Concilier sécurité et bien-être de son cheval lors du transport

Une fois que cette période d’insécurité sanitaire sera terminée, le besoin et l’envie de voyager localement avec son cheval seront présents chez de nombreux équitants. Mais comment garantir sécurité et bien-être de son cheval lors de ces déplacements? Après avoir compilé les réponses et remarques de près de deux cent quatre-vingts lecteurs lors d’un sondage en ligne, GRANDPRIX dresse un tour d’horizon des bonnes pratiques.



Comprendre comment le cheval analyse son environnement permet de mieux appréhender ses réactions dans de nombreuses situations, notamment durant les transports. Les chevaux ayant leur individualité propre, il est important de croiser les expériences de chacun afin d’ouvrir le champ des connaissances communes. Banale action pour certains ou expédition stressante pour d’autres, tout voyage se doit de respecter au maximum le bien-être animal. Grâce à deux cent quatre-vingts lecteurs de GRANDPRIX qui ont répondu à un sondage en ligne, les tendances actuelles en la matière sont apparues par le prisme de plusieurs questions. En dehors de ce thème, pour rappel, le conducteur doit pouvoir présenter les papiers du véhicule, le permis de conduire adapté, ainsi que les documents d’accompagnement des animaux transportés pour circuler en toute légalité. 

A priori, un cheval a toutes les raisons de stresser quand il est véhiculé. Outre l’angoisse du confinement, l’animal est la plupart du temps privé de sa liberté de mouvement et de sa vue, quand ses autres sens sont exacerbés, notamment l’ouïe et l’odorat. Ajoutons à cela les vibrations, la fatigue musculaire et une potentielle déshydratation… La liste des précautions pour écorner le moins possible son bien-être est longue. “À l’état naturel, le cheval vit dans un environnement ouvert, et tout endroit fermé peut potentiellement déclencher un stress“, rappelle Léa Lansade, chercheuse en éthologie à l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). “En outre, l’animal est souvent isolé - même s’ils sont plusieurs dans le même véhicule - et nous sous-estimons souvent sa grégarité. Le contact visuel semble très important pour le cheval, d’autant plus qu’il a des compétences limitées en termes de permanence de l’objet (objet ou sujet qui continuent d’exister même lorsqu’ils ne sont plus visibles, ndlr).“ Pour réduire le stress du cheval voyageant seul, il peut d’ailleurs être intéressant de positionner un miroir en acrylique qui lui donnera l’illusion d’un compagnon. L’éthologue Claire Neveux, dirigeante de l’agence scientifique Ethonova, a également démontré les effets relaxants de la musique classique lors d’une situation de stress social chez le cheval. 

Parmi les indicateurs de mal-être que l’on peut retrouver lors d’un transport, il y a l’agitation, des postures d’alerte - l’encolure est haute, l’œil inquiet et les naseaux ouverts -, des vocalises, le refus de s’alimenter ou de boire, une sudation, ou encore des défécations. Parmi les lecteurs sondés, la majorité (56%) analyse le stress via la sudation, 37% par le bruit et l’agitation et seulement 7% par le refus de s’alimenter. “La sudation équivaut souvent à une grosse agitation, tandis que le hennissement est typique du stress social“, poursuit Léa Lansade. “Il n’y a pas vraiment de hiérarchie mais plutôt une cascade de réactions. Cela commence par les postures d’alertes puis le cœur s’accélère, la température s’élève, etc. Un cheval ne feint pas ses émotions, il faut en tenir compte même si cela nous paraît exagéré en proportions.“

TABLER SUR UNE BONNE PRÉPARATION 

Étant donné son coût et sa praticité d’utilisation - le véhicule tracteur est détachable de la remorque -, le van est majoritairement plébiscité par le panel questionné dans le sondage. Il est suivi par les véhicules légers (VL) avec 33%, puis par les poids lourds (PL) avec 18%. Si les accidents restent heureusement rares - 27% des interrogés en ont néanmoins déjà connu - il est vrai que la violence des chocs et les traumatismes engendrés sont rarement anodins. “De nombreuses études américaines indiquent que les accidents les plus graves ont lieu à pied, et non à cheval“, informe Léa Lansade. “La peur de l’animal est mise en cause dans plus de 70% des cas. Il ne faut pas sous-estimer le travail à pied et établir au contraire une manipulation sécuritaire.“ Selon notre sondage, 65% des sondés s’occupent personnellement de l’embarquement, 30% se font aider par un proche et seulement 5% par un professionnel. 

Pour la majorité d’entre eux (56%), l’embarquement et le voyage ne sont pas sources de stress, tandis que 37% sont légèrement inquiets et 7% très inquiets. “Le transport d'un cheval est toujours stressant, d'autant plus en van“, souffle Antoine, l’un des sondés. “J’ai beau rouler souplement et anticiper, j’ai souvent peur de devoir freiner brutalement si quelqu’un me coupe la route ; je ne veux même pas imaginer si la même chose se passe avec un camion lourd…“ L’accident de la route - véhicule percuté par un autre conducteur, crevaison, retournement ou encore incendie - est sans doute l’angoisse ultime. “La présence d’animaux vivants dans ces cas de figure n’est pas très bien prise en charge par les équipes de la sécurité des voies“, regrette quant à elle Delphine. Question assurance, mieux vaut en effet se renseigner sur les options de rapatriement du véhicule et des chevaux. 

Si on ne peut contrôler l’environnement extérieur, on peut néanmoins tabler sur une bonne préparation mentale et matérielle. “Le cavalier, propriétaire ou non, connaît généralement par cœur son cheval et peut anticiper ses réactions. Dans le cas d’un cheval inconnu, je me suis toujours renseignée le plus possible sur son tempérament au box ou durant les soins“, explique Marie, ancienne groom de concours. Côté sécurité, il est important de vérifier la pression et l’usure des pneus, la solidité du plancher et du pont, les attaches, les aérations, etc. Les équitants sont parfois surpris par la violence des dégâts que peut engendrer un cheval, ainsi que par les actions improbables effectuées par ce dernier (sauter ou passer sous les barres de poitrail et de queue, sortir par la porte jockey, démonter un bat-flanc, percer le plancher, atterrir dans la mangeoire, se coincer dans le filet à foin, etc.) “Si le cheval a eu très peur, même une seule fois, dans un véhicule, il va toujours associer le voyage à du négatif. Avec la répétition des bonnes expériences, l’animal peut enfouir ce souvenir, mais il sera toujours là et peut potentiellement être réactivé“, met en garde Léa Lansade. Si le filet à foin peut être dangereux lorsqu’il est mal placé, il est néanmoins important de prévoir du fourrage, mouillé et dépoussiéré le plus possible, pour tous les types de trajets.



ENCADRER OU NON AVEC DES PAROIS ?

© Scoopdyga

Avec des résultats presque à l’équilibre, 54% des sondés pensant qu’il est préférable de laisser le cheval gérer seul son équilibre, sans chercher à le caler, ce critère semble particulièrement s’évaluer au cas par cas. “Cela dépend vraiment des chevaux“, résume Charlotte. “Certains se sentent sécurisés entre deux parois et d’autres préfèrent être plus libres.“ Un autre lecteur enchérit : “Je dirais que c’est un intermédiaire entre ces deux réponses. L’animal ne doit pas se sentir cloîtré et doit pouvoir se rattraper seul... mais il lui faut un appui facile pour qu’il puisse rapidement amortir le choc si son équilibre est précaire.“ “La mesure d’un bat-flanc standard est de 90cm, soit la largeur d’un bassin“, informe Marie. “Pour les chevaux plus éclatés, il faut bien sûr prévoir un plus grand espace sous peine de les stresser ! Il faut que les chevaux puissent écarter leurs membres pour absorber les variations d’équilibre si besoin.“ 

“Les chevaux habituellement calés apprennent à se coucher sur les bat-flanc et ont du mal à s’équilibrer en cas de problème“, regrette de son côté Marie-Thérèse. “Forcer un équilibre peut nuire“, appuie un autre lecteur, tandis qu’Emmanuelle souligne avec le sourire que “certains ont besoin d’être maintenus par des cales, surtout ceux qui aiment bien embêter les autres ou faire toutes les bêtises possibles s’ils ont un peu trop de liberté!“ Si certains préfèrent laisser leur cheval libre pendant le trajet, attention, les équidés âgés de plus huit mois - à l’exception de ceux non-débourrés - doivent porter un licol et être attachés. En cas de doute, mieux vaut contacter son assurance pour vérifier les clauses du contrat. 

LE NIVEAU DES PROTECTIONS 

Parmi les lecteurs ayant participé au sondage, la majorité (55%) se base sur le tempérament du cheval et son attitude calme ou non pour établir le niveau de protections dont il a besoin. La durée du trajet, l’expérience de l’animal et l’ensemble de ces critères représentent chacun 15% des réponses. Nous pouvons néanmoins noter une nette tendance à la protection constante, quels que soient le trajet et le cheval. “Le niveau de protection peut s’établir selon le type de transport utilisé, car il n’y a pas les mêmes risques à mon sens selon le modèle du véhicule, la qualité des bat-flanc, des barres de queue et de poitrail, etc., mais aussi selon le tempérament calme ou non de l’animal, la durée du trajet, et enfin la température“, résume un lecteur. “Il faut également prendre en compte si le cheval est ferré et s’il voyage seul“, ajoute Carine. 

De par leur modèle très couvrant et leur port inhabituel, les guêtres de transport matelassées surprennent souvent les chevaux. “Ces guêtres ont tendance à glisser et à faire paniquer le cheval pendant le trajet“, critique Laure. “J'utilise à la place des bandes de repos et éventuellement des cloches.“ Pour Marie, ancienne groom de concours, c’était “bande de repos et guêtres matelassées pour les très longs trajets. J’ajoutais également des empiècements de mouton sur le licol et un protège-queue.“ Selon la taille des chevaux et du véhicule de transport, Célia place également des coussins au plafond “pour ne pas qu’ils se cognent.“ Enfin, Isabelle apporte une nuance intéressante sur les protections des membres : “Pour des trajets courts, en allant à un concours par exemple, je mets des protections qui chauffent tendons et muscles. Au retour, je mets des protections qui refroidissent les membres. Concernant les trajets longs, seul le confort primera.“ Même s’ils sont plus rares parmi notre panel, quelques lecteurs ne font jamais appel aux protections pour leurs chevaux. “Ces dernières peuvent blesser si elles sont trop serrées ou pas assez“, déplore Cerise. “Nous avons tendance à en faire trop“, poursuit un autre lecteur. “Le mieux est l’ennemi du bien, en particulier pour les couvertures.“ Cet avis est partagé par Marie. “Attention à ne pas trop couvrir, surtout en hiver“, prévient-elle. “S’il y a plusieurs chevaux dans le camion, la température y grimpe très vite, et ce malgré les aérations ouvertes. Mieux vaut surveiller régulièrement la sudation, que ce soit visuellement ou au moyen de capteurs. Il faut également prêter attention à la transition entre l’intérieur du véhicule et l’extérieur. En été, je prenais des couvertures anti-insectes, même si ces derniers sont heureusement rares dans les habitacles.“

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ET LA LUMIÈRE FUT

À la question “Pensez-vous que la luminosité à l’intérieur des véhicules de transport peut influer sur le bien-être de l’animal?“, plus de 82% ont répondu positivement. 4% répondent non, tandis que le reste n’a pas d’avis. “Cela s’observe bien avec les jeunes chevaux“, note Anne-Laure. “Le fait d’ouvrir les portes avant du van permet de les embarquer plus facilement.“ Anna compare la luminosité entre ses deux modèles de vans de la même marque, âgés de quinze ans d’écart : “Mes chevaux embarquent plus facilement dans le modèle le plus récent, qui a de plus grandes fenêtres et un toit plus haut. J’ai aussi l’impression qu’ils y stressent moins.“ Les contrastes de luminance “sont en effet une source de stress et d’inconfort pour les chevaux“, appuie Bruno Duvault, dirigeant de la société normande Proximal, spécialisée dans l’éclairage dédié aux infrastructures équestres. L’éclairage tel que l’on entend s’analyse sous plusieurs biais. Par exemple, le flux lumineux décrit la quantité de lumière émise par une source lumineuse. L’unité de mesure est le lumen (lm). L’éclairement lumineux indique la densité du flux lumineux en un point d’une surface ; il diminue avec le carré de la distance. L’unité de mesure est le lux (lx) ou lm / m². 1 lx = 1 lm/m². Enfin, la luminance lumineuse (mesurée en candela/m²) détermine la sensation perçue par l’œil de la luminosité d’une surface ; elle dépend dès lors fortement de l’indice de réflexion (couleur et surface). Si le cheval voit bien dans la pénombre, il présente cependant une accommodation lente lors de variations rapides d’éclairement. 

L’éthologue Claire Neveux a cherché à comprendre si l’éclairage du van par un système LED pouvait influencer sur le stress de l’animal en phase d’embarquement puis en phase stationnaire. “Lors de leur premier embarquement, les chevaux montés dans des conditions avec un niveau d’éclairement lumineux défini comme élevé à l’intérieur du van (supérieur à 4500 lx) ont mis moins de temps à embarquer et ont exprimé moins de comportements de stress que ceux embarqués lorsque le niveau d’éclairement lumineux était modéré (inférieur 3000 lx)“, explique l’éthologue, présente au colloque Journée de la recherche équine 2018 accueilli par l’IFCE. “Un éclairage LED capable de fournir un niveau d’éclairement homogène semble donc réduire le stress du cheval pendant l’embarquement et la phase stationnaire.“ 

Les variations de teintes ont également été étudiées au cours de cette étude. La température de couleur proximale (K), simplifiée par abus de langage par température de couleur, caractérise la couleur apparente de la lumière émise par la source. Elle permet de définir les ambiances chaudes (2500 K) à froides (< 5000 - 5300 K). “Lors de la phase de confinement dans un van stationnaire, les chevaux exposés à un éclairage LED dans certaines plages de températures de couleur proximale présentent une récupération post-stress du rythme cardiaque significativement plus rapide que dans des conditions d’éclairement naturel“, poursuit Claire Neveux. Si les lectrices Julia et Marion avancent que les teintes froides sont apaisantes, Bruno Duvault nuance l’idée : “Contrairement à l’homme, il semble que le cheval ait ses propres préférences concernant le bénéfice de chaque teinte. Certains ont mieux récupéré avec des teintes de froid et d’autres avec des teintes de chaud. Si l’on ne connait pas la spécificité du cheval, mieux vaut tabler sur un blanc neutre de 4200 K.“ “Alors que la luminosité me semble essentielle au moment de l’embarquement, elle me paraît au contraire néfaste pendant le trajet“, soulève très justement Cloé, compétitrice. “Il est en effet intéressant de différencier l’embarquement du trajet, en particulier pour les voyages de nuit“, répond Bruno Duvault. “Un éclairage avec une longueur d’onde spécifique de rouge, que les chevaux ne perçoivent pas, peut être une alternative à la lumière blanche et va permettre à l’œil humain ou à la caméra de voir suffisamment si tout va bien et ne pas perturber subitement l’environnement lumineux, voire la phase de sommeil de l’animal.“

LE POSITIONNEMENT DANS LE VAN 

Pour 18% des sondés, le positionnement de l’animal n’a pas d’influence sur son bienêtre. 12% tablent sur la position perpendiculaire à la route tandis qu’il y a une égalité (31%) pour le sens inverse à la route et la position oblique. “À mon sens, la plupart des chevaux voyagent mieux en oblique, mais cette offre reste peu accessible pour les particuliers“, regrette Adel. “Nous sommes passés à un van en oblique et, depuis, les chevaux ne tapent plus et restent tranquilles. L’embarquement est aussi plus facile“, remarque Anne-Laure. “Le positionnement dans le sens inverse de la route me parait plus favorable“, note quant à elle Charlotte. “Le cheval peut ainsi reporter son poids sur les postérieurs et non les antérieurs.“ Si l’animal a le choix, il semble qu’il se positionne naturellement en oblique puis dans le sens inverse de la route. Mise en lumière par l’association Sciences équines, une étude italienne (Padalino et al.) notait en 2012 que les chevaux ayant voyagé dans la position perpendiculaire à la route éprouvaient une fatigue musculaire plus importante que les autres tandis que la position dos à la route semblait la moins stressante. “Dans cette dernière, le cheval est sans doute moins surpris par les véhicules qui le dépassent“, avance Bérénice.

Quelle que soit la position de l’animal, il est important de limiter au maximum la possibilité d’éblouissement par les phares, en particulier la nuit. “Ces stimuli soudains et la gêne oculaire qu’ils entraînent engendrent sans conteste du stress“, souligne Léa Lansade. Pas question pour autant de tout calfeutrer, comme le soulignent plusieurs lecteurs. “Mes chevaux aiment regarder la route, ça les apaise. Je ne pensais pas qu’observer leur environnement extérieur leur ferait autant de bien.“ Si cette théorie n’a pas encore été étudiée, Léa Lansade la trouve encourageante. “Une encolure basse, des traits détendus, ou encore une bouche souple, tout signe d’apaisement est bénéfique !“, commente-t-elle. Alex, quant à lui, s’interroge sur l’orientation de la tête du cheval. “Je pense que pour son confort et sa stabilité, il serait préférable qu’il ait la tête à gauche car davantage de tournants serrés sont à gauche, notamment les ronds-points. Je serais intéressé par l’avis d’un vétérinaire à ce sujet.“ Si l’animal ne présente aucune attitude négative, il n’y a pas de raison de changer sa position. “D’ailleurs“, conclut Benoîte, “il est très difficile de faire changer d’habitude de position aux vieux chevaux.“

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX du mois de mai.

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