“Je ne pouvais rêver mieux qu’un poste chez Steve Guerdat comme premier emploi”, Justine Ludot

Dans d’innombrables domaines, le savoir-faire français s’exporte dans les plus hautes sphères du monde entier. L’équitation ne déroge pas à la règle, et s’il en fallait une nouvelle preuve, la Tricolore de vingt-deux ans Justine Ludot a rejoint la Suisse pour intégrer les écuries du numéro un mondial de saut d’obstacles. Pourtant habituée des rectangles de dressage, au sein desquels elle a défendu les couleurs de la France en Juniors et Jeunes Cavaliers, l’amazone a pris ses quartiers comme cavalière maison depuis quelques semaines à Elgg, dans le sublime écrin de Steve Guerdat. Pour GRANDPRIX, Justine Ludot a raconté ses premiers pas chez cette légende vivante du jumping.



Dans le coin de paradis d'Elgg, Justine Ludot peut profiter au quotidien d'un superbe spring garden.

© Collection privée

Comment avez-vous postulé pour travailler dans les écuries du numéro un mondial de saut d’obstacles Steve Guerdat ? 

Avant d’arriver ici, je n’étais pas professionnelle mais étudiante et j’ai fini mon Master 1 en entreprenariat et gestion de projet en mars. J’ai mis ma jument de dressage Bellevue (avec laquelle elle a concouru en épreuves internationales en Juniors et Jeunes Cavaliers, ndlr) à la retraite en début d’année, donc je me suis retrouvée à pied. Je me suis alors mise à la recherche d’une bonne place de cavalière et j’ai envoyé un message à Fanny Skalli, la fiancée de Steve. Je me suis dit que je devais essayer, et il s’avère que j’ai eu la chance de tomber au bon moment car ils cherchaient un nouveau cavalier. Le fait que je sois plutôt tournée vers le dressage a un peu pesé dans la balance je crois. Steve m’a rappelé le lendemain, je suis venue faire un essai le 2 juin et je ne suis jamais repartie depuis. 

Comment se déroulent vos premiers pas au sein de cette structure ? 

Jusqu’ici tout se passe très bien. Je travaille beaucoup avec Anthony (Bourquard, cavalier pour Steve Guerdat, ndlr) et je monte particulièrement ses chevaux de concours. Nous échangeons au sujet du travail des chevaux et en profitons pour les regarder évoluer sous la selle de l’un et de l’autre. Je change de chevaux tous les jours et j’ai la liberté de faire ce qui me semble le plus juste avec eux. Je peux choisir le mors que je veux, aller sur la piste en sable ou sur l’herbe… Je suis en pleine autonomie et il est vraiment agréable de profiter de ce gage de confiance. Pour l’instant, c’est mieux que tout ce que j’aurais pu espérer. Je ne pouvais rêver mieux qu’un poste chez Steve Guerdat comme premier emploi. C’est bien parti car nous avons la même vision des choses et des objectifs communs. Mon rôle est de rendre les chevaux encore plus pratiques qu’ils ne le sont pour les compétitions. J’ai été bien formée par Bertrand Lebarbier, donc tout devrait bien se passer. 

Les écuries d’Elgg semblent être un petit paradis pour les cavaliers et les chevaux…

Ici, nous avons tout ce qu’il faut pour que l’entrainement des chevaux soit optimal. Il y a notamment deux forêts où nous pouvons les emmener en trotting, plusieurs terrains en herbe... Lorsque je ne faisais que du dressage, je ne montais jamais sur herbe, cela change mes habitudes et donne un peu l’impression d’être en vacances. Il y a énormément d’espace, et en dehors des grooms qui sortent les chevaux en extérieur, nous nous ne sommes que cinq à monter : Steve, Fanny, Anthony, Alain Jufer qui est arrivé récemment, et moi. Les hivers sont rudes en Suisse mais le manège est très grand, ce devrait donc être agréable. Les chevaux ont des paddocks et sont dehors la plupart du temps. Tout est fait pour leur confort et nous ne sommes pas pressés par le temps. Si un cheval est compliqué et que nous devons nous en occuper pendant une heure ou une heure trente, ce n’est pas un problème. 

Envisagez-vous de rester au sein de cette structure à long terme ? 

J’envisage de rester ici longtemps, oui. Je voulais disposer d’un bagage scolaire, c’est pourquoi j’ai suivi des études au préalable. Je ferai un bilan de mon expérience l’année prochaine, et si jamais j’ai envie d’autre chose, j’aurais toujours la possibilité de reprendre mon Master 2. J’ai beaucoup à apprendre ici et j’ai envie de construire sur le long terme, d’autant plus que je ne suis pas le genre de personne qui déménage sans cesse.



“S'adapter aux chevaux sans jamais tenter de les mettre dans un moule”

À Elgg, deux forêts permettent également à la cavalière maison de faire prendre l'air aux chevaux.

© Collection privée

Pourtant jusqu’alors spécialisée dans le dressage, vous évoluez aujourd’hui aux côtés du meilleur cavalier de jumping. Ce mélange des genres est-il habituel ? 

Je crois que cela n’est pas si fréquent, d’abord car il y a assez peu de jeunes cavaliers de dressage. Ceux qui veulent devenirs professionnels de la discipline se font directement engager dans des écuries de dressage. J’avais eu l’exemple avec Alexandra Maksakova, qui avait été embauchée chez Grégory Wathelet (notamment champion d’Europe par équipes de saut d’obstacles et ami très proche de Steve Guerdat, ndlr) et cela m’a donc donné l’idée. Il est intéressant pour un cavalier d’obstacles de pouvoir compter sur quelqu’un dont la spécialité est le travail sur le plat. Cela dépend bien sûr de son approche, mais pour ma part, Bertrand Lebarbier avec qui je m’entrainais jusqu’ici, était très axé vers le respect du fonctionnement du cheval. Que ce soit en saut d’obstacles ou en dressage, la base de travail est identique. Au départ, il a pu il y avoir une petite appréhension que je monte de façon trop marquée, “comme les dresseurs”, mais finalement ce n’est pas le cas donc tout se passe bien. J’avais par ailleurs beaucoup pratiqué le jumping par le passé, ce qui rendait mon CV un peu plus complet. 

Comptez-vous retrouver les rectangles de dressage un jour ? 

Pour l’heure, je prends vraiment beaucoup de plaisir au quotidien. Dans le futur, je pense que j’aurai un cheval de dressage personnel afin de concourir un peu, bien que les compétitions soient assez rares. En tout cas, je serai loin des rectangles les prochaines années. L’idéal serait que je trouve un jour un cheval de six ou sept ans à former pour le Grand Prix, ce qui prend beaucoup de temps. 

Quelle vision partagez-vous avec Steve Guerdat ? 

Nous nous adaptons aux chevaux, sans jamais tenter de les mettre dans un moule. Ici, personne ne monte de la même façon. Fanny, Anthony, Alain, Steve et moi avons parfois même des idées différentes dans la manière de travailler les chevaux. Cela donne lieu à des échanges et permet de garder l’esprit ouvert à de nouvelles choses. J’ai été d’ailleurs très étonnée de l’ouverture d’esprit que j’ai trouvée ici car on a très vite eu confiance dans ma façon de faire. En France, je pense que les choses se passeraient différemment. On m’a dit de monter les chevaux à ma manière alors que je n’ai que vingt-deux ans. Cela est très formateur et enrichissant. Le bien-être des chevaux est la priorité : un point d’honneur est mis à ce que la structure ne soit pas une usine. Nous ne sommes jamais pressés par le temps. Pour preuve, je monte entre quatre et six chevaux par jour, ce qui est un rythme très confortable. Cela est important pour pouvoir faire du bon travail et je pense que ce n’est pas très fréquent dans d’autres écuries, qui manquent souvent de personnel par rapport au nombre de chevaux. Chez Steve, le système n’est pas basé sur le commerce, ce qui nous laisse le temps. Ce sont des valeurs que je partage et qui ont rendu mon adaptation très facile. 

Y a-t-il des chevaux pour lesquels vous avez déjà eu un coup de cœur ? 

J’aime vraiment beaucoup Comédie de Talma (la fille de Kannan de huit ans a notamment pris part à des épreuves à 1,40m sous la selle d’Anthony Bourquard en début d’année, ndlr). C’est une grande jument un peu raide et particulière au travail mais elle se donne beaucoup. Il y a également Arthemis des Sources (Selle Français de dix ans, il a concouru jusqu’à 1,30m avec le Français Steve Chamber avant d’être acquis par Steve Guerdat en début d’année, ndlr) que j’adore car il est un outsider. Il sort un peu de nulle part, est un peu dissymétrique au départ, n’est pas le plus beau… Je pense que c’est celui que j’ai le plus monté et il est très en retard pour un cheval de dix ans, on dirait plutôt qu’il en a quatre. Malgré cela, il apprend vraiment vite et je pense qu’il est probable qu’on entende parler de lui à l’avenir.