RÉTRO RIO 2016: Céline Gerny, une âme de combattante

Il y a quatre ans, les yeux de la planète équestre étaient rivés vers le Brésil où se jouaient les Jeux olympiques puis les Jeux paralympiques. Pour fêter ces quatre ans et se consoler du report des JO de Tokyo à l'année prochaine, GRANDPRIX vous propose de vous replonger dans Rio 2016 pendant une semaine. // Il est des gens dont le combat ne cesse jamais, et pour qui le mot “abandon” n’existe pas. C’est le cas de Céline Gerny. Après une grave chute de cheval en 2001, cette mordue d’équitation a su reconstruire sa vie comme elle l’entendait. Caractérisée par un perpétuel relativisme et un amour viscéral des chevaux, l’Ardennaise a rendez-vous du 11 au 16 septembre à Rio de Janeiro pour y disputer ses deuxièmes Jeux paralympiques.



© Scoopdyga

Née le 24 avril 1982 à Rethel, dans les Ardennes, Céline Gerny entame sa vie dans une famille étrangère au monde du cheval. Elle débute l’équitation à six ans au hasard d’une opération communale permettant notamment aux enfants de monter à poney au centre équestre du village. La novice suit ses leçons assidûment, et y prend goût… même si ses débuts ne sont pas idylliques. “Je tombais tout le temps, presque à toutes les séances! J’ai arrêté de compter au bout de deux cents. Ma monitrice me disait que j’avais les cuisses trop rondes et que je n’arrivais pas à tenir à cheval!”, en plaisante-t-elle encore. “Ma mère avait même hésité à ce que je continue parce que je tombais trop souvent. Puis un déclic s’est produit et j’ai fini par trouver la bonne position. Comme j’avais changé morphologiquement, c’était peut-être plus facile.” 

À dix ans, Céline se lance en compétition: d’abord en saut d’obstacles puis en dressage, et finalement en concours complet. Après avoir eu à douze ans son premier poney, Apollo, suivi ses cours au collège puis au lycée, et obtenu son baccalauréat, Céline s’oriente dans la filière équestre. À dix-huit ans, sans hésiter, elle postule au BE 1 (équivalent de l’actuel BPJEPS) pour devenir monitrice, le métier de ses rêves. Ce sera finalement une année blanche puisqu’elle est encore trop jeune pour ce diplôme. Le 21 janvier 2001, alors que l’Ardennaise fait travailler le cheval d’une amie dans une pâture, sa vie bascule. “Comme j’avais du temps et que sa propriétaire devait étudier, je m’en occupais. C’était un cheval de quatre ans un peu dur. Un jour, alors que je le montais sous les yeux de mon amie, une voiture est passée tout près, projetant des gravillons vers nous. Hélas, le cheval en a reçu dans les pattes. Il est parti au galop et je suis tombée contre un arbre”, raconte-t-elle. Les secours la transportent en hélicoptère jusqu’à l’hôpital. Les médecins lui diagnostiquent une fracture de la colonne vertébrale ainsi qu’une lésion de la moelle épinière synonyme de paraplégie complète et définitive.

Le coup est évidemment très dur pour Céline, voyant s’éloigner son projet de devenir monitrice. “Je voulais exercer ce métier depuis mes sept ans! Je n’avais jamais imaginer faire autre chose de ma vie. Là, j’ai compris que ce ne serait plus possible. Je ne peux pas encadrer huit enfants dans une carrière et venir les aider en fauteuil roulant, c’est inenvisageable. Reconstruire mon projet professionnel a été le plus difficile”, confie-t-elle. Après sa rééducation, souhaitant vraiment travailler auprès d’enfants, Céline reprend et achève ses études à l’IUFM de Reims pour devenir professeur des écoles. “Elle est solide. Être handicapée du jour au lendemain n’est pas facile, mais elle a tout de suite su rebondir. Elle relativise toujours tout avec le sourire. Elle m’a beaucoup aidée parce que nos caractères sont complètement opposés: elle m’a appris à voir le positif dans chaque situation”, salue Louise Studer, coéquipière et amie proche de la jeune femme.



“Les chevaux étaient une deuxième famille”

© Handi Equi Compet

N’hésitant pas à braver certains avis contraires, Céline, dévorée de passion, se remet en selle. “Cette période a été d’autant plus dure que trois mois après moi, mon père a subi un accident de moto et s’est également retrouvé paraplégique. Ma mère est tombée en dépression… Pour moi, les chevaux étaient une deuxième famille. Mon père m’a dit de ne pas remonter, mais je ne l’ai pas écouté. À dix-neuf ans, je ne me voyais pas continuer à vivre sans faire ce que j’aimais vraiment. Sinon, franchement, autant se tirer une balle!” Une fois le matériel adéquat trouvé, son entraîneur Olivier Legouis lui remet le pied à l’étrier sur Apollo. Le trio s’initie alors à l’équitation handisport qui lui était jusqu’alors inconnu. “J’étais sur ma nouvelle selle. Quand Olivier m’a dit d’avancer au pas, je me suis aperçue que j’avais tout perdu: les sensations, l’équilibre, etc. Je n’étais plus du tout à l’aise à cheval. Cela a été difficile, voire traumatisant, mais c’est revenu assez vite”, avoue-t-elle. À la suite d’une greffe osseuse au niveau du dos, Céline se retrouve privée de trot et de galop. Contrainte de travailler au pas durant un an, l’amazone ne brûle aucune étape et reprend peu à peu confiance. En 2002, elle participe à ses premiers championnats de France. Elle découvre les cavaliers de l’équipe nationale, composée entre autres de Bernard Sachsé et José Letartre. L’année suivante, elle intègre le groupe France en vue des Jeux paralympiques d’Athènes, le réservoir de couples étant encore restreint à l’époque. Malgré son inexpérience du haut niveau, elle accepte et s’intègre formidablement à l’équipe, endossant le rôle de réserviste. 

En 2007, une chute lui coûte sa participation aux championnats d’Europe. L’année suivante, cela ne l’empêche pas de se préparer pour les Jeux de Hong Kong avec Jeudi d’Avril (Diamant de Cheux x Matador du Bois), prêté par le Centre sportif d’équitation militaire de Fontainebleau. Elle parvient à se qualifier en individuel et rejoint l’Asie avec Nathalie Bizet. Une expérience inoubliable. “C’était un autre monde. Je ne sais même pas comment le décrire tellement c’était surréaliste. Auparavant, nous n’avions jamais eu la chance de fouler une carrière aussi prestigieuse. Pour une fois, nous n’étions pas cantonnés dans un coin du stade… mais invités à nous produire sur la vraie carrière des Jeux! Je me revois avec des yeux d’enfants, me demandant comment j’allais faire pour dérouler là! C’était impressionnant. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à réaliser”, sourit-elle.



“Il faudrait que j’arrête de monter…”

En 2012, l’Ardennaise essuie une nouvelle chute grave. Elle reçoit alors le soutien, entre autres, de Louise Studer, entrée deux ans plus tôt en équipe de France. “Céline est sereine. Pour l’équipe, elle est une locomotive”, décrit cette dernière. “Nous ne savions pas si elle pourrait revenir après sa chute, elle nous manquait. Mais elle ne reste jamais sur un échec. Elle a su rester forte à certains moments où la plupart des gens auraient lâché”, admire Louise. L’entraîneur national, Philippe Célerier, ne la perd jamais vraiment de vue non plus. “Philippe a une part d’hypersensibilité en lui. Il arrive à décoder les gens en profondeur. Il sait exactement comment chacun de ses cavaliers réagit. Avec sa grande voix, il n’a pas l’air facile au premier abord, mais c’est une image qu’il se donne parce que c’est un homme très gentil, un homme en or”, loue Céline. 

Après deux ans de lutte, Céline revient en force, notamment grâce à Flint (FM, Nestor x Livius), l’ancienne monture de Louise. “Comme j’avais changé de monture et que son cheval allait à la retraite, je lui ai proposé Flint, ce que j’avais déjà fait avant son accident d’ailleurs. Elle a refusé plusieurs fois, j’ai insisté, et elle a bien voulu l’essayer en septembre 2014.Un mois plus tard, elle l’a ramené chez elle! Je savais qu’il serait parfait pour elle. Ce cheval m’a sauvée quand je voulais arrêter l’équitation et tout vendre, et je pense qu’il a eu le même effet sur Céline. En fait, il y a des moments où chacune d’entre nous a su ce qu’il fallait donner à l’autre pour lui permettre d’avancer”, décrit la propriétaire de Flint. “Je n’étais pas emballée parce que je ne faisais confiance qu’à mon cheval. Après ma blessure en 2012, je n’étais vraiment pas sereine, mais le couple s’est formé”, confirme l’intéressée. 

Crédités de dix-sept podiums en CPEDI3* en 2016, Céline et Flint, septièmes l’an passé des championnats d’Europe de Deauville, décrochent logiquement leur sélection pour les Jeux paralympiques de Rio, dont les épreuves équestres prendront pour cadre le stade de Deodoro. Visant une place parmi les cinq premiers en Grade Ib, correspondant à son degré de handicap, Céline espère aussi voir l’équipe de France terminer dans le top huit. Cette aventure brésilienne pourrait bien être son dernier défi à cheval. “Je me dis à chaque instant qu’il faudrait que j’arrête de monter. Mon corps est beaucoup plus fragile: je casse dès que je tombe. Pour l’instant, je ne sais pas quoi faire. Je m’étais dit que je raccrocherais après Rio, mais cela arrive si vite… Et puis que ferais-je si je ne montais plus à cheval? Se raisonner n’est pas chose facile.” Surtout pour une femme qui n’a jamais cessé de se battre contre la fatalité.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX n°79.

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