Birmane, la belle brune qui ne compte définitivement pas pour des prunes

Élancée, racée, sanguine, Birmane se révèle et s’affirme à chaque sortie sous la selle de Thomas Carlile. Qualifiée pour les Jeux olympiques de Tokyo, la belle brune a fait une rentrée post-confinement remarquable en s’adjugeant leur plus belle victoire dans le CCI 4*-S de Marnes-la-Coquette, le week-end passé. Née chez Gérard Brescon, le fidèle “éleveur aux mains d’or”, comme le dit Thomas lui-même, Birmane est promise à un avenir radieux. Coup de projecteur sur cette prodigieuse fille de Vargas de Ste Hermelle âgée de neuf ans seulement.



Née chez Gérard Brescon, Birmane a ici deux ans.

© Pauline Chevalier

Après avoir choisi la valeur sûre Lando et fait naître Allegra (ISO 140) en 2010, Gérard Brescon, éleveur gersois passionné de génétique et de chevaux de sport de grande qualité, choisit de marier l’étalon Vargas Ste Hermelle à sa poulinière Royce de Kreisker l’année suivante. Ce bel alezan brûlé disparu brutalement en 2015 après une inflammation des cervicales est le fruit du croisement entre Ogano Sitte et Naltysse de Ste Hermelle par Billy du Lys. Il était connu pour avoir remporté le championnat de France de saut d’obstacles à quatre ans, à Fontainebleau, avec Aurélien Bigault. “Je fais souvent confiance aux jeunes étalons avec une belle génétique. J’avais vu Vargas en concours et il m’avait réellement tapé dans l’œil car il sortait de l’ordinaire. Il sautait vraiment bien en alliant souplesse et sang. Je me suis dit que le croisement avec Royce de Kreiser (Diamant de Semilly x Papillon Rouge) permettrait d’améliorer le geste et la technique”, explique Gérard Brescon, neuf ans après.

De cette union naît Birmane, le 4 avril 2011, une pouliche faisant partie de la première génération des Vargas. Après quelques années dans les prairies gersoises, elle intègre les écuries de Thomas Carlile, le cavalier de Gérard Brescon, et découvre la compétition à quatre ans. Après avoir excellé lors des qualificatives, Birmane prend part à la finale des championnats de France sous la selle de Cédric Lyard, son cavalier habituel étant retenu avec l’équipe de France pour les Européens de Blair Castle avec Sirocco du Gers. Le cavalier bordelais, récemment installé chez Laurent Bousquet avait, déjà à l’époque, jugé la jument bourrée de qualité et obtenu la sixième place. De retour sous la selle de Thomas Carlile, la qualification pour la finale des cinq ans est une formalité en 2016. Cette même saison, Birmane est couronnée par un premier titre de championne de France avant de doubler la mise à six ans. Au Mondial du Lion d’Angers, la belle brune fait une nouvelle fois étalage de son talent en s’emparant de la troisième marche du podium. 

À sept ans, la très studieuse Birmane continue son évolution avec des victoires et des classements en CCI 3*-S et CCI 3*-L. Toutefois, la fin d’année n’est en rien révélatrice des qualités de la talentueuse jument. Lors du championnat de France des sept ans, Thomas Carlile fait une erreur de parcours sur le cross, ce qui entraîne l’élimination du couple. Néanmoins régulier, le duo est logiquement sélectionné une nouvelle fois pour le Mondial du Lion. Après un bon dressage, le couple aborde le cross sereinement mais la belle baie foncée se déséquilibre lors du passage d’une pointe et fait chuter son cavalier, à quelques obstacles de la fin et après avoir avalé l’ensemble des difficultés majeurs du parcours. 

Afin de travailler sur son émotivité parfois importante, Thomas et Gérard choisissent d’engager leur protégée lors du Cross Indoor de Bordeaux, qu’elle conclut au sixième rang. En 2019, Birmane évolue avec succès en CCI 3* et CCI 4* et conclut l’année à une très encourageante dixième place au CCIO 4*-L de Boekelo, à seulement huit ans. 


Birmane au haras de Jardy à l'issue du cross et sous l'œil de son éleveur et propriétaire Gérard Brescon.
© Pauline Chevalier

 



Un déménagement salvateur pour ce “diamant”

Birmane excelle dans les trois tests du complet, y compris en saut d'obstacles grâce notamment aux aptitudes de son père, Vargas Ste Hermelle.

© Pauline Chevalier

Début 2020, Birmane déménage avec son cavalier dans de nouvelles écuries sarthoises qui lui permettent de s’épanouir et de s’apaiser. “Birmane prend son petit-déjeuner en terrasse, dans son paddock. Elle passe la matinée dans ses jardins avant de rentrer déjeuner chez elle…mais pas toujours ! Par la suite, elle travaille, avant de dîner en terrasse”, s’amuse Thomas Carlile, qui n’hésite pas à comparer sa protégée à une reine. “Cette nouvelle vie quasiment en totalité dehors, dans un endroit très reposant, avec des copains, mais proche de nous quand même l’a transformée. Elle est sereine, belle et mange mieux”, complète-t-il.  

Lorsque l’on demande à Thomas Carlile d’évoquer sa protégée, le cavalier tricolore ne tarit pas d’éloges. “Birmane est un diamant. Elle a des moyens, du sang, de la niaque. Elle n’a pas la plus incroyable des locomotions par rapport à ses concurrents mais je sais que je peux encore me rapprocher de Qing du Briot. C’est mon objectif ! En résumé, elle a tout pour elle!”, s’enthousiasme-t-il.    

Une analyse partagée par son éleveur et propriétaire Gérard Brescon. “C’est une jument de caractère. Elle sait ce qu’elle veut et possède une forte personnalité. Elle connaît son travail, s’y donne entièrement. Birmane n’est pas du tout câline, même si cet aspect s’est amélioré avec l’âge. Plus jeune, elle était très inquiète, mais la nouvelle écurie de Tom lui va à merveille. Cette anxiété entraîne des chaleurs presque indétectables et ne nous a pas permis de réussir les transferts d’embryons que nous avons essayé jusqu’alors. J’ai refait le même croisement qu’elle en 2017 et j’ai donc eu la propre sœur de Birmane : Ivoire de Béliard. Je vais voir si je la mets directement à la reproduction ou si je lui fais faire quelques concours. Mais Birmane me remplit de joie et cette communion avec son cavalier est un plaisir”, confie-t-il

Birmane a obtenu sa qualification (à ne pas confondre avec sa sélection) pour les Jeux olympiques fin 2019, à Boekelo. Le report de l’échéance mondiale à 2021 en raison de la pandémie de Covid-19 pourrait d’ailleurs bien lui être utile. “Birmane est la valeur montante. Cette année supplémentaire d’expérience avant les JO va jouer en sa faveur. Elle est régulière, douée sur les trois tests avec un cavalier qui monte très bien, donc c’est forcément positif”, analyse le sélectionneur de l’équipe de France de complet Thierry Touzaint. La jument avait débuté 2020 par une excellente deuxième place lors du Grand National de Saumur, début mars, avant que le monde entier ne soit paralysé. Avec sa victoire dans le CCI 4*-S au haras de Jardy, la belle brune a une nouvelle fois prouvé qu’il faudrait compter sur elle à l’avenir. Et pourquoi pas du côté de Tokyo, afin que les Bleus puissent conserver l’or olympique décroché en 2016 ?