RÉTRO RIO 2016: Weihegold, nouvelle star allemande

Il y a quatre ans, les yeux de la planète équestre étaient rivés vers le Brésil où se jouaient les Jeux olympiques. Pour fêter ces quatre ans et se consoler du report des JO de Tokyo à l'année prochaine, GRANDPRIX vous propose de vous replonger dans Rio 2016 pendant une semaine. // Après la vente d’El Santo NRW et compte tenu de l’indisponibilité prolongée de Don Johnson FRH et Bella Rose 2, à Rio, Isabell Werth a dû miser sur Weihegold Old, une jument Oldenbourg qu’elle ne montait que depuis cette année. Un pari un peu risqué mais très fructueux pour l’Allemande, médaillée d’or par équipes et d’argent en individuel après avoir signé une victoire de prestige face à Charlotte Dujardin et Valegro dans le Grand Prix Spécial. Itinéraire de la révélation de ces JO.



© Collection privée

Le 30 janvier dernier à Amsterdam, Weihegold Old (Old, Don Schufro x Sandro Hit) crée la surprise en remportant la septième étape de la Ligue d’Europe de l’Ouest de la Coupe du monde, obtenant 83,450% dès sa première Reprise Libre en Musique avec Isabell Werth. Trois semaines plus tard, le 21 février, la jument Oldenbourg confirme au CDI-W de Neumünster en Allemagne, remportant le Grand Prix avec 80,020%, puis la Libre avec une belle moyenne de 84,600%. En l’espace de quelques semaines, à la faveur d’un changement de selle, cette belle jument bai brun est ainsi passée de l’ombre à la lumière.

Sur la lancée de ce début d’année triomphant, Weihegold vole de succès en succès. Mimai, elle s’adjuge ainsi le Grand Prix et le Grand Prix Spécial du CDI 5* de Wiesbaden avec “seulement” 79,480% et 79,804%. Début juin, la paire est sacrée championne d’Allemagne à Balve avec 84,29% dans le Spécial, dépassant le couple numéro un mondial formé par Kristina Bröring-Sprehe et Desperados FRH (Han, De Niro x Wolkenstein II). “C’est de la folie. Nous sommes exceptionnellement fiers de notre super jument!”, se félicite alors sa propriétaire, Christine Arns-Krogmann. Il y a de quoi! Mi-juillet, le couple poursuit son ascension au CDIO 5* d’Aix-la-Chapelle, remportant le Grand Prix (83,271%) avant de terminer troisième du Spécial (80,686%) derrière Kristina sur Desperados (83,725%) et Dorothee Schneider sur Showtime FRH (Han, Sandro Hit x Rotspon; 81,902%), puis deuxième de la RLM (86,950%), à nouveau battu par Kristina et Desperados (88,825%). Dès lors, la sélection olympique d’Isabell et Weihegold ne fait plus aucun doute. 

Un mois plus tard, la paire se montre encore plus étincelante sur le rectangle ensablé de Deodoro. Placée en position de dernier équipier allemand, elle se classe quatrième du Grand Prix (80,643%) le jeudi 11 août, puis remporte le Spécial (83,711%) au nez de Charlotte Dujardin et à la barbe de Valegro (KWPN, Negro x Gershwin) le lendemain, parachevant ainsi le triomphe annoncé de la Mannschaft. Pour ne rien gâcher, trois jours plus tard, elle présente sa meilleure Libre à Rio. Si son excellente note de 89,071% - plutôt généreuse vu ses quelques fautes et le cruel manque d’originalité de son thème musical - ne lui permet pas de devancer une Charlotte Dujardin et un Valegro au sommet de leur art (93,587%), elle lui offre l’argent, la dixième breloque olympique d’Isabell, devenant à quarante-sept ans la cavalière la plus médaillée de l’histoire des sports équestres! “En avril, je ne me voyais pas encore à Rio, et encore moins remporter deux médailles!”, avoue-t-elle sobrement.



La belle histoire

© Collection privée

Ces performances mettent en exergue l’incroyable combativité de cette dresseuse de génie à laquelle Charlotte Dujardin a rendu un vibrant hommage en conférence de presse, mais aussi l’excellente génétique de sa jument, formée et préparée à l’école de la rigueur et de l’excellence allemandes. Présentant un véritable modèle “made in Germany”, Weihegold, âgée seulement de onze ans, semble avoir devant elle une grande carrière de compétitrice de haut niveau, ainsi que de reproductrice. Ayant suivi pas à pas l’itinéraire de Weihegold, Inge et Günter Bastian, ses naisseurs, regrettent beaucoup de n’avoir pas pu aller à Rio. “Malheureusement, notre état de santé ne nous a pas permis de faire le voyage”, souffle l’homme de cheval de quatre-vingts ans. Il y a trois ans, le couple a même été contraint de fermer les portes de son Gestüt Bastian. Même s’il était établi à Bargteheide, près de Hambourg dans le Schleswig-Holstein, le haras a toujours inscrit ses produits au stud-book Oldenbourgeois, réunissant les éleveurs localisés autour de la vile d’Oldenbourg, en Basse-Saxe, un land frontalier du nord des Pays-Bas. Une tradition veut en effet que les producteurs établis près d’Oldenbourg-en-Holstein, une ville du même nom mais donc située dans le Holstein, les rejoignent. D’où la présence de l’affixe Old derrière le nom de Weihegold, signe d’un soutien indéfectible de ses naisseurs à ce stud-book. 

Le Gestüt Bastian débute son histoire dans les années 1970 avec des chevaux de saut d’obstacles, avant de s’orienter vers le dressage. En faisant appel à des étalons comme Don Schufro (Old, Donnerhall x Pik Bube I), Romanov (Old, Rohdiamant x Grundstein II) et Zack (KWPN, Rousseau x Jazz), Inge et Günter Bastian obtiennent d’excellents résultats dans les concours organisés par l’Association des éleveurs de chevaux Oldenbourg. “Parmi toutes nos juments primées, étalons approuvés et chevaux de Grand Prix, Weihegold est la cerise sur le gâteau”, savoure Günter, les yeux brillants.

Il faut dire que Weihegold unit le sang de véritables légendes de dressage. Ainsi, son père n’est autre que Don Schufro, médaillé de bronze par équipes aux JO de Hong Kong en 2008 sous la selle du Danois Andreas Helgstrand. Don Schufro est lui-même un fils de Donnerhall, l’étalon du siècle en dressage. Quant à elle, la mère de Weihegold, Weihevoll, est une fille de Sandro Hit, père de l’inoubliable Poetin ou encore de Showtime, médaillé d’or par équipes à Rio avec Dorothee Schneider. Weihevoll descend aussi d’une lignée maternelle de premier ordre dans l’Oldenbourg, aussi bien en dressage qu’en saut d’obstacles. Si les Bastian ont aujourd’hui cessé leur activité, ils n’ont pas laissé s’éteindre ce patrimoine génétique. En effet, ils ont vendu leurs précieuses poulinières au haras Blue Hors de Kjeld Kirk Kristiansen, ancien PDG du groupe Lego et plus grande fortune du Danemark, et Poul Erik Fugmann - les deux hommes sont également à la tête du Stutteri Ask, partenaire du cavalier de saut suédois Rolf-Göran Bengtsson. L’avenir de cette lignée sert donc désormais le stud-book DWB.

Dès les premiers pas de leur pouliche, les naisseurs décèlent les qualités de Weihegold. “Elle était extraordinaire et dotée d’un tempérament exceptionnel, très honnête et pas du tout anxieuse. Elle s’est toujours montrée souple, jamais crispée. Tout ce que les juges veulent voir”, analyse Günter. “En fait, nous ne voulions pas la vendre”, avoue Inge, avant que son mari ne précise: “Quand on fait naître un tel animal, on le garde, mais les gens n’ont pas cessé de nous la demander…” Parmi ceux-là, Christine Arns-Krogmann s’est montrée la plus opiniâtre. “Un de mes amis a essayé un cheval chez les Bastian. Pendant ce temps-là, je me suis promenée dans les couloirs de l’écurie. Là, j’ai découvert Weihegold. Plus tard au paddock, quand je l’ai vue trotter vers moi, j’ai eu un coup de foudre”, raconte sa propriétaire sur le site Dressursport Deutschland. Elle insiste tellement que huit semaines plus tard, Weihegold, alors âgée d’un an seulement, devient sienne. À quel prix? Un secret bien gardé, même si Günter concède “qu’il était dans la gamme d’une bonne voiture de taille moyenne!”



Un parcours raisonné

Établie à Lohne, en Basse-Saxe, sa nouvelle propriétaire place l’avenir de Weihegold entre de bonnes mains. Celles de Kira Wulferding, tout d’abord. Avec elle, Weihegold brille dès l’âge detrois ans, réalisant un très bon testage avec une belle moyenne de 8,1 (trot noté à 9, galop à 8,5 et pas à 8,0). En 2008, elle décroche aussi le titre de championne du prestigieux show des juments Oldenbourg, un concours où les candidates sont présentées à la fois en main et sous la selle. Forte de ses résultats, la pépite est déjà vouée à une carrière sportive. Suivant la tradition outre-Rhin, elle débute par les épreuves du Bundeschampionat. En 2009, elle y remporte la médaille de bronze des quatre ans. L’année suivante, elle participe aux championnats du monde Jeunes Chevaux de Verden. Qualifiée pour la finale des cinq ans, elle y termine onzième. 

Kira Wulferding passe alors la main à Beatrice Buchwald, écuyère aux écuries de Jo Hinnemann. Aussi, quand celle-ci quitte Hinnemann pour rejoindre les écuries d’Isabell Werth, Weihegold la suit… Sous les yeux attentifs de la championne, le couple progresse et parvient à remporter sa première épreuve de niveau S. Une première tant pour la jument que pour Beatrice, débutant à ce niveau. En 2013, le couple gagne la finale du Nürnberger Burg-Pokal, prestigieuse série du niveau S de jeunes chevaux de dressage. Cette compétition créée en 1992 constitue un véritable examen de passage pour les sujets âgés de sept à neuf ans. L’année suivante, la talentueuse jument remporte le Louisdor-Preis, étape essentielle dans la formation des chevaux de Grand Prix de huit à dix ans. Dotée d’un modèle d’une exceptionnelle beauté et d’allures aussi gracieuses que régulières, Weihegold a immédiatement séduit les juges de l’Oldenbourg. © Collection privée Aux côtés d’Isabell Werth, Beatrice et Weihegold continuent à progresser ensemble jusqu’au niveau Grand Prix. Se montrant de plus en plus prometteuse, la jument finit toutefois par intégrer le piquet de la plus grande dresseuse allemande, en quête d’un cheval de réserve pour les JO de Rio en début d’année 2016. Madeleine Winter-Schulze, mécène d’Isabell Werth, mais aussi des écuries Beerbaum et de la complétiste Ingrid Klimke, conclut d’ailleurs un contrat de location avec la propriétaire de Weihegold excluant sa vente pour un certain temps. Un contrat qui devrait s’achever fin 2017. 

En attendant une potentielle énorme plus-value, Christine Arns-Krogmann se réjouit déjà de la production – réalisée par transferts d’embryons– plus que respectable de Weihegold. Parmi ses descendants figure notamment Sir Weihbach (Sir Donnerhall), étalon né en 2009 et aujourd’hui stationné au Jewel Court Stud en Belgique. Autres produits de la championne, Fürstin Weihe (Fürst Romancier), née en 2009, et Weihcera Royal NG (Zack), née en 2010, se sont classées quatrième et cinquième de la finale des juments Oldenbourg de trois ans. Weihcine (Fürst Heinrich), née en 2010, et Weihe Glück (Totilas), née en 2012, semblent également très prometteuses. Enfin, leur frère, Total Hope (Totilas), propriété de Paul Schockemöhle, fait actuellement la monte en Suède. En juin dernier, il a remporté le titre de champion au testage des étalons du Haras national de Flyinge. De leur côté, les produits de la seconde génération de Weihegold ne sont pas moins séduisants. En juin dernier, Viva Gold, un fils de Vivaldi et Weihronce, née en 2013, a été vendu à seulement deux mois pour la somme de 140000 euros aux ventes de poulains Oldenbourg à Vechta. Weihegold semble donc s’inscrire comme l’une des juments les plus qualiteuses de sa génération, aussi bien en tant que reproductrice que compétitrice.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX n°80.

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