Pourquoi Rémi Cléro a laissé la présidence des concours hippiques de La Baule à Pierre de Brissac

Hier, le conseil d’administration de la Société des concours hippiques de La Baule, organisatrice du célébrissime Officiel de France, a entériné la démission de Rémi Cléro, son président depuis un peu plus de huit ans, puis élu à sa succession Pierre de Brissac, un passionné de cheval plus présent localement et peut-être plus enclin à concrétiser les idées portées par le nouveau maire de la ville, Franck Louvrier. Homme d’affaires polyglotte et globe-trotter, Rémi Cléro évoque aussi des raisons personnelles et professionnelles.



Comme il l’avait annoncé voici deux semaines dans les colonnes de Ouest-France, Rémi Cléro a officialisé hier sa démission du poste de président de la Société des concours hippiques (SCH) de La Baule, qu’il occupait depuis 2012 et le décès du regretté René Pasquier, qui l’avait lui-même tenu durant un quart de siècle. Cette décision a de quoi surprendre les passionnés d’équitation, tant cet entrepreneur d’envergure internationale dans le monde de la parfumerie et des cosmétiques semblait avoir pris goût à cette fonction et surtout contribué au développement de l’Officiel de France, programmé chaque deuxième week-end de mai dans la célèbre station balnéaire de Loire-Atlantique. Du reste, n’avait-il pas déclaré: “Nous fêterons la soixantième édition en 2021 et l’anniversaire sera encore plus beau, je vous le garantis, car il y aura une envie décuplée” dans un autre article publié par le quotidien interrégional du Grand Ouest mi-mars après l’annulation de l’édition 2020 du CSIO 5*?

Qu’a-t-il bien pu arriver entre-temps? Contacté ce matin par GRANDPRIX, Rémi Cléro avance d’abord des raisons personnelles et professionnelles. “Après avoir vendu (au groupe américain Mercer International, ndlr) la société australienne Santanol (dont il était le PDG depuis 2015, ndlr), je travaille actuellement sur de nouveaux projets professionnels très prenants. Par ailleurs, mon épouse (la cavalière et coach américaine Alice Debany-Cléro, ndlr) s’apprête à reprendre la direction d’une importante écurie à New York, où elle passera deux semaines par mois, et nos enfants sont arrivés à l’étape des études supérieures. Tous ces facteurs humains ont pesé dans ma décision.”

Mais ce ne sont pas les seuls. À La Baule, les élections municipales de 2020 n’ont rien eu d’un fleuve tranquille. C’est même un doux euphémisme… Maire depuis 1995, Yves Métaireau, soixante-quinze ans, avait décidé de ne pas se représenter, mais il a apporté, quelques jours avant le second tour,  son soutien à la liste conduite par Jean-Yves Gontier, investi par La République en Marche et qui avait fusionné avec celle de Xavier de Zuchowicz, maire-adjoint en charge de l’économie et du tourisme. Pour autant, le 28 juin, c’est la liste menée par le Républicain Franck Louvrier, ancien conseiller en communication du ministre puis du président de la République Nicolas Sarkozy, par ailleurs conseiller régional et candidat battu aux législatives de 2017, qui a remporté l’élection, au terme d’une triangulaire face également à une liste d’union de la gauche.



Un Baulois plutôt qu’un Parisien

Or, celui-ci a non seulement de nouveaux projets pour les concours hippiques de La Baule, mais aussi le droit, en vertu des statuts de la SCH, de nommer trois des neuf membres du conseil d’administration: Bertrand Plouvier et Christophe Mathieu directement et Nicolas Appert en qualité de nouveau président d’Atlantia, le Palais des Congrès de La Baule. “J’ai rencontré Franck Louvrier cet été”, poursuit Rémi Cléro, “Celui-ci m’a fait part de sa volonté que la SCH continue bien évidemment à organiser une compétition de haut niveau telle que l’Officiel de France, mais qu’elle orchestre aussi des concours plus modestes, d’ampleur régionale ou locale, avec à sa tête quelqu’un de très présent, autant que possible à l’année. Or, je n’avais ni le temps ni véritablement envie de cela. De plus, jusqu’à présent, j’avais toujours œuvré avec un conseil d’administration complètement derrière moi, ce qui ne semblait plus être le cas désormais.” Le nouveau maire avait confirmé la teneur de cet échange à Ouest-France. “Rémi Cléro m’a fait part de raisons familiales et professionnelles qui ne lui permettaient pas de s’investir plus, et celles-ci n’étaient pas en adéquation avec les perspectives de développement du concours. La présence d’un président à plein temps à La Baule est importante, sinon essentielle.”

Dès lors, la démission fut une évidence. “Dans ces conditions, je ne me voyais pas briguer un troisième mandat en novembre, alors mieux valait laisser ma place sans attendre. On m’a demandé de rester administrateur pour faciliter la transition avec mon successeur, mais je crois que cette situation aurait été plus encombrante que profitable à la SCH. Cela étant, j’achève cette aventure sans aucune amertume, je souhaite toute la réussite à Pierre de Brissac, et je serai toujours un fan de ce concours et de La Baule”, assure Rémi Cléro.



Cossé-Brissac, une famille très liée au cheval

Pierre de Brissac

Pierre de Brissac

© S. Le Gouic

De fait, c’est donc Pierre de Brissac, membre du conseil d’administration depuis 2012, qui a été élu hier à l’unanimité à la présidence de la SCH. L’homme de quarante-six ans n’a d’ailleurs pas manqué de saluer son prédécesseur. “Je tiens tout d’abord à remercier Rémi Cléro pour son travail durant ces huit années et je lui souhaite le succès qu’il mérite dans ses nouveaux projets professionnels et familiaux. Le Jumping international Longines de La Baule contribue chaque année au rayonnement international de notre ville. Il marque aussi notre implication, notre savoir-faire et notre profond attachement au sport équestre et au sport de haut niveau. L’une de mes priorités sera de continuer à développer les relations avec les acteurs du monde du cheval mais aussi avec l’ensemble des partenaires institutionnels et privés au niveau local, régional, national et international afin de pérenniser et de faire prospérer ce merveilleux concours. Je mettrai tout en œuvre pour que cet événement soit, année après année, un exemple pour les sports équestres.”

Diplômé d’une école de commerce à Angers, Pierre de Brissac a commencé sa carrière professionnelle en 1998 comme responsable des ventes chez Louis Vuitton avant de rejoindre la maison Fred Joaillier. Passionné par les airs depuis son service militaire, il a obtenu un diplôme de pilote de ligne et une licence d’instructeur d’hélicoptère pour vivre de sa passion. L’Angevin a alors pris son envol à Lyon en intégrant la compagnie Azur Hélicoptère. Pilote reconnu, il s’est ensuite spécialisé dans les vols permettant la prise de vues d’événements comme le Paris-Dakar et les courses de Formule 1, dans les vols de haute montagne chez Skycam Hélicoptères, et comme pilote pour le SAMU chez Bretagne Hélicoptères. Depuis 2017, il est le gérant-salarié de la société bauloise Héliberté. Bercé par l’univers des courses hippiques depuis son plus jeune âge, par son grand-père Pierre de Cossé-Brissac puis son père François de Cossé-Brissac, présidents successifs du Jockey Club de Paris, Pierre de Brissac est aussi un cavalier émérite, ancien joueur de Polo et grand amateur de sports équestres.

Même si la soixantième édition du CSIO 5* de La Baule, qui devait se tenir du 14 au 17 mai, a malheureusement été annulée en raison de la pandémie de Covid-19, Rémi Cléro assure avoir laissé à son successeur une organisation financièrement saine et pérenne. “C’est mon métier, et je me suis efforcé de mettre mes compétences au service de la SCH, afin notamment de reconstituer sa trésorerie, ce qui permet de ne pas souffrir outre mesure de l’annulation de l’édition 2020. Avec l’aide de Nadia Poirier, directrice, nous avons modernisé et développé l’Officiel de France, sans toutefois jamais le dénaturer ni transiger avec l’accès gratuit aux tribunes pour le public. Nous avons régulièrement dépassé le cap des 40.000 spectateurs. Le concours est monté en puissance, au point que la Fédération équestre internationale l’a classé meilleur CSIO à plusieurs reprises en termes de fréquentation et de retombées médiatiques. J’ai développé le sponsoring et négocié directement avec de grandes maisons comme Longines et Hermès, ce qui nous a qui permis d’augmenter les dotations”, conclut-il. La soixantième édition du Jumping de La Baule est programmée du 13 au 16 mai 2021 au mythique stade François-André.