“Il est grave qu’une Coupe des nations ne soit pas du tout dotée”, Thomas Carlile

Le week-end passé au Grand Complet du Pin-au-Haras, Thomas Carlile est monté sur trois podiums internationaux avec des montures qu’il a formées depuis leurs débuts. Tout en continuant à valoriser de jeunes chevaux sur le Cycle classique de la Société hippique française, dont il salue notamment le service de captation vidéo, le cavalier pense aux plus grandes échéances pour ses chevaux de tête. Il tire cependant la sonnette d’alarme quant aux faibles dotations des épreuves internationales, et surtout de l’absence de récompense financière dans la Coupe des nations du Pin.



© Pauline Chevalier

Au Haras du Pin, vous avez terminé deuxième du CCIO 4*-S avec Birmane, contribuant à la victoire de l’équipe de France dans la Coupe des nations de cet Officiel de France. Quel est votre sentiment sur ce concours?

Birmane a été très sérieuse et brillante lors du test de dressage. Ensuite, elle a signé un sans-faute en saut d’obstacles comme à son habitude, puis elle a vraiment réussi un super tour de cross. Le parcours était assez technique et éprouvant. Je connais cette jument depuis ses débuts, et j’ai vraiment été enchanté de sa prestation d’autant qu’il y avait une belle concurrence. Cette Coupe des nations a été une très, très belle épreuve et c’est une énorme satisfaction d’avoir pu la remporter avec l’équipe de France. Malheureusement, nous n’avons pu y gagner qu’un petit peu de gloire parce que les dotations étaient plus que faibles. Il est grave pour notre discipline que des équipes classées dans une Coupe des nations repartent sans rien. Même en ce qui concerne le classement individuel de ce CCIO 4*-S, Thibaut Vallette (vainqueur avec Qing du Briot*IFCE, ndlr) n’a remporté que 750 euros! Je pense que la Fédération équestre internationale (FEI) et les organisateurs ont des responsabilités à assumer s’ils veulent voir notre sport perdurer. Je comprends tout à fait que cette année soit particulière et difficile, mais elle l’est également pour nous qui avons peu de concours, et avec de faibles dotations. Certes, la Fédération française d’équitation a mis en place une dotation du Grand National sur ce CCIO 4*-S, et distribué des primes conséquentes aux cavaliers ayant contribué à la victoire de l’équipe. Cependant, les dotations sont également importantes pour notre entourage. Des montants comme ceux alloués au Haras du Pin ont de quoi décourager les propriétaires et nous empêchent de donner un bonus à notre équipe et notamment à nos grooms, alors que la réussite d’un événement dépend aussi de la qualité de leur travail. Devant cet état de fait, nous nous sommes tous réunis entre cavaliers internationaux pour nous concerter au sujet des dotations. Dans les prochains jours, nous allons formuler quelques requêtes auprès de la FEI pour faire évoluer la situation.

Lors de ce même Grand Complet, vous avez classé Cadet de Béliard à la troisième place du CCI 3*-L. Quel est le potentiel de ce hongre de huit ans?

Comme Birmane, il est né chez Gérard Brescon. Nous les avons tous les deux débourrés, lancés en compétition et amenés petit à petit au niveau où ils évoluent actuellement. Cadet a été vice-champion de France à cinq ans et troisième du championnat à six ans avant de signer de belles performances en CCI 3*-S l’an dernier. Depuis le début de l’année, je le sens prêt à concourir en CCI 4* mais je n’avais pas eu la chance de prendre part avec lui à un CCI 3*-L (format long, ndlr), ce qui était nécessaire pour des raisons de qualification. C’est donc pour cela qu’il était engagé dans le CCI 3*-L au Pin, dont le parcours de cross était beaucoup calqué sur celui du CCIO 4*-S en termes d’exigences techniques.

Avec Darmagnac de Béliard, vous avez conclu le CCI 3*-S à la troisième place. Êtes-vous satisfait de cette performance?

L’an dernier, Darmagnac avait déjà terminé le CCI 2*-L du Haras du Pin à la deuxième place. Au Pin, il a effectué sa rentrée et découvert le niveau 3*. Il a été vraiment très impressionnant et j’ai eu de très bonnes sensations lors du cross! C’est un très bon sauteur, donc il a également bien réussi son concours hippique. En ce qui concerne le dressage, il découvre seulement le niveau technique des CCI 3*, mais il s’est très bien comporté en terminant huitième de ce test.



“Birmane montre qu’elle a les aptitudes pour être un pilier de l’équipe de France”

Quel va désormais être le programme de vos chevaux de tête ?

Birmane est très régulière et très performante. Je pense que je vais l’orienter vers le CCI 4*-L de Lignières, début octobre. Elle montre qu’elle a toutes les aptitudes nécessaires pour être un vrai pilier de l’équipe de France. Cependant, à l’heure actuelle, on ne sait pas s’il y aura des championnats l’année prochaine. Si les Jeux olympiques ont lieu, il est sûr que ce sera un objectif pour elle. Sinon, je l’orienterai vers les championnats d’Europe, à condition qu’il y en ait un… J’aimerais également engager Cadet de Béliard dans un CCI 4*-L à la fin de l’année, afin qu’il soit qualifié dans l’éventualité où deux championnats se disputeraient en 2021. Et s’il n’y a finalement aucun championnat, j’essaierai de diriger Birmane vers une belle épreuve comme le CCIO 4*-S d’Aix-la-Chapelle ou un beau CCI 5*-L ; une compétition avec du beau sport et une dotation généreuse à partager avec Gérard Brescon et son entourage.

En raison de la pandémie de Covid-19, aucun concours complet Jeunes Chevaux n’a eu lieu entre mi-mars et début juin. Malgré tout, la Société hippique française a décidé de maintenir un Critérium à Pompadour du 17 au 20 septembre en remplacement des habituelles finales nationales. En faites-vous un objectif pour vos chevaux?

Il n’y aura aucune différence entre ce Critérium et les habituels championnats de France. La SHF a seulement décidé de ne pas qualifier cet événement de finales afin de pouvoir continuer à organiser des concours Jeunes Chevaux par la suite. En ce qui me concerne, ce sera un objectif pour mes chevaux de six ans, car c’est à Pompadour qu’interviendra la sélection pour le Mondial du Lion-d’Angers (qui accueille les championnats du monde des chevaux de six et sept ans, ndlr). Ceux de quatre ans ont bien évolué pendant le confinement et sont désormais repartis au pré. En ce qui concerne ceux de cinq ans, je vais les engager au Critérium car le terrain de Pompadour est de grande qualité. Les chevaux y apprennent beaucoup et travaillent sur de belles carrières avec du bon matériel. Le cross de Pompadour est très éducatif, très formateur. Il comporte beaucoup de mouvements de terrain et de profils variés d’obstacles qui sont très enrichissants pour les chevaux. C’est donc un événement qui est un petit peu plus enrichissant que les autres, d’autant qu’il est filmé par les services de SHF Vidéo qui permettent d’avoir des images de chevaux pour les commercialiser ou simplement pour les montrer à leurs propriétaires.

Dans quelle mesure les services de captation vidéo représentent-ils un plus pour vous?

Mon activité est surtout tournée vers la valorisation et la compétition, mais quand on a un bon client ou un propriétaire qui a le désir de vendre son cheval, il est pratique de bénéficier de ces services. En dressage ou en saut d’obstacles, quelqu’un peut toujours filmer avec un téléphone en bord de piste, mais il y a peu de terrains qui permettent de capter un cross entier en vidéo. À Pompadour, tout est filmé de la ligne de départ à la ligne d’arrivée. C’est formidable pour montrer toutes les aptitudes d’un cheval à un client potentiel, d’autant que les clients étrangers n’ont pas de référence quant au niveau des cross que disputent nos jeunes chevaux. Avec la vidéo, ils peuvent se rendre compte qu’il y a des passages d’eau, un saut dans l’eau ou encore un saut au-dessus d’un fossé… Ils peuvent également observer la distance du cross ainsi que la vitesse du cheval: ils ont alors une bonne idée du niveau de son niveau.