“Mon objectif est aujourd'hui de passer des CSI 4* aux 5*”, Laurent Goffinet

Après de beaux résultats enregistrés l’année dernière, dont une deuxième place dans le Grand Prix 4* de Bourg-en-Bresse et une participation au CSIO 5* de Gijón, Laurent Goffinet a vu ses objectifs contrariés par la pandémie de coronavirus. Mais la bonne reprise de son cheval de tête Atome des Étisses laisse présager de bons espoirs pour le cavalier normand. À dix ans, l’étalon est aujourd’hui au meilleur de sa forme. Engagé dans le CSI 5* de l'Hubside Jumping de Grimaud ce week-end, le pilote a accepté de confier à Grand Prix ses objectifs à venir, ses envies, et la manière dont il traverse cette période si particulière.



Laurent Goffinet et Absolut de Lacke à l'Hubside Jumping de Grimaud.

Laurent Goffinet et Absolut de Lacke à l'Hubside Jumping de Grimaud.

© Sportfot

Il y a un an, vous disputiez la Coupe des Nations à Gijón, déjà avec votre cheval de tête Atome des Étisses, à l’issue duquel la France avait récolté une belle troisième place. Comment votre cheval avait-il vécu ce concours? 

À Gijón, Atome disputait sa première Coupe des nations. Il a écopé de quelques fautes (8+4), notamment une sur le dernier obstacle du deuxième tour, car le parcours était forcément plus gros que ce dont il avait l’habitude. Mais ce genre d’épreuves lui apprend son métier. Avec Thierry (Pomel, sélectionneur de l’équipe de France de saut d’obstacles, ndlr), l'objectif que nous avions fixé était que mon cheval passe un cap. C’est fait! Je le sens maintenant beaucoup plus à l’aise. 

Comment va-t-il aujourd’hui, deux jours après avoir disputé le CSI 4* ici à Grimaud? Quelles sont vos attentes pour le 5* de ce week-end? 

Le niveau des épreuves est très élevé à Grimaud et le plateau est exceptionnel. La compétition ne sera pas facile, mais il faut bien commencer un jour! Je pense qu’Atome peut s’en sortir. Il est prêt. Les résultats de l’année écoulée, que ce soit dans les Grand Prix nationaux ou dans les CSI de Vejer de la Frontera et de Grimaud en juillet, me donnent confiance. 

Quelles sont vos ambitions avec lui? Atome peut-il vous accompagner à Tokyo l’année prochaine? 

Il est effectivement dans la liste des quinze chevaux retenus, alors sur le papier oui, c’est possible. Il faut lui fixer des objectifs, car il ne peut pas enchaîner les Grand Prix tous les week-ends. Mais Atome a toujours répondu présent lors des grandes échéances. C’est un cheval qui est toujours prêt à faire de son mieux. L'objectif aujourd'hui est de passer des CSI 4* aux 5*, ce qui est convenu avec le staff fédéral. Le cheval en a les capacités : à dix ans, il est en pleine forme et en pleine phase de maturité. 

Peut-il être commercialisé en partenariat avec le haras de Lacke, avec lequel vous collaborez depuis plusieurs années? 

Atome est sur le marché, oui. Avec la propriétaire, nous avons fixé un prix très fort. Peut-être même un peu trop, au regard de ses performances. Il est en tout cas très demandé, et si quelqu’un nous fait cette offre, nous le laisserons partir. Mais ce n’est pas le but.



“En vingt-six ans de métier, personne ne m’a jamais apporté de cheval de haut niveau, clé en main”

À Grimaud, vous avez aussi emmené d’autres chevaux, comme Valkyrie Condéenne ou Absolut de Lacke. Quels sont vos objectifs avec eux? 

Absolut a participé aux épreuves du CSI 4* et seconde régulièrement Atome. Cela fait tout juste un an que je le monte et il a également franchi un cap. C’est un très bon cheval. Les résultats ne sont pas toujours là, mais c’est forcément différent quand on commence à courir avec les meilleurs cavaliers mondiaux. Pour le moment, je n’ai que deux chevaux de ce niveau-là. Valkyrie, que je monte depuis l’âge de quatre ans, évolue dans des épreuves de 1,40m et 1,45m. 

Pouvez-vous nous donner des nouvelles de vos anciens crack Quinette du Quesnoy et Quantar des Étisses? 

Quinette est devenue poulinière. Elle a mis un peu de temps à s’habituer à sa nouvelle vie mais elle va très bien. Quantar, lui, a été vendu à une cavalière américaine installée en Floride. Il concourt sur des parcours à 1,45m et a l’air heureux comme tout. Je reçois très souvent des photos de lui et de sa nouvelle vie de petit pacha!

Comment évolue votre collaboration avec le haras de Lacke? Quels sont vos objectifs? 

Cela fait maintenant douze ans que nous travaillons ensemble. Il existe un vrai dialogue entre nous : nous élaborons nos objectifs ensemble, nous nous parlons très régulièrement, que cela concerne l’entraînement des chevaux de sport ou la vente. C’est moi d’ailleurs qui ait fixé le prix d’Atome, avec leur accord. Mais au-delà du travail, nous avons développé de vrais liens d’amitié, car en douze ans, il n’y a pas eu que des bons moments. 

Avez-vous d’autres propriétaires actuellement? 

J’en ai une dizaine d’autres. Pour la plupart, ils me confient des jeunes chevaux à former. J’ai donc pas mal de montures âgées de six et sept ans. C’est comme ça que je fonctionne. En vingt-six ans de métier, personne ne m’a jamais apporté de cheval de haut niveau, clé en main, pour aller sauter tout de suite des épreuves d'1,50m.

Laurent Goffinet et son cheval de tête Atome des Étisses à l'Hubside Jumping de Grimaud.

Laurent Goffinet et son cheval de tête Atome des Étisses à l'Hubside Jumping de Grimaud.

© Sportfot



“Pour Thierry Pomel, c’est aussi difficile que pour nous, car il a mis beaucoup de choses en route”

Outre la valorisation des chevaux et vos propres entraînements, vous proposez, à La Renarderie où vous êtes installé depuis 2005, des stages de perfectionnement aux cavaliers. Que vous apporte l’enseignement? 

Le coaching me rapporte un complément financier, certes, mais c’est surtout le partage et la transmission de ma passion qui me motivent. Dans ce métier, si on ne pense qu’à l’argent, on ne peut pas être compétent. Ce que j’adore, c’est quand les cavaliers viennent me voir avec leurs chevaux et me demandent des conseils pour régler un problème récurrent. Chercher la cause du problème, trouver des solutions, ça me passionne. Et puis l’enseignement me permet aussi de rencontrer des gens. Certains élèves sont devenus de véritables amis. 

Comment avez-vous vécu la période du confinement? La crise sanitaire a-t-elle bousculé votre programme? 

Le Covid-19 a surtout bousculé le programme d’Atome. Le plus dur, c’est de maintenir les chevaux de ce niveau en forme. Après le CSI 5*-W de Vérone, il était vraiment sur une bonne lancée. Et puis le coronavirus est arrivée, et le confinement a supprimé les concours, mais aussi les trottings et les sorties en extérieur de mes programmes. Pour le moral et la condition physique des chevaux, et notamment Atome, ça n’a pas été simple. Faire que du manège et de la carrière, il n’aime pas trop ça. Pour mes jeunes chevaux, moins habitué à ces sorties régulières, c’était moins compliqué. Ils n’ont pas trop vu la différence. 

Votre situation financière est-elle aussi impactée? 

Pendant le confinement, les propriétaires ont toujours honoré leurs pensions donc je n’ai pas connu de problème de ce côté-là. Mais c’est certain que la manque de gains, dû à l’arrêt des concours, sera difficile à combler. 

L’évolution de la situation peut-t-elle contrarier vos objectifs? 

C’est vrai qu’il est un peu difficile de se projeter, car on entend dire ici et là qu’il n’y aura pas beaucoup de concours cet hiver... L’annulation de la finale de la Coupe des nations à Barcelone, prévue en octobre, n’augure rien de bon. Pour Thierry Pomel, c’est aussi difficile que pour nous, car il a mis beaucoup de choses en route. Il aimerait donner sa chance au plus grand nombre, mais tout tourne au ralenti pour le moment. Pour mettre fin à cette situation, je pense qu’il faut vraiment être rigoureux dans notre comportement. Porter un masque, oui, c’est embêtant. Mais il ne faut pas oublier aujourd’hui que du respect de ce geste dépend aussi notre survie professionnelle.