Un cas isolé sur lequel on ne doit pas fermer les yeux

À nos lecteurs.



À la lecture de notre article révélant l’utilisation présumée d’éperons électriques en compétition par Andrew Kocher, nombre de lecteurs seront sûrement choqués, sinon ébranlés. Il est vrai que l’idée qu’un tel dispositif ait pu être utilisé dans le cadre de concours internationaux, où œuvrent des officiels chevronnés, à commencer par des commissaires au paddock ou stewards, semble inimaginable en 2020. Depuis de nombreuses années, la Fédération équestre internationale, épaulée notamment par les grandes fédérations nationales et les différents clubs de cavaliers, propriétaires, entraîneurs, officiels et organisateurs, n’a de cesse de réaffirmer que le respect du bien-être du cheval est la valeur primordiale de l’équitation. Même si son arsenal règlementaire ne sera jamais parfait, ses comités techniques et son assemblée générale le mettent très régulièrement à jour à cette fin. Cela vaut évidemment pour le dopage et la médication, mais aussi pour le matériel et son utilisation, l’hyper ou l’hyposensibilité ou encore l’attitude du cavalier, en piste, sur les espaces d’entraînement ou aux écuries. D’ailleurs, le manuel du steward édité par la FEI mentionne au titre des abus interdits le fait de “soumettre un cheval à tout type d’appareil à décharge électrique”. Si les faits sont avérés, ce que devront déterminer la ou les enquêtes en cours, une telle affaire devra toutefois provoquer une remise en question. À ce jour, par exemple, il n’est pas spécifié que les mains et gants du cavalier doivent être contrôlés par les commissaires avant ou après la sortie de piste d’un couple.

Compte tenu de la gravité des faits présumés, certains lecteurs pourraient aussi s’inquiéter quant à leur potentiel impact sur l’image des sports équestres. Cette inquiétude est légitime, mais il serait inacceptable de fermer les yeux sur de telles dérives présumées. Aussi, il est du devoir de tout média sportif d’enquêter, croiser les points de vue et témoignages, chercher des preuves, les vérifier et, le cas échéant, révéler toute entrave présumée aux règles du jeu d’un sport, qui plus est lorsque celle-ci concerne le bien-être animal. Pour autant, en l’espèce, il est aussi nécessaire de rappeler qu’il s’agirait d’un cas isolé concernant un Américain issu d’une famille impliquée de longue date dans le monde équestre mais qui ne concourt au plus haut niveau que depuis cinq ans, et dont la première apparition sur la scène européenne remonte à décembre 2017.

Enfin, il est fondamental de rappeler que la très grande majorité des femmes et des hommes pratiquant l’équitation le font par passion et amour du cheval, cet être vivant qu’ils s’efforcent de soigner, de comprendre et d’entraîner dans le respect de sa condition d’animal pour en faire un compagnon impliqué et épanoui dans l’accomplissement de performances sportives. Depuis sa naissance, GRANDPRIX s’attèle à promouvoir le meilleur des sports équestres, en mettant particulièrement en lumière des femmes et hommes de cheval qui tendent vers une démarche juste et dénuée d’artifices. Ici comme ailleurs, la rédaction a conscience que son travail demeure perfectible, tel celui d’un cavalier en quête de justesse, mais, dans le double intérêt de ses lecteurs et de toute une filière, elle entend bien demeurer sur cette voie, tout en gardant les yeux ouverts sur ce qui ne va pas.