“Les vraies stars, ce sont les chevaux”, Alexandre Ayache

Le week-end dernier à Vierzon, Alexandre Ayache s’est hissé sur la deuxième marche du podium du championnat de France Pro Élite de dressage. Une belle performance que le cavalier et marchand installé sur les hauteurs de Nice a accomplie en selle sur Zo What, son mâle KWPN de seize ans. Disposant d’un important vivier de chevaux prétendants au Grand Prix mais aussi de nombreux espoirs, le trentenaire s’est livré quant à ses futurs objectifs mais aussi sur sa vision de la formation des chevaux.



Vous venez d’être vice-champion de France Pro Élite aux rênes de Zo What. Envisagez-vous de concourir avec lui aux Jeux olympiques de Tokyo l’été prochain, sachant qu’il aura dix-sept ans?

Tout le monde pense aux Jeux olympiques. L’an passé, j’ai fait partie des trois cavaliers dont les performances ont permis de qualifier l’équipe de France (avec Anne-Sophie Serre et Morgan Barbançon Mestre, ndlr). Cette année, Zo What montre qu’il est plus en forme que jamais au moment où nous devrions être aux Jeux. J’ai de la chance d’avoir ce cheval qui a énormément d’énergie et de locomotion. Il est moins inquiet qu’avant, alors on commence seulement à percevoir toute l’étendue de ses qualités. Dans notre discipline, tant que les chevaux sont sains, l’âge n’est pas un problème. Si nous nous rendons à Tokyo, Zo What ne sera pas le premier cheval à concourir aux JO en dressage à dix-sept ans (par exemple, en 2012, Salinero avait pris part à ceux de Londres à dix-huit ans sous la selle de la Néerlandaise Anky van Grunsven, ndlr). Cependant, vu la conjoncture actuelle liée à la Covid-19, je vois difficilement comment les Jeux olympiques pourraient avoir lieu.

Dans quelle mesure la crise sanitaire a-t-elle impacté votre vie?

Elle n’a pas changé énormément de choses puisque notre activité principale est de dresser des chevaux puis de les vendre. Nous n’avons pas pu aller en concours, donc nous avons gagné un petit peu moins d’argent, comme tout le monde, mais nous avons eu la chance de vendre Domino juste avant la crise. C’est un cheval avec lequel j’avais concouru en Grands Prix internationaux l’an passé. Cette vente et celles d’un ou deux autres chevaux juste avant nous ont permis de limiter la casse. Maintenant, il ne faudrait évidemment pas que cela dure deux, trois ou quatre ans, sinon nous serions quelques-uns à rester sur le carreau. En revanche, cette crise nous a permis de consacrer beaucoup de temps à la formation de nos jeunes chevaux et à reprendre les bases avec les plus âgés. Par exemple, Zo What n’a pratiquement pas travaillé les exercices du Grand Prix mais uniquement la base. Cela a porté ses fruits, puisque nous avons obtenu plus de 73 % lors du Grand Prix de notre concours de rentrée à Nice! Il a réitéré cette très belle performance à Vierzon en obtenant presque 73% de moyenne dans le championnat. Ce titre de vice-champion de France n’est pas d’ailleurs pas le mien. Les vraies stars, ce sont les chevaux, et si j’en suis là aujourd’hui, c’est grâce à ce cheval.

Cette année, vous avez présenté d’autres chevaux en Grands Prix. Que pouvez-vous dire de Farao da Raia, neuvième du Grand Prix de Vierzon avec 69.043%, et de Double Dutch, vu en début d’année à Nice?

C’est un cheval qui a concouru en Grands Prix internationaux avec mon épouse (Grete Püvi Ayache, montant pour l’Estonie, ndlr) l’an dernier. Elle le reprendra par la suite mais elle me l’a laissé cette année parce qu’elle a aussi beaucoup de chevaux. Je l’adore, il a énormément d’expression et d’influx. Son piaffer et son passage sont fabuleux, son travail au trot assez incroyable et son travail au galop très chouette aussi.  C’est un tout jeune cheval (dix ans, ndlr) qui commet encore beaucoup de fautes de jeunesse, mais il a déjà obtenu presque 70% en Grand Prix. Nous croyons énormément en lui.

Double Dutch, que j’ai en copropriété avec mon ami Serge Pais, est un phénomène! Nous avons couru deux Grands Prix et lors du deuxième, il a déjà obtenu un meilleur score que Zo What (69,747% de moyenne, ndlr). Nous allons donc suivre l’évolution de ces chevaux-là, et décider si nous les vendons ou non car notre job consiste à vendre des chevaux pour gagner notre vie. Cette année étant un peu compliquée avec cette pandémie, nous ne pourrons pas garder tous les garder. Nous en avons d’ailleurs encore deux autres prêts pour le Grand Prix, mais ne les avons pas encore présentés en concours.



“Je participe très rarement aux épreuves Jeunes Chevaux”

Outre ces chevaux déjà formés pour le Grand Prix, comment se compose votre piquet?

Nous avons la chance d’avoir un partenaire très passionné, Karim Barake, qui nous suit dans notre aventure. De ce fait, nous faisons partie des gens très équipés en bons chevaux. Nous en avons quatre de huit ans, qui connaissent presque tous les mouvements du Grand Prix. J’ai également une fille de Millenium âgée de sept ans et qui possède un talent incroyable pour le passage et le piaffer. Elle a beaucoup d’énergie donc il y a encore pas mal de travail à accomplir pour canaliser tout cela, mais c’est sans aucune doute une jument d’avenir. Nous avons encore trois chevaux de six ans qui sont phénoménaux, dont une qui connaît déjà les airs rassemblés et commence les changements de pied au temps. J’ai aussi un quatre ans qui est très doué et semble assez incroyable.

Pourtant, on vous voit rarement prendre part aux épreuves réservées aux jeunes chevaux. Est-ce une volonté de votre part de peu présenter vos espoirs en concours?

Oui, tout à fait. Je participe très rarement aux épreuves Jeunes Chevaux, sauf si un cheval a vraiment besoin de concourir. Ces compétitions sont très bien pour former les chevaux, mais elles ne reflètent en aucun cas la capacité d’un cheval à briller plus tard au niveau Grand Prix. D’ailleurs, un grand nombre de chevaux très performants aux championnats du monde des Jeunes Chevaux n’atteignent jamais le Grand Prix, alors que bon nombre de stars qui gagnent au plus haut niveau ne sont pas passées par ce circuit. Les critères de jugement de ces épreuves ne correspondent pas à ce que je recherche pour produire de bons chevaux de haut niveau. En ce qui nous concerne, nous préférons lancer nos chevaux directement au niveau Saint Georges, voire en Grands Prix. Je pense qu’on peut dire que je sais de quoi je parle, puisqu’il y avait quand même deux chevaux que j’ai dressés sur le podium du championnat de France Pro Élite: Zo What, deuxième et Lights of Londonderry (avec lequel il avait participé aux Jeux équestres mondiaux de Normandie, en 2014 à Caen, ndlr), troisième, que présentait Charlotte Chalvignac-Vesin.


© PSV Morel/FFE