Quarterback, galop, présence et caractère

Avant même Totilas, Quaterback a été l’un des premiers étalons à faire le “buzz“ sur la toile. En 2006, le monde a alors découvert un jeune prodige à la locomotion tout à fait spectaculaire pour l’époque. À dix-sept ans, l’alezan pointe à la cinquième place du classement des meilleurs pères de gagnants internationaux de dressage. Retour sur la carrière et la production d’un DSP de caractère...



© Peter van den Builk

Nous sommes le 14 mai 2003 à Neustadt, à quelques encablures de l’Elbe et au bord du parc naturel de Westhavelland, à quatre-vingt-dix kilomètres au nord-ouest de Berlin. Le Haras national allemand de Brandebourg voit naître un petit alezan qui aura bientôt tout d’un grand, Quaterback, produit de l’étalon Quaterman I et de la jument Passionata. Né au même endroit quatre ans plus tôt, Quaterman I avait obtenu le titre de champion de réserve lors de son approbation au stud-book d’Allemagne méridionale, l’ancêtre du DSP, en 2001. Après avoir participé aux championnats d’Allemagne des Jeunes Chevaux en 2003 et 2005, il concourt en dressage jusqu’au niveau Grand Prix avec Jörg Ladwig. Quaterman I est lui aussi issu de Quando-Quando, un étalon qui s’était illustré jusqu’au sommet de sa discipline. Labellisé Élite alors qu’il n’est encore que foal, top price de la vente de Verden à l’été 1995, l’Oldenbourgeois a participé aux championnats d’Allemagne des Jeunes Chevaux avec Falk Rosenbauer. Un temps sous la selle de Karin Rehbein, bien connue pour sa carrière avec la star Donnerhall I, il s’est aussi classé à la cinquième place du Mondial des six ans, avant de participer aux Jeux équestres mondiaux d’Aix-la-Chapelle, en 2006, puis aux Jeux olympiques de 2008, à Hong Kong avec l’Australienne Kristy Oatley. 

Chez Quaterback, on trouve aussi du sang français puisque son arrière-grandpère n’est autre que Quattro B (SF, Qredo de Paulstra x Pandore du Thot), né sous le nom de Ciel d’Espoir et sacré champion de réserve de l’approbation de l’Oldenbourg en 1994. Produit des croisements de chefs de race tels qu’Almé, le Pur-sang Furioso et Uriel, cet étalon, comptant également des ascendants Trotteur, a laissé derrière lui des cracks ayant brillé dans les trois disciplines olympiques : Exquis Oliver Q (KWPN, mère par Maykel), classé en Coupe du monde de saut d’obstacles avec le Néerlandais Harrie Smolders, Quite Easy (Westph, mère par Akitos, Ps), champion du monde des six ans en concours complet avec l’Allemand Franck Ostholt en 2007, et en dressage, Quantum Tyme (Old, mère par Argentinus), double finaliste de la Coupe du monde en 2005 et 2007 et sélectionné pour les JEM d’Aix avec la Canadienne Evi Strasser, Quantico (Old, Quattro B x World Cup I), présenté par l’Allemande Heike Kemmer puis monté jusqu’au niveau Grand Prix par l’Autrichienne Timma Zach, Qui Vincit Dynamis (Old, mère par Calypso II), dixième de la finale de la Coupe du monde en 2015 de Las Vegas avec l’Allemande Fabienne Lütkemeier. 

Passionata, la mère de Quaterback, présente elle aussi une génétique tout à fait remarquable. Elle est en effet la demi-sœur utérine de Poetin (Berl-Band, Sandro Hit x Brentano II), championne du monde des cinq et six ans avec l’Allemande Katrin Meyer zu Strohen avant d’être vendue 2,5 millions d’euros aux ventes PSI, puis acquise par le haras de Hus et disparue des suites d’une fourbure contractée durant son trajet l’acheminant des Pays-Bas vers la France. Passionata est donc aussi la demisœur utérine des clones de celle-ci, Poetin Z CL 1, la mère de Dorian Grey de Hus (SF, Don Juan de Hus), et Poetin Z CL 2 ainsi que des étalons approuvés Samba Hit I, II, III, IV et V (DSP, Sandro Hit). Brandenburger (Old, Beach Boy x Wendekreis), le père de Passionata, qui a concouru en saut d’obstacles, a pour grand-père paternel le Selle Français Zeus (ex-Gordios, Arlequin, AA x Matador, AA).



LA REPRODUCTION D’ABORD

© Stefan Lafrentz

Présenté à deux ans à l’approbation du studbook d’Allemagne méridionale, Quaterback est proclamé vice-champion. À trois ans, il remporte le championnat d’Allemagne avec des notes de 9,5 au trot, au modèle et à l’impression générale, et seulement 7,5 au pas. Les cavalières qui l’essaient pour l’occasion, Johanna von Fircks et Carola Koppelmann, n’hésitent pas à lui donner la note de 10 et les juges présents s’amusent même à déclarer que la qualité de son galop aurait pu justifier une note de 12/10. Si les éleveurs espèrent alors qu’il transmettra ses qualités, d’autres aimeraient le voir évoluer sur les rectangles de dressage. Pourtant, malgré des aptitudes évidentes, le haras oriente essentiellement son étalon vers la reproduction. À défaut de jouer la sélection pour les Mondiaux Jeunes Chevaux, ultime compétition de nombreux étalons stars de la discipline, Quaterback concourt finalement jusqu’au Petit Tour, d’abord avec Anna Weilert, puis Susann Göbel et avec Frederike Maas jusqu’en 2018. Aujourd’hui âgé de dixsept ans, Quaterback ne s’est donc jamais frotté aux difficultés du Grand Prix : piaffer, passage, pirouettes et autres changements de pied au temps. 

La qualité de sa production ne tarde pas à se faire remarquer, même si l’on reproche à l’étalon un pas relativement modeste et un caractère bien trempé. Approuvé aux studbooks DSP, Oldenbourg, Westphalien, Selle Français, SWB, Holsteiner, Hanovrien et Mecklembourg, il sert près de six cent cinquante juments dès 2008. En 2009, l’un de ses fils s’impose lors de l’approbation du DSP. En 2010, quatre autres obtiennent le précieux sésame. Sur seize étalons présentés, onze sont issus de Quaterback… dont un qui change de propriétaire pour 210 000 euros. Une semaine plus tard, sept de ses produits figurent sur la liste de départ de l’approbation de l’Oldenbourg où un jeune prodige fait sensation sous la selle de Christian Flamm. Toujours en 2010, un fils et une fille de l’alezan gagnent les championnats d’Allemagne des foals. 

En 2011, un produit de Quaterback et d’une mère par Paradiesvögel est adjugé à 100 000 euros. L’année suivante, un de ses fils remporte à nouveau l’approbation du DSP puis change de main pour 130 000 euros. En 2013, Quattromani (Old, Quaterback x Latimer), alors âgé de deux ans, est cédé 220 000 euros lors de la vente des étalons de Vechta. Enfin, en 2014, les enchères s’envolent jusqu’à 1 million d’euros pour Quel Filou (Old, Quaterback x Stedinger) lors des ventes PSI. Le médaillé de bronze des championnats d’Allemagne prend alors la direction du Luxembourg et devient la propriété du français Patrice Mourruau avant d’être revendu par Andreas Helgstrand à sa compatriote danoise Anna Zibrandtsen. Enfin, en 2018, l’approbation du DSP est dominée par Quinoa (Quaterback x Brentano II), un étalon dont la mère n’est autre que Poesie II, propre sœur de Poesie, la mère de Passionata. 

Quaterback compte aujourd’hui une soixantaine de fils approuvés, dont Quadroneur (DSP, mère par Sandro Hit), monté en Grands Prix par la Russe Irina Zakhrabekova, Qredit Hilltop (Old, mère par Dream of Glory), monté en Grands Prix par l’Américain Michael Bragdell, Quaterhall (Han, mère par Donnerhall), présenté sur le Petit Tour par Charlott-Maria Schürmann puis Wolfhard Witte, Quasar de Charry (Han, mère par Wolkentanz I), vu au Mondial des cinq ans en 2013 avec la Britannique Susan Pape puis monté par JeanFrançois Combecave, Quadrofino (DSP, mère par Paradiesvögel), stationné au Haras national de Marbach, Quaterbold du Payrol (Old, mère par Donnerschwee), champion de France des six ans et représentant tricolore aux Mondiaux Jeunes Chevaux de Verden en 2016, puis sixième du championnat de France des sept ans en 2017 et sixième du championnat de France Petit Tour en 2018 avec Alizée Roussel, Quatergold (DSP, mère par Paradiesvögel), vice-champion d’Allemagne des mâles de quatre ans, Quotenkönig (Westph, mère par Fürst Piccolo), neuvième du Mondial des six ans avec Lisa Lindner, Quaterstern (DSP, mère par Sandro Hit), Quastro 2 (Old, mère par Farinelli), Quazotti (Old, mère par Stedinger), Quentano 2 (Han, mère par Dartagnan), monté en Grands Prix par la Britannique Emile Faurie, Quaterdance (DSP, mère par Expo’se), champion de France des quatre et cinq ans et vice-champion de France des six ans avec la Belge Amandine Prévost, Kozinsky van de Dries (BWP, mère par Clavecimbel), compétitif jusqu’au Petit Tour avec le Belge Kevin Laevens, DSP Quantaz (DSP, mère par Hohenstein), un temps monté par l’Allemande Isabell Werth, Quateron (Old, mère par Stedinger), Quat Royal (Han, mère par Dressage Royal), monté comme son père par Christian Flamm, et Gørklintgårds Quinto (DWB, mère par Sunny Boy). En outre, le prolifique alezan a aussi fait naître plus de cent juments primées d’État.

© Team Myrtill



DE BONS DÉBUTS EN FRANCE

Parmi ses petits-fils approuvés, mentionnons Daytona (Han, De Niro), Fehrbellin (DSP, Franziskus), Bosco (Old, Benicio), Panthero van de Vogelzang (BWP, Belantis), Olympus Nostradamus (AES, Negro), Olympus Nocturn (AES, Negro), Olympus Nicolai (AES, Negro), Olympus D’Artagnan (AES, Don Deluxe), Floss Dance (Old, For Dance), acquis puis revendu par Andreas Helgstrand, Donauschall (Meckl, Destano) et Destar (DSP, Descolari). 

La production de Quaterback se distingue depuis bien longtemps aussi sur la scène sportive. Rien qu’au niveau Grand Prix, outre les chevaux précédemment cités, on peut mentionner Bartlgut’s Quebec (DSP, mère par Paradiesvögel), l’un des plus prometteurs chevaux d’Autriche monté par Ulrike Prunthaller, tout comme Bartlgut’s Quarz (DSP, mère par Rubinstern Noir), Quater Back Junior (Han, mère par Bonheur), chef de file du dressage luxembourgeois avec Nicolas Wagner, DSP Pathetique (DSP, mère par Casado), monté par l’Allemande Dorothee Schneider, Nexolia Saadan Que (DWB, mère par Royal Diamond 5), monté par la Danoise Nanna Skodborg Merrald, Quam Libet (Old, mère par Lauries Crusador), associé à l’Allemande Lisa-Maria Klössinger, Quantum Jazz (Old, mère par Jazz), présenté par l’Américaine Emily Miles, Quantum Vis (Han, mère par Gloster), monté par le Néerlandais Diederik van Silfhout puis Dorothee Schneider, Quarton (SWB, mère par Don Schufro), lancé en CDI par la Danoise Anna Kasprzak puis acheté par l’Américaine Charlotte Jorst, Quater Figlio (DWB, mère par De Niro), présenté par la Norvégienne Mona Mangseth, Quaterback I (Han, mère par Stedinger), monté par l’Espagnol Juan de Dios Ramírez García, Quentin SV (SWB, mère par De Niro), monté par la Suédoise Jeanna Hogberg, Quibelle 12 (Old, mère par Sandro Hit), partenaire de la Suissesse Andrina Viebrock, Quintus (Westph, mère par Florestan I), relève d’Isabell Werth, Tørveslettens Quattro (DWB, mère par Carano), monté par la Suédoise Anna Blomgren. Mentionnons encore Quaterback’s Lady (Old, mère par Rohdiamant), lauréate de la Libre Inter I du CDI-W de Malines en 2018 avec Claudia Chauchard. Si la grande majorité des produits de Quaterback se distinguent en dressage, il n’est cependant pas rare d’en croiser quelques-uns sur les terrains de concours complet, en saut d’obstacles et même en voltige. Quarante-septième du classement des meilleurs pères de gagnants internationaux en dressage édité par la Fédération mondiale de l’élevage de chevaux de sport (WBFSH), Quaterback a atteint la vingt-deuxième place en 2018 puis la cinquième l’an passé. En 2019, le grand livre du stud-book Hanovrien lui comptait plus de six cent quatre-vingts produits pour plus de 307 000 euros de gains. 

En France, sa présence est plus modeste, avec cent deux sujets enregistrés, dont seulement quarante-quatre sont nés dans l’Hexagone. Cependant, quelques-uns font parler d’eux, à l’instar de Quickly des Paluds (IDR 112, Han, mère par Don Frederico), cinquième de la finale du Cycle libre des quatre ans en 2019, Drogheda de la Mure (IDR 117, SF, mère par Parcival), Quincy Jones du Soleil (IDR 121, Old, mère par Sandro Hit), Cacharele de Ber (IDR 128, SF, mère par Sir Donnerhall), championne du Cycle libre des cinq ans Première Année en 2017, Quixotic Star LH (ICC 131, Han, mère par Rotspon), Quartet LH (IDR 120, Han, mère par Don Crusador), Quartz de Hus (IDR 128, Old, mère par Sandro Song), Querida de Hus (IDR 128, Han, mère par Fürst Heinrich), Élite à quatre ans et Excellente à cinq ans, Qupidon de Hus (IDR 123, Han, mère par Don Frederico), Élite à quatre et six ans, El Quaterback du Coussoul (IDR 117, sBs, mère par Spartacus RBO, Lus), Jack is Back Astola (BWP, mère par First Trinity, Ps), actuellement sur le Petit Tour, et Jynx’s Back Astola (IDR 140, BWP, mère par Diorello), Élite à six ans et concourant aussi en Petit Tour. 

Jeune prodige voué à l’élevage, Quaterback compte désormais parmi les tout meilleurs étalons de dressage. Se hissera-t-il un jour sur le podium du classement mondial des pères ? Ce n’est pas impossible, y compris dès 2021, grâce aux performances de ses produits aux Jeux olympiques de Tokyo. Ayant obtenu un ticket individuel pour le Luxembourg avec Quater Back Junior, Nicolas Wagner loue la qualité de la production de l’étalon. “Les filles et fils de Quaterback ne sont pas les plus faciles au début car ils ont beaucoup d’énergie et un fort caractère. Mais ce sont des chevaux intelligents qui présentent généralement trois bonnes allures. Personnellement, je trouve que ce sont des chevaux sympathiques et coopératifs avec lesquels on peut très bien travailler. Si l’on gère leur énergie de la bonne manière, ils peuvent devenir de bons chevaux de niveau Grand Prix. De plus, ils sont très attentifs. J’adore la production de Quaterback, que j’ai d’ailleurs croisé avec une jument qui m’appartient“, conclut le cavalier, qui a déjà remporté pas moins de neuf épreuves de niveau Grand Prix à Máriakálnok, Achleiten, Le Mans, Lierre, Waregem et Budapest depuis les débuts internationaux de Quater Back Junior en mai 2018.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX du mois de mai.

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