Fischer Chipmunk FRH, un doux géant en route vers Tokyo

Ancien crack de l’Allemande Julia Krajewski, Chipmunk est associé depuis 2019 à Michael Jung, avec qui le succès a été immédiat puisqu’ils ont remporté deux médailles, l’or par équipes et l’argent en individuel, lors des championnats d’Europe Longines de Luhmühlen l’année passée. Une semaine après la victoire du couple lors du CCI 4*-S de Strzegom, GRANDPRIX dresse le portrait de ce grand Hanovrien de douze ans, sensible et dresseur accompli.



Julia Krajewski et Chipmunk lors du cross des JEM de Tryon en 2018.

© Scoopdyga

Fischer Chipmunk FRH (Han, Contendro I x Heraldik xx) s’est imposé de bout en bout le week-end passé dans le CCI 4*-S à Strzegom, associé au maître incontesté du concours complet, Michael Jung. Le grand hongre, que l’Allemand décrit comme “très gentil et proche de l’homme” a conservé ses points du dressage, grâce à un maxi sur le cross et un sans-faute sur l’hippique. “Je suis très content, c’était un bon week-end et Chipmunk était en forme” a confié l’ancien numéro un mondial. En dressage, la reprise du couple a été notée à 80,60%, correspondant à 19,4 pénalités. Le dressage est justement le point fort de Chipmunk. Michael Jung l’estime même comme étant meilleur que son crack retraité Sam sur ce test! Dans sa locomotion, il se rapproche en effet d’un cheval de dressage et dégage énormément de puissance et d’émotion sur le rectangle. Il s’agissait du deuxième concours du couple depuis la reprise des compétitions mais également depuis leurs deux médailles européennes remportées à l’été 2019. Cette longue pause a été mise à profit par l’Allemand pour continuer à progresser. “J’ai eu beaucoup de temps pour travailler avec lui, ce qui était positif. Au final, cette période sans compétition est passée très vite!”, a-t-il confié.

En Pologne, le Hanovrien a égalé sa performance sur le dressage du CCI 4*-L de Bramham en juin 2018, qu’il a remporté avec un score de 19,4, sous la selle de son ancienne cavalière, Julia Krajewski. L’Allemande a véritablement formé le bai-brun foncé, évoluant avec lui depuis les CCI 2*-S aux Jeux équestres mondiaux (JEM) de Tryon, en 2018. Ensemble, ils ne comptent pas moins de dix victoires internationales – et notamment dès leur deuxième sortie en août 2014 au CCI 2*-S de Helvoirt, aux Pays-Bas – entre 2014 et 2018. Malheureusement, le couple n’aura jamais vraiment connu le succès escompté en championnats, essuyant un refus lors des championnats du monde Jeunes Chevaux du Lion d’Angers en 2015 ainsi qu’outre-Atlantique lors des JEM, où ils ont également fait tomber deux barres sur l’hippique pour finir trente-neuvièmes en individuel et cinquièmes par équipes. Dans le numéro de GRANDPRIX paru en juin 2018, Julia Krajewski avait décrit Chipmunk comme “un doux géant, qui aimerait certainement être un animal de compagnie! Il est extrêmement fidèle à son cavalier et très sociable. Pourvu qu’on lui donne suffisamment de sécurité et de confiance, sa motivation et son assurance sont illimités. Il est incroyablement agréable à monter et très sûr au cross. En tout cas, le monter est vraiment un plaisir.”



Objectif Jeux olympiques de Tokyo en 2021

Le contrat liant la cavalière au propriétaire et éleveur de Chipmunk, Hilmer Meyer-Kulenkamp, ayant pris fin, ce dernier a souhaité le vendre. Michael Jung a alors réagi, comme il l’avait expliqué sur les réseaux sociaux: “Lorsque j’ai appris en fin d’année dernière que Chipmunk ne pourrait malheureusement rester sous la selle de Julia, mais qu’il était possible de le garder pour l’Allemagne et pour moi, j’ai fait mon possible pour que cela arrive. Au final, je dois cela au soutien de propriétaires et de mon excellent partenaire Fischer, qui investit pour l’avenir. Récupérer un cheval déjà formé est quelque chose de tout à fait nouveau pour moi, car comme tout le monde le sait, j’attache beaucoup d’importance à former les chevaux moi-même.” Le Comité olympique équestre allemand s’est porté en partie acquéreur, ainsi que la famille Fischer, qui possède plusieurs chevaux de Michael Jung, tandis que Hilmer Meyer-Kulenkamp est toujours propriétaire d’une part du hongre. Michael Jung confie ne pas avoir été intéressé par Chipmunk plus tôt, considérant que “le cheval ne sortait pas du lot. C’était toujours un bon cheval, mais qui est grand et massif, un peu lourd même. Cependant, il avait déjà beaucoup d’expériences !”

Avec le double champion olympique, les résultats ne se sont pas fait attendre. Arrivé en début d’année 2019 dans les écuries de l’actuel numéro six mondial, leur premier concours à Kreuth s’est soldé par une dixième place. En neuf sorties, le couple a prouvé sa régularité en signant deux victoires à Strzegom – cette année donc ainsi qu’en juin 2019 lors du CCIO 4*-S – et quatre deuxièmes places, dont la médaille d’argent lors des Européens Longines de Luhmühlen, ainsi qu’à Marbach en CCI 4*-S, dans le CCIO 4*-L de Baborowko puis dans le réputé CCIO 4*-S d’Aix-la-Chapelle.

Présent au haras de Jardy en juillet 2019 pour le CCI 4*-S, Michael Jung a choisi le concours français comme dernière préparation pour les championnats d’Europe: “Je ne voulais participer qu’au dressage et au saut d’obstacles, et non au cross, pour préparer Chipmunk”. Une préparation qui a porté ses fruits, le couple ayant glané deux médailles européennes quelques semaines plus tard à domicile, l’or par équipe et l’argent en individuel. En tête après les deux premiers tests avec 20,4 pénalités, ils ont laissé échapper l’or individuel à leurs compatriotes Ingrid Klimke et SAP Hale Bop OLD pour une barre sur l’hippique. L’Allemand s’avouait cependant pas totalement satisfait du comportement de sa monture sur le cross, beaucoup trop dynamique et moins aux ordres que le métronome Sam. Michael Jung confie même que Chipmunk est à son goût “un peu trop allant sur le cross et en saut d’obstacles. Mais j’ai quand même un bon sentiment quand je travaille avec lui.” Au quotidien, Chipmunk est décrit par son pilote comme “calme pour aller se balader. Au travail, il est sensible mais reste très agréable à monter.”

L’objectif est clairement affiché depuis le début de l’association de Chipmunk et Michael Jung: aller décrocher des médailles, et notamment lors des Jeux olympiques de Tokyo dans un an. Une performance qui semble dans leurs cordes, au regard de la qualité de Chipmunk et du talent de l’Allemand.



Issu d’une lignée maternelle vieille de plus de cent ans

Du côté de l’élevage, Chipmunk est issu d’une lignée maternelle appartenant à la famille du docteur Hilmer Meyer-Kulenkampff depuis plus de cent ans. Cette connaissance permet de choisir avec précision les étalons les plus appropriés à leurs juments. Selon lui, la caractéristique principale de cette lignée maternelle est de donner naissance à des chevaux qui sont ensuite simple à monter. Il a choisi Contendro I pour sa volonté de performer et sa simplicité au travail, tout en ayant en tête de faire de Chipmunk un cheval adapté au concours complet – ce qui est d’ailleurs le cas grâce à ses grandes foulées au galop. Il a donc associé l’étalon à Havanna, une fille de Heraldik XX, étalon qui a concouru en saut d’obstacles jusqu’à 1,50m.

Chipmunk est le propre frère de six autres produits de Havanna et Contendro I, dont Campino 369 qui a concuru jusqu’en CCIO 4*-S avec l’Allemande Rebecca Engel et Cash Advance, qui a participé à des CSI 2* et CCI 3*-L avec l’Américaine Julian Cournane, ainsi qu’à des CSI Enfants avec la jeune Irlandaise Martha Hugues-Bravo.

À la suite des deux médailles européennes de Chipmunk en 2019, Hilmer Meyer-Kulenkampff a été récompensé en étant nommé Éleveur de l’année en concours complet. Havanna, la mère de Chipmunk, a aussi été mise à l’honneur par le stud-book Hanovrien en étant désignée Jument de l’année.

 Ci-dessous le parcours de cross de Michael Jung et Fischer Chipmunk FRH lors du CCI 4*-L de Strzegom en juillet 2020