La merveille Flora de Mariposa s’envole et nous quitte bien trop tôt

Le haras de Clarbec l’a annoncé ce soir, son joyau Flora de Mariposa s’est éteint bien trop tôt, à seulement quinze ans. Championne olympique par équipes et gagnante de trois Grands Prix CSI 5*, la si singulière fille de For Pleasure avait servi avec brio l’équipe de France. Elle laisse derrière elle un vide immense.



Sous la selle de Kurt de Clerq, Flora de Mariposa a ici six ans à Lanaken.

© Sportfot

Elle était de ceux qui marquent une époque. Volcanique, surdouée, tempétueuse, géniale, talentueuse ou encore prodigieuse, Flora de Mariposa nous a brutalement quittés aujourd’hui. Comme l’a annoncé le haras de Clarbec, la formidable BWP de quinze ans seulement leur a été arrachée brutalement par une endotoxémie foudroyante. “Chère Flora, tu étais la jument d’une vie, cela a été un immense honneur d’être tes propriétaires. Tu vas profondément nous manquer”, a notamment écrit la famille Mégret ce soir. 


Flora, un nom qui évoque une fleur et qui était aussi, dans l’Antiquité, le nom de la déesse romaine des fleurs. En espagnol, Mariposa signifie papillon. Fleur, déesse, papillon, trois qualificatifs qui convenaient à merveille à cette jument qui sautait divinement bien, avec grâce et légèreté… Flora de Mariposa est née au printemps 2005 à Zele, une petite commune de Flandre-Orientale située dans le triangle Anvers- Bruxelles-Gand, la zone la plus densément peuplée de Belgique. Son naisseur déclaré est Herman de Brabander, un cousin de Joris de Brabander qui dirige le célèbre élevage de Muze. Cependant, comme il l’expliquait en 2014 à GRANDPRIX, Herman préfère attribuer la paternité de Flora et son devenir à son fils, Koen : “En fait, mon fils a pris ma succession à l’élevage. Mon nom est écrit sur les papiers, mais j’avais donné la mère de Flora à Koen, donc c’est lui, le naisseur.”

Comme il a l’habitude de le faire avec ses juments, Herman de Brabander a fait saillir à deux ans Flora, fruit du croisement d’Adeline et For Pleasure, par Eurocommerce Berlin, avant qu’elle ne soit débourrée. Est ainsi née une jument nommée Ilena de Mariposa, propriété des Mégret, qui concourt aujourd’hui sous la selle d’Olivier Robert. Avant de vendre Flora, Herman de Brabander avait effectué un transfert d’embryon avec Nabab de Rêve, ce qui lui a donné une pouliche aujourd’hui âgée de huit ans et nommée Margriet de Mariposa, qui concourt sous la selle de la Belge Patricia Guéry.



“Une jument qui sort de l'ordinaire”, Koen de Brabander

Tempétueuse, la lionne Flora ne se laissait pas toujours faire mais réussissait à se sortir de toutes les situations, comme à Caen face à un inoubliable passage de triple.

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Formée sur le Cycle Classique belge par Kurt de Clerq, qui avait déjà vu en elle “une jument qui sortait de l’ordinaire” et “spectaculaire, qui n’avait toutefois pas toujours bon caractère”. Parole de connaisseur, puisqu’il avait formé par le passé des cracks tels que Sapphire, London et Vigo d’Arsouilles pour ne citer qu’eux. Vendue à six ans aux écuries Lenssens où elle poursuivra sa formation pendant un an avec Tom Camerlijnck, Flora arrive chez Pénélope Leprevost, un an plus tard, en décembre 2012. “Je crois que personne ne l’avait encore vraiment repérée. Flora était encore une jument à former, bien sûr, mais je l’ai trouvée hors du commun. J’ai fait part de mes impressions à Geneviève et Dominique Mégret qui, eux aussi, ont été immédiatement conquis”, avait expliqué Pénélope Leprevost en 2014. Sous le charme, les Mégret font l’acquisition de cette pépite. “J’ai été séduite par la légèreté de ses sauts et son extraordinaire sens de la barre. J’ai l’impression que quelle que soit la façon dont j’aborde un obstacle, je n’ai aucun risque de faire tomber une barre. Tout est tellement facile pour elle ! Flora est un vrai chat… C’est tellement rare d’avoir ce sentiment sur un cheval !”, disait à l’époque la championne olympique par équipes.  

 

La suite, on la connait. La prodigieuse amasse plus de 50 000 euros de gain à huit ans et explose littéralement sur la scène internationale l'année suivante. La saison extérieure débute par quelques flots à Lummen et La Baule avant de prendre la direction de la Piazza di Siena à Rome, où Pénélope et Flora sautent leur première Coupe des nations avec l’équipe de France. Dans les jardins de la Villa Borghèse, la jument dévoile toute l’étendue de son talent au grand public en bouclant un somptueux double sans-faute. Quatre semaines plus tard, elle donne la victoire à la France dans la Coupe des nations de Rotterdam en battant facilement au barrage Gerco Schröder et Glock’s London. Philippe Guerdat la sélectionne naturellement pour les Jeux équestres mondiaux de Caen, où elle participe avec brio à la médaille d’argent décrochée par la France à domicile, notamment grâce à un sans-faute étourdissant dans la deuxième manche de la compétition par équipes. “Flora est la meilleure jument née chez nous. Elle nous donne de grandes joies. Elle fait partie des chevaux que tous les éleveurs espèrent produire. D’ailleurs, n’est-ce pas cela être éleveur : faire naître, puis espérer…?”, disait alors son naisseur. Hélas, après l’euphorie de la médaille, était venue la désillusion dans la demi-finale individuelle avec une chute assez spectaculaire de Pénélope et son papillon à la réception de la rivière.



“On t’aime FloFlo”, Pénélope Leprevost

Flora de Mariposa est ici à Rio de Janeiro, où elle a permis à l'équipe de France de décrocher l'or par équipes.

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Celle que la championne normande appelait régulièrement sa “Jappeloup” ou “la jument d’une vie” lui a offert à elle et à son entourage d’innombrables satisfactions. Citons notamment ses victoires dans les Coupes du monde d’Oslo et Lyon en 2015. Dans la capitale des Gaules, la belle alezane avait été éblouissante au barrage en supplantant le presque imbattable Taloubet Z, mené de main de maître par Christian Ahlmann. L’année suivante, c’est à Anvers que Flora avait impressionné son monde en ravissant l’étape du Longines Global Champions Tour. Sont venus s’ajouter à ce palmarès d’innombrables sans-fautes en Coupes des nations et pléthore de classements, comme des deuxièmes places dans les Grands Prix CSIO 5* d’Hickstead en 2015 et La Baule en 2016. Cette même année, la lionne avait emmené les Mégret et sa cavalière aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro, où de violentes coliques avaient failli lui empêcher de prendre le départ de la compétition. Au Brésil, elle avait dû passer son tour lors de la traditionnelle warm-up, parvenant tout de même à se remettre miraculeusement pour la première étape de la compétition. Comme un mauvais sort, elle avait alors désarçonné sa cavalière à la réception d’un oxer, laissant s’envoler toute chance de médaille individuelle. En grande championne, elle avait par la suite réussi à ne laisser qu’une barre à terre lors des deux parcours suivants, participant activement à l’historique médaille d’or par équipes décrochée par les Bleus.   

À la suite de cette épopée olympique, Flora a connu des performances moins étincelantes et avait dû être arrêtée de longs mois avant de revenir début 2017, sans retrouver son niveau d’antan. À la suite de la fin de collaboration entre le haras de Clarbec et Pénélope Leprevost début 2018, la jument avait réalisé quelques parcours sous la selle de Félicie Bertrand. En décembre 2018, elle s’était blessée à la réception d’un saut au CSI 4* de Liverpool en raison d’un mauvais sol. Un énième coup du sort qui avait marqué la fin de sa carrière sportive à seulement treize ans. Depuis, elle coulait des jours heureux auprès de ses propriétaires, à Clarbec.   

“J’adresse toute mon soutien à la famille Mégret et je partage leur douleur dans la perte de cette jument d’exception à laquelle j’étais et nous étions tous profondément attachés. Ensemble, nous avons vécu de grands et intenses moments de sport et de complicité. Des moments inoubliables. On t’aime FloFlo”, a écrit Pénélope Leprevost sur les réseaux sociaux ce soir.   

Là-haut, la formidable alezane va pouvoir s’adonner à son activité favorite, la sieste, qu’elle pratiquait très bruyamment, puisqu’on l’entendait ronfler d’un bout à l’autre des écuries.       

Adieu Flora, vous (oui, “vous”, car on ne peut décemment pas tutoyer une grande dame comme elle), aurez marqué vos cavaliers, vos propriétaires, tous ceux qui ont eu la chance de vous côtoyer, et le public, scotché à chacun de vos exploits.