“Les Jeux olympiques de Paris sont dans un coin de la tête de tous les cavaliers”, Edward Levy

Si le nom d’Edward Levy était encore inconnu de la communauté équestre il y a quelques années, il figure aujourd’hui parmi les cavaliers de haut niveau les plus en vue sur les terrains de concours internationaux. Installé depuis l’année dernière au haras de Lécaude, en Normandie, après s’être formé aux côtés des plus grands, le Normand est aujourd'hui un sportif et un chef d’entreprise émérite et accompli. Au lendemain de la reprise de la compétition à Saint Tropez, à la suite d’une interruption de trois mois due à la pandémie de Covid-19, Edward Levy donne des nouvelles de ses chevaux et met à jour ses objectifs.



Vous avez signé un retour réussi à Grimaud le weekend dernier. Comment avez-vous géré l’entraînement de vos chevaux pendant les trois mois de confinement pour qu’ils soient en forme et prêts à repartir dans des épreuves 4*?

Cette période a été gérée de manière différente selon les chevaux. Pour les plus jeunes, nous avons pu travailler de manière plus approfondie que si nous étions en déplacement du mercredi au dimanche. Nous avons pris le temps de les entraîner sur le plat et de les habituer à notre main. Pour les chevaux plus âgés, cela a été plus compliqué de trouver un ligne de conduite, surtout au départ quand nous n’avions pas encore de visibilité quant à la reprise. Tous les chevaux d’âge de mon piquet ont d’abord bénéficié d’une période assez calme, pendant laquelle nous avons fait beaucoup d’extérieur et profité d’une période sans stress pour les oxygéner au maximum. À partir de fin avril, nous avons commencé à remettre les chevaux en souffle sur la piste de galop de manière à ce qu’ils puissent garder le moral tout en travaillant. Nous avons également recommencé à travailler la gymnastique des vieux chevaux il y a quatre ou cinq semaines, d’abord sur de petits exercices pour mobiliser les muscles et les épaules, puis nous nous avons eu la chance de suivre quelques stages fédéraux pour se remettre en situation de concours. Pour ma part, les chevaux sont arrivés en forme. La preuve en est qu’ils ont été bons, même s’ils ne sont pas encore affutés comme si nous étions réellement en période de compétition. Quelques-uns ont encore un peu de gras en trop, par exemple, mais je n’avais pas envie de durcir ma manière de fonctionner pour leur faire perdre. J’ai plutôt joué la carte de la fraîcheur et misé sur la confiance que j’ai avec ces chevaux. 

Pour mes jeunes recrues, cette période a indéniablement été bénéfique. Nous avons passé du temps avec elles et nous les avons montées sans pression, sans regarder notre montre comme nous pouvons le faire parfois lorsque nous manquons de temps. J’ai d’ailleurs senti une réelle évolution sur l’ensemble de mon piquet. Si l’on regarde les quelques chevaux de tête des cavaliers présents ce weekend à Grimaud, ils étaient beaux, en muscles, en forme, ils avaient envie de sauter et il y a eu beaucoup de sans faute alors que les épreuves étaient très difficiles. Ce n’était vraiment pas donné mais avec un tel niveau de cavaliers et des chevaux en forme, cela a donné du beau sport. 

Starlette de La Roque (SF, Jumpy des Fontaines x Kannan GFE), qui vous a offert une troisième et une seconde places dans deux épreuves du CSI 4* de ce weekend, vous accompagne depuis 2013 et vous a emmené au plus haut niveau. Quels sont vos prochains objectifs avec cette jument? 

Starlette est une jument de quatorze ans qui a tout donné et qui me donne encore beaucoup. Je vais maintenant la garder pour des épreuves jusqu’à 1,50m. Elle fera peut-être une grosse épreuve de temps en temps quand je la sentirai bien, mais c’est une jument qui mérite uniquement d’entrer en piste en confiance et avec l’envie d’aller sauter. Je n’ai pas envie de la mettre dans le rouge. J’ai la chance de pouvoir compter sur d’autres chevaux formidables pour les plus grosses épreuves, ce qui me permet de laisser Starlette dans cette catégorie. Plus elle vieillit, plus elle est belle, en forme et elle gagne toujours autant. 

Blue Moon (Holst, Diarado x Cassini I) et Broadway de Mormoulin (SF, Kannan GFE x For Pleasure) sont des chevaux que vous avez récupérés fin 2019. Quels espoirs nourrissez-vous en eux? 

Blue Moon a déjà concouru dans quelques épreuves à 1,50m, elle s’est d’ailleurs classée au CSI 5* de Bordeaux en février (dixième d'une épreuve à 1,50m, ndlr). Pour elle, l’objectif est de sauter dans de grosses épreuves. C’est elle qui nous dira si elle pourra sauter des Grands Prix 5* ou non, mais c’est de toute façon une jument qui évoluera dans des épreuves à 1,50m et 1,55m. Pour le moment, je continue à apprendre à la connaître car je l’ai depuis peu de temps et je ne veux pas aller trop vite. Broadway est un étalon de neuf ans extrêmement respectueux et avec beaucoup de qualités. J’ai pris mon temps avec lui au début en disputant beaucoup d’épreuves à 1,30m et 1,35m pour gagner sa confiance. Aujourd’hui, il est en train de se révéler. Il a formidablement bien sauté le week-end dernier et je crois que c’est un cheval d’avenir. Je pense pouvoir compter sur lui pour prendre prochainement le départ d’au moins une grosse épreuve du CSI 4* et nous verrons s’il a encore une marge devant lui. Je suis très confiant et optimiste concernant ces deux chevaux. 

En quoi consiste votre collaboration avec le haras de Lécaude? 

Aujourd’hui, je suis locataire dans ce haras. J’y suis venu avec mes chevaux et mon activité. L’objectif avec le haras de Lécaude est de démarrer un projet à la fois sportif et commercial avec la famille Giraud (les propriétaires du Haras, ndlr) par la mise en place d’un piquet de chevaux destiné à la fois à la compétition de haut niveau et au commerce, tout en gardant l’activité que j’avais jusque-là. 



"Je souhaite accroître mon activité autour des Jeunes Chevaux et du commerce"

Edward Levy et Starlette de La Roque lors des Longines Masters de Lausanne en juin 2019

© Scoopdyga

Vous avez été formé chez Patrice Delaveau, puis vous avez passé quelques-temps chez Ludger Beerbaum. Êtes-vous toujours en contact avec ces immenses cavaliers? Leur arrive-t-il de vous donner un coup de main en concours? 

Patrice et moi sommes très proches. Nous avons d’ailleurs passé beaucoup de temps ensemble ce week-end à Grimaud! Il est comme ma deuxième famille. J’ai passé un an et demi chez Ludger Beerbaum. Ça a été une expérience géniale et nous conservons aujourd’hui de très bons rapports. Il nous arrive notamment d’échanger sur les chevaux lorsque nous nous croisons en concours. C’est une personne que je respecte énormément, d’abord pour ce qu’il représente dans notre sport, mais également pour l’avoir vu travailler au quotidien. C’est un grand professionnel qui m’a beaucoup inspiré dans la manière dont je voudrais moi-même fonctionner plus tard. 

Vous avez également collaboré avec Simon Lorrain lors de la création de l’écurie Show Jump International, quels rapports entretenez-vous avec lui aujourd’hui? 

À l’époque où Show Jump venait d’être créée, nous avons fait avec Simon l’acquisition d’Urhelia Lutterbach (SF, Helio de la Cour II x Emilion), qui est maintenant bien connue puisqu’elle a par la suite évolué aux côtés de Kevin Staut. La jument étant allée chez Simon, nous nous sommes liés d’amitié après son achat et nous sommes restés en contact. Nous sommes aujourd’hui très proches et nous collaborons étroitement à travers les jeunes chevaux et les chevaux qui appartiennent à Show Jump International. Nous avons plus de six ou sept jeunes chevaux ensemble dans l’Est de la France et en Normandie. C'est vraiment quelqu’un sur qui je peux compter pour dénicher les chevaux susceptibles d’arriver au haut niveau. J’ai une entière confiance en son jugement et en son expertise et c’est réciproque. J’essaye de m’entourer de personnes en qui j’ai 100% confiance de manière à évoluer dans un environnement sain car je pense que tout est plus simple lorsque l’on peut se permettre de se dire les choses pour avancer. Aujourd’hui je suis très à l’aise avec les personnes avec qui je collabore. 

Justement, Mathis Burnouf travaille également avec vous en tant que cavalier Jeunes Chevaux du haut de ses dix-huit ans. Est-ce important pour vous de soutenir des talents comme lui, tel que l’on a pu le faire pour vous à vos débuts? 

Je suis encore jeune donc je n’ai pas forcément l'esprit de transmission, mais lorsqu’une opportunité se présente, il est important de la saisir. L’ironie de la situation, c’est que ce sont les Delaveau qui me l’ont présenté, c’est comme si l’histoire se répétait. Je trouve qu’il est effectivement important de pouvoir compter sur un jeune cavalier talentueux pour former les jeunes chevaux d’une manière très correcte et également d’avoir quelqu’un qui monte bien à la maison lorsque je suis en déplacement. Le but à terme n’est pas qu’il s’occupe uniquement des jeunes chevaux. J’espère que si mon système se développe bien, il pourra monter dans de belles épreuves plus tard. Les choses se font petit à petit, mais c’est de cette manière que l’on construit quelque chose de solide. Mon objectif sportif est d’évoluer à haut-niveau, mais je souhaite également accroître mon activité autour des Jeunes Chevaux et du commerce. Pour cela, j’ai besoin de cavaliers et Mathis a le bon profil pour assumer ce rôle. 

Vous avez intégré en 2019 la sélection Rider’s Lab qui avait été mis en place par Christophe Ameeuw. Avec la fin de la collaboration entre Longines et EEM, et donc la disparition des Longines Masters, savez-vous ce qu’il en est de cette initiative? 

Non, je n’en sais pas plus pour le moment. J’étais très motivé et partisan de ce circuit de concours. Christophe Ameeuw a toujours extrêmement bien organisé ses concours en apportant beaucoup de nouveautés à notre sport. J’espère sincèrement qu’il pourra retrouver de nouveaux projets tels que celui-ci car cela fait avancer le sport. 

Au vu de l’annulation de nombreux concours en raison de la pandémie de Covid-19, comment appréhendez-vous votre saison indoor? 

J’ai au sein de mon piquet des chevaux expérimentés entre onze et quatorze ans qui, on l’a vu, sont capables de s’adapter à tout. Après trois mois d’interruption de la compétition, nous nous disions tous qu’il était trop tôt pour repartir sur un CSI 4*, et finalement les chevaux s’y sont très bien comporté. C’est sûr que nous bénéficions d’un peu moins de préparation, mais peut-être aussi que les chevaux arriveront frais et que tout se passera bien, voire encore mieux. Je ne m’inquiète pas, j’ai confiance en mes chevaux de tête. Il faut voir le positif et se dire que cette année, nous aurons économisé nos chevaux et que malgré tout, nous avons la chance d’avoir des bons organisateurs qui ont l’air disposés à redémarrer leur activité, ce qui nous permet de rester actifs et de continuer à pratiquer notre sport. 

Si l'on vous demande où vous serez en 2024? 

Les Jeux olympiques se dérouleront à Paris et j’ai la chance d’avoir une cavalerie de jeunes chevaux formidables. Il est délicat de se projeter, déjà qu’il est difficile de faire des plans sur trois ou quatre mois avec un cheval, alors sur quatre ans, n’en parlons pas! Sans avoir en tête un cheval en particulier, je pense que les JO de Paris sont dans un coin de la tête de tous les cavaliers. En tout cas, ils sont dans la mienne! Ils ne représentent toutefois pas une fin en soi. Pour moi, l’aboutissement de ce métier qui s’étend sur toute une vie - contrairement au football, par exemple, où l’on sait qu’on arrive à la fin vers trente-trois ou trente-quatre ans - arrive le jour où notre fonctionnement est vraiment en place, que l’on a des rotations de chevaux, du bon sport, du bon commerce et que l’on peut vivre correctement de notre système. Les Jeux olympiques représentent plus un Graal sportif qu’un aboutissement, qui ne peut pas être fondé sur une performance, mais qui découle de quelque chose que l’on a construit. Mais c’est mon grand rêve sportif. Ce n’est pas le cas dans tous les sports, mais en équitation, les Jeux olympiques sont ce qu’il y a de plus magique et j’espère de tout mon cœur pouvoir y participer.