“Je ne veux plus construire un cheval en force ni chercher la victoire en conservant de nombreuses lacunes”, Mathieu Lemoine

Mathieu Lemoine était au haras de Jardy le week-end passé pour son premier concours international de l’année. Très en forme et toujours souriant, le champion olympique par équipes installé au Lion d’Angers pour quelques semaines encore, a signé une belle performance avec Tzinga d’Auzay, troisième du CCI 4*-S. Il fait un point sur son écurie et son avenir qui s’annonce radieux.



Ici sur le cross du haras de Jardy, Tzinga d'Auzay est propriété de Natacha Gimenez.

© Pauline Chevalier

“C’était un peu un week-end marathon ce retour à Jardy ! Mais j’ai aimé cette intensité”, lâche Mathieu Lemoine au terme des deux jours de compétition à Marnes-la-CoquetteTravailleur, appliqué et passionné, le champion olympique par équipes avec Bart L prépare un avenir qui s’annonce radieux. À son compte depuis 2017 après avoir collaboré avec Pierre Defrance pendant presque dix ans, le Tricolore a réalisé un retour à la compétition plus que satisfaisant, notamment avec une troisième place dans le CCI 4*-L sur Tzinga d’Auzay. “Enfin le classement tant attendu. Je l’espérais depuis un moment, mais ce podium a une saveur particulière. Nous avons beaucoup progressé en dressage et j’ai senti que la jument se donnait réellement. À la sortie, j’étais déçu de ma note. L’hippique a été magique. Il s’agit du point faible de Tzinga, qui est délicate, mais la nouvelle façon dont Cédric Lyard, mon entraîneur, me fait monter sur les barres porte ses fruits. Elle est désormais plus juste et se détend plus facilement. Nous nous connaissons également mieux. Souvent, elle était très stressée en début de tour, très émotive à l’entrée en piste. Maintenant, elle arrive à mieux se détendre et notre tour de ce week-end était une vraie réussite. J’ai pris beaucoup de plaisir. Ce sans-faute est une belle récompense. Ensuite, elle a déroulé un cross avec beaucoup de facilité. Je suis vraiment content pour ma propriétaire Natacha Gimenez, qui me fait confiance, mais également pour l’élevage d’Auzay qui a dû vivre un beau moment de sport puisque Voilà d’Auzay est également quatrième avec Jean Teulère”, commente Mathieu Lemoine.



2020, l’année du grand changement !

Dixième du CCI 3*-S à Marnes-la-Coquettes, Vidocq de Tael et Mathieu Lemoine continuent à faire connaissance.

© Pauline Chevalier

Au haras de Jardy, le Français présentait également deux produits de l’élevage de Tael, de Gwenaëlle Le Breton. “Gwenaëlle est ma propriétaire principale, puisqu’elle me confie désormais cinq chevaux. Au début de la saison, Vidocq et Flamencko sont arrivés en provenance de l’écurie d’Alexis Goury. Vidocq a débuté dans le CCI 3*-S avec moi à Jardy car c’est un cheval d’expérience. Je dois encore parfaire les réglages pour l’embouchure, le protocole de détente etc. Nous apprenons à nous connaître mais je suis déjà ravi de ce concours. Après un bon dressage, son sans faute à l’hippique est plaisant. Je craignais une blague sur le cross, mais je pense que j’ai eu une fausse opinion de ce cheval. Lors de notre premier test dans la Pro 3 de Saumur, je l’ai monté fort en le mettant sous pression. Cela a provoqué l’effet inverse de ce que je cherchais car j’ai fini par perdre la direction, provoquant une dérobade. À Jardy, je l’ai monté sans pression, sans un seul coup de cravache, en le rassurant. Après quatre obstacles pour se mettre en route et se détendre, il galopait et sautait avec aisance. Alors, contrairement à ce que je pensais, j’ai pu augmenter ma vitesse et joué le jeu du classement (le couple a terminé dixième du CCI 3*-S, ndlr). C’est un peu une révélation ! Je pense qu’il sera nécessaire de le déclasser régulièrement afin qu’il fasse une course facile pour conserver son moral”, analyse le Tricolore. “Son demi-frère, Cuattro de Tael est différent. Il est nettement plus grand avec une belle locomotion. Le cross est une formalité pour lui, tandis que l’hippique est plus compliqué. Dès que je mets la jambe, il se précipite, s’échappe et fait tomber les barres. Il a encore besoin de routine car il est très fin et délicat. Ses moyens sont énormes et il progresse à chaque sortie”, poursuit-il

Mathieu Lemoine s’est retrouvé confiné peu après son arrivée au sein du domaine de l’Isle Briand, au Lion d’Angers, qu’il a rejoint fin 2019. Pour lui, cette période n’a pas été une épreuve, bien au contraire. “J’ai très bien vécu cette phase inattendue. Je n’étais pas malheureux tout seul au Lion d’Angers, dans des installations formidables. J’ai réellement apprécié passer plus de temps sur mes chevaux entrer davantage dans les détails techniques. Les concours ne m’ont pas tellement manqué finalement. Mes chevaux étaient prêts et leur remise en souffle pour le cross n’a pas été trop compliquée lorsque le calendrier s’est enfin structuré. C’est le travail avec mon coach Cédric Lyard qui m’a le plus manqué. Il a complètement fait évoluer mon travail sur les barres notamment. Je suis réellement heureux qu’il se soit installé chez Laurent Bousquet car nous sommes encore plus proches”, résume-t-il.  

Après quelques mois de transition au Lion d’Angers, Mathieu Lemoine va connaître une évolution importante d’ici fin août. En association avec sa fidèle propriétaire, Gwenaëlle Le Breton, le trentenaire va s’installer dans sa propre structure, près du Mans. “Avec Gwenaëlle, nous sommes en train d’acquérir une propriété de vingt-quatre hectares qui est une ancienne structure de courses très polyvalente. Il y a une carrière, un très grand manège, un marcheur, des paddocks et des prairies permettant la production de foin. Il y a également une piste de galop, une piste d’obstacles et une grande ligne droite en montée. Cette propriété est très bien située géographiquement pour aller en concours mais aussi pour travailler avec mon coach. C’est un endroit vraiment extraordinaire car déjà très fonctionnel, mais qui pourra aussi se développer avec la construction d’un spring garden. Je vais enfin développer mon activité et ne plus être simplement un cavalier de concours. Je pourrais mettre en place des nouvelles activités comme la pension retraite, la location de spring garden, ma production de foin, la pension pour des propriétaires, les débourrages, les stages de travail, le commerce. Je suis chanceux d’avoir une amie comme Gwenaëlle Le Breton qui me suit dans cette aventure tout en me permettant de valoriser Quickness, Vidocq de Tael, Flamencko de Tael, Cuattro de Tael et Fandgio”. 



Un piquet de chevaux d’avenir

Syndiquée entre plusieurs amis passionnés de complet, Fly Up de Banuel représente l'un des espoirs de Mathieu Lemoine pour le futur.

© Pauline Chevalier

À Marnes-la-Coquette, Mathieu Lemoine a enchaîné les épreuves internationales et celles réservées aux Jeunes Chevaux. Déjà très en forme lors des dernières épreuves, Fly Up de Banuel et Fandgio, respectivement par Upsilon et Vagabond de la Pomme, ont prouvé qu’ils sont des chevaux d’avenir. “Je n’ai pas un piquet très équilibré pour le moment. J’ai des chevaux de huit à seize ans et seulement quatre chevaux de cinq ans. Je n’en ai aucun de quatre, six et sept ans. C’est un hasard, dû aussi à ma période actuelle de développement et de nouvelle organisation. Quand je serai chez moi, je pourrai trouver de nouvelles montures”. Parmi ces futurs champions, Fly Up de Banuel est un symbole important, reflet de l’amitié d’une bande de copains passionnés de complet. “Fly Up de Banuel est le denier produit de l’élevage de Jean-Pierre Texier, qui a lancé autour de cette pouliche le syndicat Black Pearl and Co. Ce nom fait référence au surnom que l’on avait donné à mon camion de concours du temps où Guillaume Texier travaillait à mes côtés et que nous voguions ensemble sur les aventures sportives de Bart L. C’est Guillaume qui a débourré la jument. Le projet actuel réunit dix amis, tous amoureux du complet et souhaitant vivre une aventure sportive chaleureuse. Pour le moment, nous construisons notre couple dans les épreuves Jeunes Chevaux jusqu’à l’âge de six ans. Nous évaluerons ensuite son potentiel pour décider de la suite de l’histoire. Pour la première fois, je monte sans aucune pression et c’est réellement agréable. Je veux la former progressivement, très classiquement et simplement. Si malheureusement le potentiel sportif en fin d’année de six ans n’est pas au rendez-vous, elle sera vendue”.

Résolument tourné vers l’avenir, Mathieu Lemoine souhaite également appliquer une méthode inspirée de l’essentiel. “Je suis fier de ma génération de cinq ans que je construis dans la même mouvance. Je veux des chevaux faciles. Je les monte et les sors en compétition pour les faire évoluer sereinement. Je préfère gagner avec la manière, une belle équitation qu’autrement. Construire un cheval en force et chercher la victoire en conservant de nombreuses lacunes n’est plus l’équitation que je veux pratiquer. Je suis tellement heureux de pouvoir monter différemment aujourd’hui. C’est d’autant plus une méthode essentielle que si le cheval est vendu ultérieurement, son dressage sera classique et son mode d’emploi simple et facile”. 

 Mathieu Lemoine aborde l’avenir avec sérénité et des projets pleins la tête. Toujours sur le devant de la scène sportive, son équitation reste au plus haut niveau et les nouveaux projets ne manquent pas.