdinand Dufaure et deux fois vainqueur de la Haye Jousselin. Dans la production de Network, on trouve également des performers en concours complet tels qu’Hérétique (ICC 126, AA, d’une mère par Dan Music), Phelouck (ICC 128, SF, d’une mère par Orbey du Madon), Westwork Rouge (ICC 134, Ps, d’une mère par Lute Antique) ou Vertcoquin (ICC 139, AAC, d’une mère par Roi de Rome). 

La Selle Français Épouse du Taillan, la mère de Cher Époux, est une fille de Qyou de Longvaut (SF, d’une mère par Kalmiste), lui-même issu de I Love You (SF, Almé x Nykio), vainqueur de la finale de la Coupe du monde en 1983 avec l’Américain Norman Dello Joio, et d’une mère descendante du recherché Rantzau (Ps, Foxlight x Cavalière d’Arpino). Étalon privé, Qyou de Longvaut a une production assez faible, avec quelques chevaux bien indicés comme Boreal de la Maine (ISO 141, SF, d’une mère par Leprince de Thurin), Foulyou (ISO 144, SF, d’une mère par Crin Noir II), Féérie du Taillan (la propre sœur d’Épouse du Taillan, ISO 149) ou Amour d’Avril III (ISO 153, SF, d’une mère par Gaur, Ps). Épouse du Taillan a elle aussi une belle production avec plusieurs bons gagnants en CSO et CCE, comme Masai des Bleuets (ICC 120, SF, Fidelio du Donjon), Riccio des Bleuets (ISO 144, SF, Calvaro), Too Much des Bleuets (ISO 128, SF, Cartier vd Heffinck), ou Viv la Mariée (ICC 139, SF, Sabrehill, Ps). Le pedigree d’Épouse du Taillan est très éclectique puisqu’on y retrouve aussi le chef de race Anglo-Arabe Nithard (Kesbeth x Lotus VIII) et le Trotteur français Gai Printemps (Kairos x Hope III). Cette famille maternelle a donné de nombreux gagnants dans les trois disciplines olympiques. Citons Caylus (IDR 159, AA, Keshardit x Noveldo), Diorella du Marais (ISO 153, SF, Soir d’Avril V x Campoamor), Prince du Taillan (ICC 149, SF, Vulcain du Pic x Écusson), Sir du Taillan (IDR 148, SF, Lucky Boy II x Nithard), Pivoine du Taillan (ISO 162, SF, Unicol’Or x Nithard), ou encore Moka de Mescam (ISO 174, SF, Melkior du Montois x Quouglof Rouge).

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CHER ÉPOUX, PREMIER ÉTALON DE L’ÉLEVAGE

Cher Époux est né chez Sylvie et Yves Bouchanville, gérants d’un élevage de chevaux de sport et d’AQPS de course à Saint-Ouensur-Loire, dans la Nièvre. “Des clients nous avaient confié Épouse du Taillan, qui avait déjà deux produits voués au CSO : Ricci des Bleuets et Too Much des Bleuets, qui évoluaient sur des parcours à 1,45m“, raconte Yves Bouchanville. “Ses propriétaires ne voulaient plus la faire pouliner, et mon épouse a fait une offre car elle l’aimait bien. Moi, elle ne m’attirait pas plus que ça car elle avait un look de Shetland ! Quinze jours après l’achat, nous l’avons présentée à un concours de poulinières à Cluny. Elle était très présente et trottait dix centimètres au-dessus du sol. Elle a donné cette attitude à tous ses poulains. Nous cherchions des Pur-sang qui donnent des chevaux solides, avec une bonne locomotion, de la tenue dans le galop, un équilibre qui ne se détériore pas et qui ont une bonne technique. Baloo du Camp est le premier que nous avons utilisé, mais cela n’a pas été un choix très judicieux. Ensuite, nous n’avons choisi que des Pur-sang qui avaient déjà fait leurs preuves. Au départ, l’optique n’était pas de produire uniquement des chevaux de complet avec cette lignée, et nous avons d’ailleurs eu des demandes pour des produits de CSO.“

Après Viv La Mariée, troisième du CCI 4*- S du Pouget en 2019 avec Marie Bouchanville, Épouse du Taillan reste vide pendant trois saisons avant de donner Cher Époux. Pour la première fois, les Bouchanville décident de laisser ce poulain entier. “Au concours de foals, Cher Époux a été repéré par pas mal de monde, ce qui nous a poussés à le regarder différemment et à ne pas le castrer“, avoue Yves Bouchanville. “Il a une capacité à ne jamais être dépassé, ni par son énergie, ni par sa réactivité. À deux ans, il a gagné la qualificative à Cluny, puis le championnat des étalons deux années d’affilée, ce qui nous a beaucoup étonnés. Après ces victoires, beaucoup d’étalonniers ont voulu le récupérer pour leur catalogue, mais nous voulions vraiment qu’il ait une belle carrière sportive. Nous recevons encore des propositions, mais nous ne sommes pas vendeurs.“

DEUX PARTICIPATIONS MANQUÉES AU MONDIAL DU LION 

Les chevaux étant une affaire de famille chez les Bouchanville, c’est Marie, la fille aînée, qui forme Cher Époux. “Mon père l’a débourré, puis je l’ai récupéré à quatre ans“, narre-t-elle. “C’était un poulain très facile, qui comprenait tout très vite, avait une bonne bouche et un excellent équilibre. Franchement, je n’avais pas grand-chose à faire, et je sentais bien qu’il avait un petit truc en plus. Il était toujours plus vif en concours, alors qu’il pouvait être un peu froid à la maison. Il était intelligent, et très concentré pour un entier !“ À quatre et cinq ans, Cher Époux finit septième du championnat de France de concours complet à Pompadour, puis troisième du Critérium et quatrième du championnat des six ans, se qualifiant ainsi pour le Mondial du Lion, auquel il ne pourra malheureusement pas participer. “Il aurait pu y réaliser une bonne performance, mais le sort en a décidé autrement“, assure Marie.

“Quelques jours avant l’échéance, il a souffert d’une pleuropneumonie et avait plus de 40°C de fièvre… Quand nous l’avons emmené à la clinique, il avait même déjà un peu d’eau dans les poumons, donc cet épisode l’a quand même vraiment secoué. Sur le coup, cela a été un peu dur à accepter, mais nous avons vite relativisé car cela aurait pu être bien plus grave. L’année suivante, il a de nouveau effectué une très bonne saison et aurait pu se qualifier pour le Mondial des sept ans grâce à un bon résultat à la finale nationale, mais cette dernière a été interrompue à cause du terrible décès de Thaïs Méheust, qui m’a d’ailleurs beaucoup secouée car c’était une copine. Nous avions prévu de nous rattraper cette année, mais cela risque d’être un peu compromis aussi…“ Quoi qu’il en soit, Marie fonde beaucoup d’espoir en Cher Époux. “Je pense qu’il est peut-être trop respectueux pour courir des cross comme ceux de Badminton et Burghley. En revanche, j’espère qu’il sera un super cheval de Coupes des nations et de championnats. En CCI 4*, il peut être régulier. Je ne veux pas aller trop vite avec lui. Nous n’allons pas le vendre, donc je veux prendre le temps de bien le former pour qu’il arrive à haut niveau en confiance.“



DES POULAINS À SON IMAGE

Les quatre premiers produits de Cher Époux sont nés en 2016. L’année suivante a été plus prolifique avec vingt-deux poulains enregistrés au SIRE. “Nous l’avons utilisé de façon éclectique, sur de très bonnes juments de CSO comme de complet ou des AQPS, et les résultats sont bons“, se réjouit Yves Bouchanville. “Il n’enlève pas d’os et de taille, et apporte du chic, de belles allures et de la réactivité. Ses poulains ont une locomotion et une façon de se servir de leur dos au-dessus du lot, en plus d’être vifs et d’aimer le contact avec l’homme. Il apporte à coup sûr une qualité de tissus et un très bon galop. Je le conseille à des gens qui voudraient remettre du sang sans perdre la qualité de saut. Je ne pense pas qu’il ramène beaucoup de force, mais il devrait donner des chevaux faciles à monter pour des pros ou des amateurs.“ Marie a eu la chance de monter quelques-uns de ses produits. “Nous en avons deux à la maison ; un a été croisé avec une mère issue d’un Pur-sang, et l’autre avec une ponette qui avait fait les championnats d’Europe en concours complet. Comme Cher Époux, ce dernier se déplace très bien, est intelligent, a une très bonne bouche et se montre très rangé à l’obstacle avec un bon passage de dos. Il serait parfait pour un Junior ! L’autre est très grand et ressemble énormément à Cher Époux.“

Cet article est paru dans le dernier numéro du magazine GRANDPRIX à retrouver en kiosques.

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