DANS LE RÉTRO: John McEwen, le plus puissant vétérinaire équin au monde

Ancien premier vice-président de la Fédération équestre internationale, John McEwen, à la tête de son comité vétérinaire entre 2006 et 2018, est un acteur incontournable de l’instance. À soixante-quinze ans, le Britannique quitte progressivement ses fonctions pour profiter davantage des siens. Membre de l’ordre de l’Empire, il reste l’un des personnages les plus influents et puissants de la planète cheval. Cet article d'archive est paru dans le magazine GRANDPRIX Hors-série n°18, en juillet 2018.



La carrière de John McEwen, le plus haut responsable vétérinaire du monde équestre, est une véritable aventure. “Ma vie n’a jamais été planifiée”, explique le président du comité vétérinaire et ancien premier vice-président de la Fédération équestre internationale (FEI). “Je n’ai jamais su comment allait se dérouler mon avenir... et heureusement, sinon je pense que je me serais beaucoup ennuyé ! J’ai quasiment saisi toutes les opportunités qu’on m’a offertes et j’ai toujours eu le privilège de graviter autour des chevaux. J’admire leur force et leur sportivité. J’ai développé une profonde empathie pour ces animaux, et la relation que je peux nouer avec eux m’apporte beaucoup. Durant toute ma carrière, j’ai cherché à les aider et les soutenir autant que possible. Et ils m’ont tellement donné en retour. Je leur dois énormément.”

En plus de quarante ans de métier, le chirurgien vétérinaire a été un acteur clé du monde équestre, tant sur le terrain qu’au niveau des instances internationales. Au sein de la FEI, John McEwen s’est particulièrement penché sur les conditions de circulation internationale de l’animal et l’épineuse question du dopage. Son objectif a toujours été d’assister l’animal, comme en témoigne sa présence de longue date au sein des organismes de protection tels que l’Organisation mondiale de la santé animale et le World Horse Welfare, œuvre de charité soute- nue par la princesse Anne, présidente de la FEI de 1986 à 1994. Comme le souligne Lord Sebastian Coe, ancien président de l’Association olympique britannique (BOA), John McEwen a également joué un “rôle central dans la tenue des épreuves équestres lors des Jeux olympiques et paralympiques de Londres en 2012.” En 2013, le vétérinaire a d’ailleurs été nommé membre de l’ordre de l’Empire britannique.

Avec toutes ses occupations, l’homme n’a guère le temps de s’adonner lui-même à l’équitation. “Je monte sans aucun style !”, ajoute-t- il. “Si vous souhaitez voir une belle équitation, je vous conseille de vous tourner vers un membre plus talentueux de la famille, mon neveu Tom (McEwen, vingt-sept ans, alors seizième au classement mondial de concours complet, ndlr). De toute façon, j’entretiens une bien meilleure relation avec mon cheval en restant à pied.”

À soixante-treize ans (interview réalisée en 2018, ndlr), John souhaite prendre sa retraite et rejoindre la maison familiale nichée dans un joli paysage retiré du pays de Galles, où l’attend impatiemment son épouse, coéquipière de toujours. “J’espère également passer plus de temps à chasser, pêcher, me promener en canoë et randonner en montagne dans mon pays de cœur, l’Écosse.” Pour l’heure, le Britannique demeure un homme très occupé et sollicité, au cœur d’un monde équestre où les problématiques vétérinaires ne manquent pas.



“Nous devons poursuivre nos efforts en endurance”

John McEwen lors du Forum des Sports de la FEI en 2018.

© FEI/Anthony Demierre

Lorsque vous réfléchissez à la notion de bien-être du cheval, que vous vient- il en premier à l’esprit ?

Le bien-être des chevaux est primordial dans notre sport. Nous avons d’ailleurs imprimé la totalité de nos principes à ce sujet sur les premières pages de chaque calendrier d’événements. L’attention médiatique sur ce point a atteint un niveau record et la sensibilisation du public est extrêmement importante.

Concernant les chevaux de sport, je pense que les longues carrières se conjuguent avec une bonne prise en charge de leur bien-être. Il y a eu beaucoup d’améliorations en matière de gestion de l’animal, de préparation sportive et de sols de compétition. Le bien-être est un sujet vaste et complexe. Les progrès ont déjà été conséquents, mais nous devons poursuivre nos efforts car il reste beaucoup à faire.

Depuis une dizaine d’années, l’endurance est au cœur de nombreuses controverses en matière de bien-être animal. La FEI agit-elle suffisamment en la matière ?

Elle a investi beaucoup de temps et d’efforts dans cette discipline. Les recommandations issues du processus de révision des règlements ont été mises en œuvre. Chaque course fait l’objet d’un vaste contrôle vétérinaire des chevaux. Je constate des progrès, mais je continue à voir des défaillances, donc je pense que nous devons poursuivre nos efforts dans cette discipline. Le bien-être des chevaux est une priorité permanente, et la FEI a à cœur d’améliorer les méthodes d’entraînement dans cette discipline à l’échelle de la planète. Nous avons effectué – et continuons à le faire – un recensement des blessures survenues lors de courses. À partir de ce travail, nous avons modifié nos règlements, et nous analysons continuellement les effets de ces réformes. Je pense que fon- der notre réglementation sur des données probantes est la bonne solution et que sa mise en application est essentielle avec l’aide des moyens modernes de technologie.

Quel autre domaine présente selon vous le plus de lacunes en matière de bien-être équin ? Et quel est votre plan d’action pour les prochaines années ?

C’est une question ardue. Par exemple, nous devons étendre à d’autres disciplines notre surveillance des blessures occasionnées en com- pétition. La prochaine étape concerne le concours complet. La FEI a toujours enregistré et analysé les blessures graves, mais ces nouveaux projets financés vont nous permettre d’aller beaucoup plus loin dans la gestion et la prévention des blessures, ce qui est notre objectif numéro un. Nous avons également investi dans l’évaluation et la maintenance des sols artificiels. Désormais, nous souhaitons étendre cela aux terrains de cross et d’endurance.

En outre, nous devons faire appliquer des normes minimales de sécurité concernant le transport aérien. Nous devons aussi continuer à prendre en compte les recherches scientifiques pour mieux appréhender les risques en compétition, les délais nécessaires de récupération des chevaux, surveiller les conditions climatiques des épreuves et poursuivre nos stratégies d’adaptation en adéquation avec les projets que nous avons récemment menés. Enfin, nous devons nous assurer de disposer des meilleures pratiques en matière de gestion des chevaux, et de les mettre régulièrement à jour.

La lutte contre le dopage reste également un sujet majeur pour les sports équestres. Où en est-on aujourd’hui ?

Après la vague de contrôles positifs survenus lors des Jeux olympiques de 2008, nous avons révisé notre règlementation en nous fondant sur une nouvelle approche, plus juste, proportionnée et compréhensible par notre communauté. Nous avons établi une liste claire des médicaments interdits en compétition. Selon moi, cette réforme a constitué une révolution dans notre politique de lutte antidopage. Nous disposons désormais d’un système harmonisé d’analyse et de renseignement. Nous avons mis en place une politique rigoureuse de tests, avec plus de mille produits inscrits sur la liste des substances interdites de la FEI.

On ne doit jamais se reposer sur ses lauriers et il y aura toujours des défis, mais je crois que l’énorme travail accompli a été très utile. En la matière, le développement mondial de notre sport doit s’accompagner d’un effort de sensibilisation des cavaliers. Afin de s’assurer que les athlètes et vétérinaires soient toujours bien informés, la FEI continuera donc à investir dans toutes les formes de communication.

 



Sa vie en quelques dates

6 juin 1945

John McEwen naît à Woking, à cinquante kilomètres au sud-ouest de Londres: “Dès mon plus jeune âge, j’ai su que je voulais devenir vétérinaire et travailler auprès des animaux. Ayant grandi parmi les chevaux et les chiens, j’ai développé une forte affinité pour ces deux espèces.”

1969 

Il obtient son diplôme en médecine et sciences vétérinaires à l’Université de Glasgow.

1978 

Il est nommé vétérinaire de l’équipe britannique de saut d’obstacles: “J’ai ainsi débuté à Aix-la-Chapelle, où se tenaient les premiers championnats du monde mixtes. Dans ce lieu extraordinaire, nous avons remporté la médaille d’or au terme d’une passionnante compétition. Néanmoins, j’ai senti que la FEI avait du pain sur la planche pour soutenir nos chevaux de sport... En réalité, j’ai toujours voulu me battre pour améliorer le bien-être des chevaux et n’ai jamais accepté les statu quo.”

1994

Il franchit une étape décisive de sa carrière aux Jeux équestres mondiaux de La Haye: “Le Pr Leo Jeffcott, alors président du comité vétérinaire de la FEI, m’a suggéré de former une association de vétérinaires d’équipes pour faire entendre ma voix et celles de mes collègues lors des réunions dudit comité. J’ai suivi son conseil à la lettre: j’ai fondé l’Association internationale des vétérinaires traitants (ITVA) en collaboration avec mes confrères français et allemand Philippe Benoit et Björn Nolting. Ce grand pas en avant nous a offert une représentation officielle.”

1999 

Il intègre le comité vétérinaire de la FEI, dont il est élu vice-président: “Cela incarnait pour moi une belle évolution des mentalités. Selon moi, il ne faut pas tant séparer les vétérinaires traitants de ceux qui réglementent le sport, car tous ont à l’esprit le bien-être et le soin du cheval. Par ailleurs, depuis que je suis président du comité (il a été élu pour la première fois en 2006, ndlr), j’ai toujours pu compter parmi nos membres un vétérinaire provenant de l’Association internationale des vétérinaires de chevaux de sport (ISHVA), qui regroupe justement les traitants.”

2012

Il œuvre à la réussite des Jeux olympiques de Londres: “Dès que nous avons su que Londres accueillerait ces Jeux, il n’y avait plus une minute à perdre. La phase de préparation, qui est passée en un éclair, nous a demandé un travail difficile et souvent frustrant. Mais cela en valait la peine, car le résultat était incroyable! Je ne peux pas être objectif, mais pour moi, c’étaient les meilleurs JO de l’histoire. Cela a aussi été le point culminant de ma carrière, aussi bien au sein de la FEI – une si belle organisation n’est-elle pas la meilleure publicité possible pour notre sport? –, qu’au sein de la Fédération équestre britannique, qui a réalisé nos rêves les plus fous. En tant que vétérinaire de l’équipe britannique de dressage, j’ai bien sûr trouvé fantastique aussi que nous remportions trois médailles sur quatre possibles. Je n’oublierai jamais ce moment.”

3 octobre 2013

Il est nommé membre de l’ordre de l’Empire britannique par la princesse Anne: “Avoir vécu les JO en tant que premier vice-président de la FEI, puis être ainsi récompensé pour mon engagement dans les sports équestres, qui plus est à l’occasion de l’anniversaire de la reine Élisabeth... Franchement, je n’aurais jamais pu imaginer un tel scénario.”

2014

Il brigue la présidence de la FEI avec pour objectifs de garantir les meilleures conditions d’organisation possibles en développant un nouveau plan stratégique et en améliorant l’image des sports équestres. Il s’incline alors devant le Belge Ingmar de Vos, dont il soutient pleinement l’action aujourd’hui: “Je soutiens ces objectifs que j’estime essentiels pour l’avenir de notre sport. Nous devons penser à l’héritage que nous laisserons. Travailler avec la princesse Haya de Jordanie (présidente de 2006 à 2014, ndlr) a été une réelle bouffée d’air frais. Elle avait des idées modernes et connaissait ses dossiers sur le bout des doigts. Elle était assez courageuse pour relever les défis et changer les choses, même s’il y avait des risques. Selon moi, nous devons sortir des sentiers battus, ne pas rester en petit comité et tendre la main à un public non cavalier pour l’inciter à regarder notre sport. Nous devons continuer à soutenir l’expansion de notre sport tout en essayant de conserver des règlements simples et compréhensibles. Ce n’est jamais facile, mais je pense que nous avons bien progressé. Notre président Ingmar de Vos a pris l’initiative de mettre l’accent sur une bonne gouvernance, fiable et de bon sens, et nous sommes désormais reconnus internationalement à ce sujet.”

2018 

Très impliqué dans la transmission du savoir vétérinaire, il donne régulièrement des conférences à travers le monde: “Notre communauté équestre a soif de connaissances et je pense qu’il est de notre devoir, en tant que scientifiques, d’enseigner et d’informer d’une manière claire et abordable sur la nature des chevaux de sport. Lorsque nous avons passé en revue nos protocoles de lutte contre le dopage après les Jeux de 2008, nous avons réalisé que nous avions besoin de nous professionnaliser et d’informer les athlètes de manière plus compréhensible. Notre objectif est bien sûr de tendre à un sport propre, sans dopage. Même si j’ai rencontré des difficultés toute ma vie à passer des examens, étant donné ma profonde dyslexie, j’ai toujours reconnu que l’éducation et une bonne communication étaient essentielles.”

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