“Même dans les moments difficiles, il n’a jamais été question de baisser les bras”, Marie Demonte

Éternelle optimiste, farouchement déterminée et enthousiaste, Marie Demonte est plus motivée que jamais à réaliser son rêve de côtoyer les sommets de sa discipline en enfilant la veste bleue à col rouge de l’équipe de France. Comptant sur l’excellente Vega de la Roche et plusieurs chevaux prometteurs, la cavalière de Barbaste a signé deux bons week-ends à l’Hubside Jumping de Grimaud, où elle a passé le cap de la cinquième étoile pour la première fois de sa carrière. Comptant notamment sur sa collaboration avec les écuries du Herrin de la famille Belooussoff, la trentenaire ne perd pas de vue son objectif, malgré les épreuves, dont elle se relève sans jamais tarder. Entretien avec une ambitieuse qui a attrapé “la jolie maladie du concours”.



Marie Demonte est ici en selle sur Las Vegas vd Padenborre, un étalon pour lequel elle a eu un véritable “coup de cœur”.

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Quel bilan tirez-vous de vos deux week-ends à Grimaud, lors desquels vous avez pris part au CSI 5* puis au CSI 4* du 2 au 12 juillet ? 

Le bilan est vraiment positif. L’objectif actuel est de faire emmagasiner de l’expérience à ma jument de tête Vega de la Roche. En janvier, elle avait pris part à deux semaines de compétition à Oliva, en CSI 2* et 3*. Elle n’y avait pas touché la moindre barre. Nous avions ensuite pour objectif de nous rendre au Saut Hermès, à Paris. Pour préparer cette échéance, je l’avais emmenée à Auvers où elle a pris la deuxième place de l’épreuve majeure du premier jour. Au retour d’Auvers, nous avons été confinés donc nous n’avons toujours pas pu courir de CSI 5*. À la sortie du confinement, je n’ai pas pu obtenir une place dans les CSI 4* qui précédaient le CSI 5* de Grimaud, ce que je comprends car de nombreux Français voulaient s’y rendre et que Thierry (Pomel, le sélectionneur national, ndlr) doit faire des choix. Les places sont chères en France, mais le staff essaie de donner la chance à tout le monde. Avec Olivier (Robert, ndlr) nous avons tout de même fait venir Henk Nooren (formateur auprès de l’équipe de France, ndlr) à Barbaste. C’était vraiment super, il nous a faits sauter deux jours. Avec ses parcours et ses tracés, la préparation a été super, notamment pour nos chevaux qui disposent de métier. Nous avons donc pu nous rendre à Grimaud avec une bonne préparation et Vega y a retrouvé ses habitudes de concours. Elle a été super dans le Grand Prix du CSI 5*. Je n’ai qu’un regret, et si c’était à refaire et que je passais un peu plus tard dans la liste de départ, j’aurais enlevé une foulée avant le dernier (un oxer dont le couple a laissé le premier plan à terre, ndlr). C’est comme ça ! Je sais depuis longtemps qu’elle a ce qu’il faut pour courir de telles épreuves. 

J’avais au départ prévu de compter sur Las Vegas (vd Padenborre, propriété des écuries du Herrin, la structure de la famille Belooussoff, ndlr) dans le Grand Prix CSI 4*, lors du deuxième week-end. Finalement, Thierry m’a dit que je devrais plutôt engager Vega car elle avait été super mais il voulait qu’elle confirme pour me donner accès à d’autres concours dans l’été. Elle a réussi un sans-faute dans l’épreuve à 1,50m du samedi, avant de réitérer dans le Grand Prix le lendemain. Mission accomplie donc ! Par ailleurs, je compte aussi sur Las Vegas, qui n’a que neuf ans mais qui est déjà très bon dans des épreuves à 1,50m à barrage. Il va pouvoir courir des Grands Prix CSI 4* pour soutenir Vega. J’ai aussi Dindoctro, que je n’avais pas amené à Grimaud mais qui avait été deuxième d’une épreuve à 1,40m à Auvers en mars. J’ai un très bon piquet de chevaux et la collaboration avec la famille Belooussoff fonctionne très bien. 

À onze ans, Vega de la Roche semble plus prête que jamais à aborder le plus haut niveau, elle qui a pris part à son tout premier Grand Prix CSI 5* à Grimaud…

Exactement ! Et c’est d’autant plus réjouissant qu’elle a eu un passé particulier. À huit ans, elle s’est fait une entorse après avoir marché sur une barre au sol à Oliva. Cela l’a écartée du sport pendant six mois. En fin de saison, je l’avais tout de même engagée dans un Grand Prix à 1,50m car je savais qu’elle en avait les moyens. À neuf ans, elle a fait de bons progrès et nous avons réussi une belle performance lors du championnat de France Pro Élite, que nous avions terminé à la dixième place. Après cela, nous nous sommes aperçus que quelque chose n’allait pas physiquement car il lui arrivait de boiter au galop mais pas au trot. En passant une scintigraphie et un scanner, nous nous sommes aperçus qu’elle avait un kyste osseux de naissance dans le coude. Elle a été opérée en juillet et n’a pu resauter qu’en mars 2019, à dix ans. Elle n’est vraiment pas usée et avait besoin de prendre de la maturité. Cette jument-là a énormément de sang. J’ai eu la chance de monter de bons chevaux, mais avec elle je n’ai jamais peur dans une combinaison. Elle dispose d’une immense volonté et est très marquée par son père Diamant de Semilly et son grand-père Baloubet du Rouet. Si on me disait de courir le Grand Prix de Calgary dès demain, cela ne m’inquiéterait pas du tout. Elle a sauté sous des températures assez extrêmes à Grimaud, mais cela ne l’a pas dérangée du tout car elle a énormément de sang. Afin de la préparer pour le Grand Prix, j’ai dû beaucoup la travailler car plus elle est relâchée, mieux elle est. 

Le fait de concourir deux semaines d’affilée à Grimaud me convient bien, et je vais pouvoir y retourner en août, où je courrai cette fois d’abord le CSI 4*, puis le CSI 5*. Ce sera ainsi un peu plus logique et je vais essayer de bien préparer cette échéance. 

Le fait de n’avoir commis qu’une seule faute dans le Grand Prix prouve qu’avec quatre mois de préparation, on peut réaliser de belles choses sans tomber dans la spirale infernale des concours tous les week-ends ou toutes les deux semaines. On peut réaliser les choses intelligemment, comme le faisait par exemple Jeroen Dubbledam avec Zenith (très préservé, le bai aujourd’hui retraité a été savamment préparé pour décrocher l’or par équipes et en individuel aux Jeux équestres mondiaux de Caen en 2014 et aux Européens d’Aix-la-Chapelle l’année suivante, ndlr). Il a toujours préparé les échéances avec patience, comme le fait Steve (Guerdat, le numéro un mondial, ndlr). Je crois que les chevaux d’expérience n’ont pas besoin de concourir sans cesse. Mon but est de pouvoir compter sur Vega et les autres pendant encore longtemps afin d’avoir des objectifs à long terme. 



“Thierry Pomel sait que je suis partante pour des Coupes des nations”

Vega de la Roche n'a écopé que d'une faute dans son tout premier Grand Prix CSI 5*, à Grimaud.

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Vous pouvez par ailleurs monter sereinement car vous savez que Vega de la Roche n’est pas à vendre… 

Exactement ! Elle appartient à monsieur Pierre Chainier et à ses trois fils. Nous avons vendu tous les autres chevaux après la disparition de madame Chainier, qui est décédée d’un cancer. Vega est leur dernière jument, ils viennent la voir en concours et la conservent en souvenir de Mme Chainier. Il est vraiment confortable de pouvoir compter sur une telle jument. Comme je l’ai dit à Thierry, ses parcours à Grimaud n’étaient pas des coups d’éclat car elle dispose d’une immense qualité. L’an passé, je pouvais compter sur Tanael des Bonnes (vendu depuis à l’Américaine Brianne Goutal-Marteau, ndlr). Vega a ainsi pu être épaulée et prenait part aux épreuves à barrage du vendredi, lors desquelles elle a réalisé de très nombreux parcours sans-fautes. Nous avions déjà participé à un Grand Prix CSI 4* à Grimaud, lors duquel nous avions commis une faute en partant en numéro un, mais avions été classées grâce à un tour assez rapide. Elle était déjà régulière l’an passé, mais cette saison, elle est réglée comme du papier à musique. 

Votre saison aurait été bien différente sans ce maudit confinement… 

Ah ça… Il ne faut pas me le dire (rires) ! Malgré tout, cela nous a permis de former les chevaux, qui ont aussi pu se reposer un peu. Nous n’allons pas les user cette année. En dehors de Grimaud, je serais très contente si je pouvais prendre part au CSI 5*-W d’Equita Lyon. Le but désormais est d’avoir de bons objectifs pour l’année prochaine. Thierry me connaît depuis très longtemps et sait que je suis partante pour de beaux concours et des Coupes des nations. 

Votre objectif est donc de représenter le drapeau tricolore autant que possible ? 

Oui, tout à fait ! L’an passé j’ai pris part au CSIO 3* de Drammen avec les chevaux que montait avant Valentine Belooussoff. J’y ai remporté une belle épreuve à 1,45m (avec Stella Levista, vendue depuis à l’Américaine Caroline Mawhinney, ndlr) et avais été classée dans le Grand Prix (à la quinzième place avec Calou, cédé à la Suissesse Alexandra Amar, ndlr)

Les Coupes des nations sont de bons moments de partage, c’est vraiment chouette. Vega et Las Vegas sont tous deux fiables et ont la qualité nécessaire pour cela. Ce dernier est d’ailleurs encore plus facile que Vega, qui a tendance à sauter très en avant. Elle a désormais compris comment bien s’employer et se laisse elle-même de la place devant les verticaux. Las Vegas a une technique de saut beaucoup classique et a déjà tout compris à neuf ans. Il ne force pas pour sauter haut. Bien qu’il ait été très préservé à huit ans, il a pris part à une épreuve à 1,55m au CSI 5* de Grimaud après quatre mois de pause et s’est très bien comporté. J’ai monté plein de chevaux chez les Belooussoff, mais lorsque j’ai sauté avec Las Vegas, j’ai eu un énorme coup de cœur. Pourtant, il n’avait jusqu’alors pris part qu’à des épreuves à 1,35m et était au milieu de chevaux comme Calou ou Stella Levista. Je ne l’explique pas vraiment mais immédiatement je suis tombée amoureuse de ce cheval. 



“Il reste encore du chemin à parcourir”

Éternelle optimiste, Marie Demonte compte bien atteindre ses objectifs.

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Vous naviguez entre les concours réservés aux Jeunes Chevaux, les nationaux et désormais les CSI 5*. Comment parvenez-vous à être sur tous les fronts ? 

J’ai un peu levé le pied avec les jeunes chevaux. J’avais emmené mes six ans à Oliva en début d’année et je les fais concourir à Barbaste lorsqu’il y a des concours qui leurs sont réservés. Je comptais toutefois un peu mettre cela de côté, car je ne peux plus continuer avec le piquet de chevaux que j’ai actuellement. Je continue donc de les former car il est nécessaire de former des jeunes pour renouveler son piquet, mais sans avoir pour objectif de les emmener aux finales nationales de Fontainebleau. L’idée est qu’ils atteignent le plus haut niveau, donc ils suivent dès que possible mes chevaux d’âge, notamment en tournée. J’ai également des chevaux de sept et huit ans qui participent plutôt à des concours locaux, très formateurs dans notre région. Rhune (d’Euskadi, grand espoir de l’amazone malheureusement disparue tragiquement avec Popof du Luc et Ringo de Paban dans un accident de camion au retour du CSIO de Lisbonne, en 2014, ndlr) a par exemple été formée dans ces compétitions, comme Raia d’Helby, l’ancienne jument d’Olivier Robert. 

Par ailleurs, je souligne que l’an passé j’ai été classée dans des épreuves à 1,50m avec dix chevaux différents, notamment avec ceux de l’écurie du Herrin. Nous avons calculé cela pendant le confinement et je me suis rendue compte que le fait de pouvoir compter sur beaucoup de chevaux de très haut niveau m’a permis de progresser. J’ai pu développer un feeling sur des parcours importants. Cela m’a beaucoup apporté, c’est indiscutable. Le système des écuries du Herrin est solide : ils achètent des jeunes, qui sont formés en Normandie. Il y en a une trentaine dans une écurie entre Saint-Lô et Bayeux, où Sébastien Tencé gère cela à merveille. À sept ans, les chevaux viennent dans le Sud et Valentine Belooussoff et moi nous les partageons. Ils achètent pas mal de chevaux lors des ventes Fences, et l’objectif est de trouver au moins un crack par an. 

On a le sentiment que vous êtes plus prête que jamais à côtoyer les CSI 5* de plus en plus régulièrement… 

Je l’espère vraiment. Lorsqu’un week-end se déroule bien, cela donne envie de poursuivre sur cette lancée mais il reste encore du chemin à parcourir. Lorsque j’étais toute petite, j’ai vu Pierre Durand à Séoul en 1988, et j’ai dit à ma maman « je veux faire ça ! » Depuis, je n’ai jamais lâché et pourtant certaines années je courrai des épreuves à 1,30m ou 1,40m. C’est comme ça, j’aime la compétition et qu’il y ait 1,30m ou 1,50m à sauter, j’adore concourir. Mon ex-mari Olivier est celui qui décrit le mieux ma passion quand il dit que j’ai attrapé la maladie du concours. On ne se refait pas, mais je trouve qu’il s’agit d’une jolie maladie. J’ai connu des moments difficiles, notamment il y a six ans avec l’accident mais j’ai remonté cette longue pente. Il n’a jamais été question de baisser les bras. Le week-end suivant ce drame, j’étais en compétition et cela avait choqué certaines personnes. Je leur demandais : « Que voulez-vous ? Que je reste dans mon appartement à pleurer mes chevaux ? » Ce n’est pas dans ma nature. Bien sûr, cet épisode a été horrible, mais j’avais des chevaux de sept ans à monter donc j’ai tout de suite voulu aller de l’avant. Je ne lâche jamais !


Ci-dessous, revivez en images le parcours de Marie Demonte et Vega de la Roche dans le Grand Prix CSI 5* de Grimaud.